The Heavy Water War, une série de Petter S. Rosenlund : critique DVD

La série événement de la télévision norvégienne arrive en DVD et Blu-Ray chez Wild Side

Synopsis : Allemagne, 1938. Le physicien et Prix Nobel Werner Heisenberg intègre le Projet Uranium, dont le but est d’aboutir à la fabrication d’une bombe très puissante. Pour ces travaux, les Allemands ont besoin de l’eau lourde, qui ne se trouve que dans une usine norvégienne, la Norsk Hydro. 1940 : le Reich envahit la Norvège. Les Alliés cherchent alors un moyen de saboter l’usine de fabrication d’eau lourde.

Les cinéphiles avertis connaissent déjà l’histoire véridique de cette Bataille de l’eau lourde, qui avait inspiré le film Les Héros de Télémark, d’Anthony Mann, avec Kirk Douglas et Richard Harris et, plus anciennement encore, un film de Jean Dréville. Ici, le sujet fait l’objet d’une mini-série de 6 épisodes de 44 minutes, une production norvégienne qui obtiendra des scores à faire baver de jalousie les télévisions françaises (64 % de part d’audience !). Et force est de constater que le résultat est une belle réussite, même si on n’apprécie pas les films de guerre.

Un conflit humain

En effet, The Heavy Water War s’attache principalement à l’aspect humain du conflit. La série insiste sur des personnages (dont la grande majorité sont historiques) avec leurs engagements et leurs lâchetés, leurs doutes et leurs peurs, leur hypocrisie et leurs mensonges. D’un côté, par exemple, nous avons Werner Heisenberg, un des pères de la physique quantique. Il travaille pour le régime nazi dans la plus profonde hypocrisie, prétendant œuvrer uniquement pour faire avancer la science et s’aveuglant quant aux conséquences civiles et militaires de ses recherches.

Un autre personnage que l’on va suivre tout au long de la série : Bjørn Henriksen, le directeur de la Norsk Hydro. D’un côté, il n’hésite pas à collaborer activement avec les Nazis en leur livrant l’eau lourde réclamée par le régime hitlérien. Un méchant, pourrait-on se dire ? La série a l’intelligence de ne pas diviser ses personnages d’une façon manichéenne : pas de gentils ni de méchants, mais des humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, pris dans un étau historique où chaque situation est périlleuse. Ainsi, il suffit de voir Henriksen avec sa femme pour comprendre qu’il n’a cessé d’agir dans ce qu’il pensait être l’intérêt de son couple, et que ses options étaient très limitées.

Pour soutenir ces personnages travaillés qui échappent à la caricature, la série met en place toute une reconstitution soignée et minutieuse, non seulement des décors et costumes, mais aussi de l’ambiance, de l’atmosphère, des mentalités de cette période de guerre.

Une série passionnante

Qu’on ne s’y trompe pas : The Heavy Water War s’intéresse certes aux personnages, mais elle ne laisse pas de côté l’action. Nous sommes en pleine guerre, et ça se voit. Au fil des épisodes, nous avons droit à des bombardements, des parachutages, des courses-poursuites dans la neige, du sabotage, des fusillades, etc.

De plus, le spectateur ne s’ennuie pas un seul instant pendant les quelques 4h30 de série. Le scénario fait alterner les situations et les passages tendus, en se concentrant sur quatre théâtres d’opérations : le laboratoire d’Heisenberg en Allemagne, le QG allié à Londres, l’usine Norsk Hydro et les montagnes norvégiennes où des groupes de saboteurs préparent leurs actions. Passant de l’un à l’autre, la série multiplie les situations de suspense et d’action.

Le résultat est une série captivante et intelligente, remarquablement interprétée et réalisée avec soin.

Sortie en coffret DVD ou Blu-Ray chez Wild Side le 6 avril 2016

The Heavy Water War – Fiche Technique

Titre original : Kampen om tungtvannet
Créateur : Petter S. Rosenlund
Réalisateur : Per-Olav Sørensen
Scénario : Ketil Gølme Andersen, Lars Andersen, Mette M. Bølstad, Michael W. Horsten, Adam Price, Petter S. Rosenlund
Interprétation : Christoph Bach (Werner Heisenberg), Espen Klouman Høiner (Leif Tronstad), Dennis Storhøi (Bjørn Henriksen), Anna Friel (Julie Smith)
Musique : Kristian Eidnes Andersen
Montage : Per-Erik Eriksen, Silje Nordseth, Martin Stoltz
Photographie : John Christian Rosenlund
Production : Kari Moen Kristiansen
Sociétés de production : Flimkameratene A/S, Headline Pictures, Sebasto Film & TV
Société de distribution : AB Svensk Filmindustri
Editeur du DVD : Wild Side
Nombre d’épisodes : 6
Durée d’un épisode : 44’
Date de diffusion (France) : 20 mars 2016
Genre : drame, guerre

 

Norvège – 2015

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.