Cannes 2016 : Toni Erdmann de Maren Ade (Compétition Officielle)

Cannes 2016 : Toni Erdmann de Maren Ade (Compétition Officielle)

Synopsis : Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « Es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

            Avec Toni Erdmann, le Festival de Cannes donne la chance à Maren Ade de s’introduire dans le cercle très fermé des cinéastes (femmes) en compétition en même temps qu’elle permet à l’Allemagne de revenir sur le devant de la scène cinématographique, huit ans après son dernier film en compétition (Rendez-vous à Palerme de Wim Wenders). Dans cette relation complexe entre un
père et sa fille, un conflit générationnel s’intercale entre ces deux personnages qui ne savent pas comment se comporter ensemble. L’un n’a pas eu le temps de s’adapter à l’accélération soudaine d’une société tournée vers la performance professionnelle tandis que l’autre ne comprend pas le manque d’ambition et la puérilité de son paternel. Il y a un vrai problème de communication entre ce père et sa fille qui n’ont pas la même manière d’échanger. Le père évolue dans un environnement simple tandis que sa fille s’adapte trop sérieusement à ce qui l’entoure. Le plus touchant vient sans doute du mal-être de ces personnages qui tentent péniblement de trouver des repères dans leur vie. A ce petit jeu, il faut souligner l’interprétation tout en justesse de deux acteurs aux antipodes de leur caractère, à commencer par ce papa nounours aussi attachant que pitoyable (Prix d’Interprétation pour Peter Simonischek ?) qui, conscient de l’absence du bonheur de sa fille (superbe Sandra Hüller), va créer ce personnage de Toni Erdmann et faire du monde dans lequel ils vivent la scène d’un spectacle qui va prendre des proportions incontrôlables. Tout ça, juste pour s’interroger sur le sens réel de la vie et éloigner sa fille du burn-out.

            Si l’émotion tient une bonne place et touchera en plein coeur, c’est définitivement l’humour ravageur allemand qui nous emporte. Car ce qui rend hilare à la projection de Toni Erdmann, c’est l’escalade rocambolesque des situations qui va conduire innocemment le spectateur à cette séquence absolument hallucinante où tout se lâche dans une absurdité totale. Il est difficile de vous la décrire sans vous gâcher le plaisir de cette farce hors-norme. C’est à cette scène et aux applaudissements et rires gras de la salle qu’on devine toute la force et la réussite du film. La simplicité de la mise en scène permet au spectateur de se focaliser exclusivement sur la force narrative et la touchante authenticité des personnages. Le dénouement du film est intéressant dans le sens où Maren Ade pose la dernière pierre de son ouvrage et montre qu’elle n’est pas aussi naïve et idéaliste que le message du film aurait pu le laissait penser. Quand bien même il est nécessaire de s’autoriser à jouir de l’existence, la vie rattrape toujours violemment le temps présent. C’est pour cela qu’il faut savoir profiter de ces parenthèses absurdes. Une parenthèse bienvenue ainsi dans une compétition toujours autant monopolisée par les drames lourds., même s’il convient de reconnaître un brin de folie avec également la sélection de Ma Loute de Bruno Dumont.

            L’an passé, le tout aussi absurde et mélancolique The Lobster remportait le Prix du Jury. Peut-être que le jury de George Miller sera aussi enthousiaste sur Toni Erdmann à l’issue de la compétition. Toni Erdmann confirme la découverte et redonne une place de choix au cinéma allemand qui ne nous avait jamais autant ému et fait rire à la fois. Derrière toute la mélancolie et la tristesse des personnages, Toni Erdmann est une odyssée feel-good-moviesque qui témoigne de l’urgence de vivre, du trop-sérieux de la vie et de la difficulté de trouver l’épanouissement. Assurément un candidat de choix pour une place au palmarès, et ce n’est pas les fous rires d’une salle cannoise conquise qui diront le contraire.

Toni Erdmann
Un film de Maren Ade
Avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn
Distribution: Haut et Court
Durée : 162min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 août 2016
Allemagne- 2016

Toni Erdmann : Bande-annonce

Festival

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Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

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