BrainDead, une série de Robert et Michelle King : Critique

Proposée par les créateurs de The good wife (Robert et Michelle King) pour combler la grille estivale de CBS, BrainDead était annoncée comme la série caustique de l’été.

Synopsis : Laurel Healy, réalisatrice de documentaire idéaliste, se retrouve dans le cabinet de son frère Luke pour financer son prochain film. Ce dernier, chef de file des sénateurs Démocrates, l’embauche car il a besoin de toute l’aide nécessaire à la veille d’une paralysie gouvernementale. Laurel découvre que des insectes extraterrestres grignotent le cerveau des employés de la Maison-Blanche, sénateurs compris. Leur comportement devient alors des plus étranges.

Encéphalogramme plat.

Mélangeant satire de la politique américaine contemporaine (notamment la campagne présidentielle actuelle qui est sur toutes les lèvres) et science-fiction paranoïaque, le show partait avec de bonnes cartes en main pour bousculer un peu la routine des séries de l’été. Avec son pitch absurde à base d’insectes aliens prenant le contrôle du cerveau des politiciens, les poussant ainsi vers un extrémisme délirant, on était en droit d’attendre une farce à la fois drôle et intelligente. Oui mais voilà, dans la vie on a rarement tout ce qu’on veux, et ces treize épisodes prouvent une fois de plus que les meilleures intentions du monde ne donnent pas pour autant des œuvres de qualités.

Précisons. Dire que BrainDead est un ratage total serait de mauvaise foi. A dire vrai, le show regorge de qualités et ne manque pas d’intérêt. L’idée de départ est intrigante, assumant totalement sa filiation avec ces deux œuvres majeures de la science-fiction que sont Bodysnatchers et The Stepford Wives. Dans leur sommeil, certains humains se retrouvent infectés par des fourmis de l’espace et se réveillent… différents. Toujours le même corps, toujours la même personne, mais plus extrêmes dans leurs idéaux. Ceux qui ont une légère tendance républicaine se découvrent conservateurs patentés tandis que les démocrates se muent en gauchistes intraitables. Alors que le gouvernement subit un « shutdown », soit la fermeture de tous les services publics faute d’un accord entre les deux partis, les tensions montent entre démocrates et républicains dans l’enceinte du capitole (à noter que pour qui ne connaît pas un peu les rouages de la politiques américaine, l’introduction de la série risque d’être obscure). Au milieu de tout cela, Laurel Healy (Mary Elizabeth Winstead), documentariste un peu hipster, se voit contrainte de devenir l’assistante de son frère Luke (Danny Pino), sénateur chef de file du parti démocrate. Elle tombe sous le charme de son homologue républicain Gareth (Aaron Tveit) et prend rapidement conscience que quelque chose cloche. Et puis les têtes explosent, sans véritable raison.

C’est là où le bât blesse : BrainDead ne construit pas véritablement une intrigue, elle accumule les situations et les informations, elle développe son univers mais n’offre jamais de vrai fil rouge pour s’y retrouver. Pire, les scénaristes font parfois clairement du remplissage, et ça se sent. L’aspect dispensable de la partie SF est ainsi flagrant. Aidée de deux nouveaux amis, une docteure et un complotiste parano, Laurel enquête sur ces mystérieux insectes et ces explosions d’encéphales. D’où viennent-il ? Que viennent-il faire sur Terre ? Tant de questions dont la réponse est déjà connue du spectateur, car quand on veut faire du suspense on ne démarre pas le premier épisode avec une chute de météores. Ainsi, voir les personnages mettre cinq ou six épisodes à arriver à ces conclusions a quelque chose de frustrant, d’autant qu’il ne choisissent pas les solutions les plus simples. Pendant ce temps là, nous découvrons que les infectés s’habillent comme pour aller à la messe le dimanche (mais pas toujours), communiquent entre eux par ondes (mais pas tout le temps non plus), ont des difficultés d’équilibre (pour un épisode, le temps que quelques uns révèlent leur couverture – après ça va mieux), aiment les smoothies et adorent une chanson ringarde des Cars (l’explication de ce dernier phénomène fera lever plus d’un sourcil). Et l’intrigue dans tout ça ? Et bien elle se fait un peu attendre. Ça part dans tous les sens, mais les scénaristes oublient parfois de combler quelques trous béants, comme la raison qui fait que les leaders des deux partis ont une « reine alien » dans leur cerveaux, et surtout, pourquoi plusieurs reines. Parfois tout le monde semble fonctionner en ruche, parfois le libre arbitre refait surface (pour des commodités de scénario). Curieux tout ça. Les trois ou quatre derniers épisodes relèvent un peu l’ensemble, mais on ne pourra pas reprocher aux spectateurs d’avoir décroché avant.

« Frustrant » est finalement l’adjectif qui définit le mieux BrainDead. À trop vouloir en faire, les créateurs oublient d’aller à l’essentiel et donnent à leur série l’aspect d’un acte manqué. Dommage car les acteurs sont bons. Mary Elizabeth Winstead dispose toujours d’un capital sympathie non négligeable, Dany Pino est tout à fait crédible en jeune sénateur aux dents longues. Et surtout, dans le rôle du méchant de service, Tony Shaloub réussit un numéro d’équilibriste casse-gueule en composant un personnage caricatural, entre le manipulateur brillant et le psychopathe violent. Ajoutons à cela quelques belles réflexions sur le pouvoir actuel des images et la façon dont un camp ou l’autre se les réapproprie pour servir ses intérêts. Laurel utilise ses talents de documentariste pour monter une vidéo afin de mettre en défauts ses adversaires, un analyste délirant se spécialise dans le décodage des textes de loi, tandis que les politiciens joutent sur le terrain du pathos et de l’affect pour gratter des voix. Là semble être vraiment la force de BrainDead, dans ce jeu parfois brillant sur la manière dont une information est récupérée et présentée au public sous un angle ou un autre. Le seul élément bousculant un peu la routine de l’ensemble étant les résumés chantés des épisodes précédents qui présentent les événements parfois graves avec un regard décalé et musical (malheureusement cet aspect devient aussi un peu redondant). Bref, tout était là pour créer une satire drôle et intelligente sur le monde politique (avec en plus un cameo surprenant de Michael Moore). Malgré quelques twists difficiles à avaler – comme un politicien qui flingue l’un de ses adversaires dans un bâtiment officiel sans inquiéter personne – l’ensemble se suit sans déplaisir mais, malheureusement, la fin laisse un goût amer, comme si la série était passée à côté de son propre sujet (en oubliant au passage son objectif premier : faire vraiment rire).

Faute d’avoir trouvé une bande-annonce, voici un exemple des récap’ des épisodes précédents (celui qui spoil le moins).

BrainDead : Fiche Technique: 

Titre original : BrainDead
Genre : Drame, Thriller-comique
Création : Robert King & Michelle King
Producteurs exécutifs : Robert &Michelle King, Ridley Scott, David Zucker, Liz Glotzer will
Société de production : Scott Free Productions, King Size Productions,CBS Television Studios
Acteurs principaux : Mary Elizabeth Winstead, Danny Pino, Aaron Tveit,Tony Shalhoub, Nikki M. James (en)
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : CBS
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 13
Durée : 42 minutes

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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