Victoria, épisode 1 & 2, une série de Daisy Goodwin : Critique

Nouveau drama historique produit par ITV, Victoria peine à convaincre avec deux premiers épisodes pétris de bonnes intentions, mais surtout bourrés de défauts. L’écriture est maladroite et l’intérêt historique tout à fait relatif. 

Synopsis: Le début de la vie adulte de la Reine Victoria, de son arrivée sur le trône à l’âge de 18 ans en passant par ses premiers émois et son mariage avec le Prince Albert.

Après le succès surprenant mais indiscutable de Downton Abbey et celui, plus relatif, de Mr. Selfridge (sur « l’inventeur » des grands magasins), la chaîne anglaise ITV semble avoir trouvé dans le « drama victorien » un filon prometteur. Il ne manquait qu’une pierre à l’édifice : raconter les prémices de cette ère charnière dans l’histoire anglaise, qui ne cesse de fasciner encore aujourd’hui, tant elle fût un terreau fertile pour de nombreuses révolutions à la fois scientifiques, artistiques et sociales. Le projet est simple, revenir sur les jeunes années de celle qui prête son illustre nom à cette période à cheval entre le XIXe et le XXe, la reine Victoria. La longueur de son règne (63 ans tout de même) et les bouleversements sociaux qui l’accompagnent semblent au premier coup d’œil une base solide pour créer un nouveau drama à succès reprenant des éléments des Tudors, pour les guerres intestines entre héritiers de la couronne, et de Downton Abbey pour la représentation des mœurs. Ajoutons à cela une direction artistique léchée qui insiste bien sur le budget costume et coiffure et le plan semble parfait. Sauf que devant le produit fini, la chute est brutale tant les intentions de base semblent trop évidentes.

Le long pilote d’une heure dix pose rapidement une dichotomie assez lourdingue entre les manigances politiques d’un coté et les crêpages de chignons des domestiques du palais de l’autre. Les transitions d’un univers à l’autre se font brusquement (tout le monde n’est pas Robert Altman), parfois sans transition. Le premier a pour but de faire un cour d’histoire assez synthétique sur les traditions et les relations politiques de l’époque, le second insiste sur les innovations techniques reçues avec méfiance par le peuple (l’installation des lampes à gaz occupant une bonne partie du temps des domestiques). Pris séparément, ces deux ensembles pourraient avoir un intérêt, mais mis dos à dos, ils s’étouffent l’un l’autre. Les magouilles des aristocrates paraissent simplistes et grossières, tandis que les actions des serviteurs semblent tout aussi viles qu’incompréhensibles. Le personnage du chambellan semble, à cet égard, particulièrement fantaisiste, usant et abusant de ruses pour ennuyer sa supérieure. Ce qui dans n’importe quelle bonne maison lui vaudrait un renvoi manu militari passe étonnamment inaperçu au palais royal. Toujours est-il que les deux groupes semblent ne pas appartenir au même monde narratif et c’est là que la série pêche le plus. Si dans Downton Abbey l’aspect « musée vivant » donnait à un univers de soap opéra rigide une pâte ludique qui décoinçait un peu la série, ici cela parait hors de propos. Déjà l’ambition de « faire comme Downton » est trop flagrante, mais surtout il est extrêmement difficile de ressentir de l’empathie pour ces trois bonnes, deux valets et un cuistot qui évoluent en coulisses, ceux-ci ne partageant que très peu de moment avec leurs illustres employeurs.

Mais le problème majeur de Victoria tient finalement à sa figure centrale. L’ère victorienne est passionnante à étudier pour de nombreux aspects : l’industrialisation massive du pays, le décuplement de l’empire anglais en outre mer, l’émulation artistique (en particulier en littérature avec des figures incontournables tel Charles Dickens, Bram Stoker ou les sœurs Brontë) ou le développement de théories scientifiques majeures (Darwin entre autres). Nous pourrions également citer l’évolution des mœurs qui tendent vers un puritanisme assez répressif, les transformations de style et mode ou encore le folklore découlant directement des théorie sur le spiritisme très en vogue à l’époque etc. Le moment est intéressant, son « prête-nom » beaucoup moins. Quelques recherches simplistes suffisent à mettre à jour ses repères historiques. Le règne de Victoria fût long, mais son influence réelle sur le monde reste toute relative. Lorsqu’elle s’assied sur le trône, le Royaume-Uni est déjà une monarchie constitutionnelle bien établie où la figure royale n’a que peu de pouvoir. La reine n’est finalement que le symbole, pas l’architecte. Ainsi les complots de la famille proche pour destituer la jeune monarque, en plus d’être grossièrement traités, sont finalement peu intéressants (on accuse l’une d’être folle, l’autre d’être enceinte, on veut remplacer les dames de compagnie etc). La série voudrait nous montrer une jeune femme qui s’affirme face à une société machiste, mais ne réussit qu’à nous montrer une petite fille un peu trop capricieuse qui s’éprend rapidement de son premier ministre, le romantique et ténébreux Lord Melbourne.

Les acteurs n’y changeront rien. Jenna Coleman (Doctor Who) s’efforce de rendre son personnage sympathique en vain, tandis que les « méchants » affichent des trognes grotesques qui ferait passer les traités de phrénologie pour des études sérieuses. Mentions spéciales aux cousins prussiens qui nous gratifient d’un accent germanique du plus bel effet, ajoutant à l’ensemble une petite touche de xénophobie du plus mauvais goût (l’ennemi extérieur et ce genre de choses). Seul Rufus Sewell (Dark City, Chevalier) sort son épingle du jeu dans le rôle du mentor Lord Melbourne, qui apparaît ici bien moins intéressé que son alter ego historique (qui avait lancé rien de moins que les guerre de l’opium). Tout ce beau monde tente de survivre dans une reconstitution qui va du correct (coiffure et costume) au franchement dégueulasse (reconstitution 3D des décors et des foules qui feraient pâlir de honte le département effet spéciaux de Syfy).

Malgré ses ambitions, difficile de voir en Victoria une héritière crédible aux drama historiques majeurs de la télévision anglaise. Pour l’instant, la série n’a ni l’élégance de Downton Abbey, ni le charme sulfureux des Tudors, et encore moins l’intérêt historique de l’une ou l’autre.

Victoria : Bande annonce

Victoria: Fiche Technique

Titre original : Victoria
Date de sortie : 2016
Crée par Daisy Goodwin
Nationalité : anglaise
Réalisation : Tom Vaughn, Oliver Blackburn, Sandra Goldbacher
Scénario : Daisy Goodwin, A.N Wilson
Interprétation : Jenna Coleman, Rufus Sewell, Paul Rhys, Peter Firth…
Musique : Ruth Barrett
Costumes : James Keast
Production: ITV
Diffusion : ITV1
Budget : NR
Genre : Drame, historique
Épisodes: 8 épisodes de 45min (Pilote 1h10)

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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