Show Me A Hero, une série de David Simon : critique

Alors que la popularité de Netflix ne cesse d’augmenter, on entendait moins parler de HBO, qui avait de nombreuses fois créé l’événement dans le domaine des séries jusqu’à présent. La chaîne va donc sortir l’artillerie lourde pour contre-attaquer : Show Me A Hero est créée par David Simon, qui nous avait déjà donné deux séries exceptionnelles, Sur écoute (The Wire en V.O.) et Treme, cette dernière étant réalisée par Paul Haggis (scénariste de Million Dollar Baby ou Casino Royale). Le casting contient quelques noms connus pour leur talent (Alfred Molina, James Belushi, Winona Ryder…). Mais c’est par son sujet et le traitement de celui-ci que Show me a hero est exceptionnelle.

Synopsis : à la fin des années 80, Nick Wasiscko devient le plus jeune maire des Etats-Unis en se faisant élire à Yonkers, dans l’Etat de New-York, alors qu’une décision de justice divise violemment la ville.

Dura lex sed lex
La série commence par un survol de Yonkers. Cela permet de situer géographiquement l’un des enjeux de l’histoire. À l’Est se trouvent les beaux quartiers, où les riches habitants sont uniformément Blancs ; de l’autre côté, une cité où se cumulent tous les problèmes sociaux que l’on peut rencontrer (pauvreté, abandon de l’état, insécurité) et où les habitants sont tous Noirs. Or, la justice impose à la ville (sous peine d’une amende pouvant la mettre en faillite) la construction de logements sociaux dans les quartiers riches de l’Est, instaurant ainsi une mixité sociale. La décision est particulièrement mal accueillie dans ces beaux quartiers dont les résidents veulent rester entre eux. Les manifestations se multiplient. Les propos sont parfois violents. Et c’est dans ce contexte que Nick Wasiscko, ancien policier devenu conseiller municipal, se fait élire maire à moins de 30 ans, basant sa campagne sur le refus de la décision de justice.Une promesse qu’il ne pourra pas tenir. S’établit alors une différence fondamentale entre la justice et la politique, une sorte de divorce qui peut se résumer en ces mots : « La justice n’est pas une affaire de popularité. Mais la politique, oui. ». La confrontation entre les deux fait des étincelles et pose des questions : jusqu’à quel point la justice peut-elle s’imposer contre l’avis des populations ? Une décision de justice peut-elle s’imposer sous la menace ? Ou doit-on attendre qu’elle soit acceptée par la population ? Quelle est la place de l’éducation ? Au-delà, c’est tout le système démocratique américain qui est ici attaqué, avec ses élections tellement fréquentes qu’un politicien est constamment en campagne et n’a donc pas les mains libres pour vraiment agir pour le bien de la communauté.

La série pose aussi de nombreuses questions sur l’aménagement du territoire et comment l’endroit où on habite influe sur la vie sociale. Le communautarisme est montré dans tous ses aspects. Par la situation géographico-sociale, chacun vit replié sur sa communauté et rejette les autres. Les préjugés sont favorisés par le manque de mixité. Mais, à nouveau, cette mixité doit-elle être imposée artificiellement ? Sinon, peut-elle arriver naturellement ? Avec beaucoup de justesse, Show me a hero montre que les préjugés sont des deux côtés : pour les Blancs, les Noirs sont tous des délinquants et pourriront leur beau quartier. Mais pour les Noirs, les Blancs sont tous racistes et représentent un danger qui empêche de vivre sereinement. Loin de tomber dans le piège de l’idéalisme politique, la série montre les limites du projet parce que chacun préfère rester avec ceux auxquels il est rattaché.

« It’s a lonely fight »
Le titre de la série provient d’une citation de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald : « Show me a hero and I’ll write you a tragedy » (Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie). Et, en effet, il y a un caractère tragique dans ce personnage de Nick Wasiscko, personnage authentique, faut-il le rappeler, plus jeune maire des Etats-unis, dont les épisodes racontent l’ascension inattendue et fulgurante, et la chute vertigineuse. Une ascension qui en fait une sorte de golden boy de la politique, le héros du parti démocrate, mais qui le livre à une population excédée dans une situation tellement complexe qu’il n’a aucune vraie marge de manœuvre. Et le scénario montre bien la dimension tragique d’un personnage prisonnier d’enjeux extérieurs qui s’abattent sur lui. Malgré toute sa bonne volonté et l’humanité avec laquelle il essaie de traiter un sujet complexe, Wasiscko est emmêlé dans des considérations de politique qui le dépassent largement. Et la série de montrer, une fois de plus avec beaucoup d’intelligence et de finesse, sans rabâcher vulgairement mais en ayant confiance en l’intelligence de son spectateur, les différences monumentales entre la politique des partis et la situation des élus sur le terrain. Le choix de l’affrontement au lieu de la recherche d’un consensus, les candidats adoubés par les hautes sphères des partis et parachutés là pour favoriser un destin national, tout est montré sans fard. Mais Wasiscko n’est pas seulement la victime héroïque. Il a ses lâchetés et ses faiblesses. On le voit prêt à tout, mêmes aux pires bassesses, pour garder une minuscule bribe de pouvoir.

« Everybody just want a home »
La série essaie vraiment d’aborder tous les aspects du problème. Donc, au lieu de ne s’intéresser qu’au seul personnage de Wasiscko, au fil des épisodes nous allons suivre le destins de quelques personnages, des habitants de Yonkers, choisis aussi bien dans les beaux quartiers que dans les logements sociaux. Parmi ces personnages qui ne sont pas secondaires, loin de là, figure Mary Dorman (interprétée par l’excellente Catherine Keener, méconnaissable mais toujours exceptionnelle). Elle est une de ces privilégiés des quartiers riches qui manifestent bruyamment contre la décision de justice, avant d’être finalement intégrée dans un comité qui va prendre contact avec les familles des logements sociaux. Son parcours compose quelques-unes des scènes les plus émouvantes de cette série.

Une fois de plus, David Simon montre qu’il est un des maîtres de la série télé politique et intelligente. Il signe une mini-série (de 6 épisodes d’une heure) exceptionnelle, formidablement écrite et interprétée, bercée par la musique du Boss Springsteen, d’une grande subtilité, évitant les raccourcis faciles et incitant à une grande réflexion sur la politique et sur l’engagement au niveau local, sur le thème : « On veut changer de vie ? Mais qu’est-on prêt à faire pour le mériter ? »

Show me a hero : Bande Annonce

Créateur : David Simon
Réalisateur : Paul Haggis
Scénaristes : Lisa Belki, David Simon, William F. Zorzi
Interprétation : Oscar Isaac (Nick Wasiscko), Carla Quevedo (Nay), Alfred Molina (Frank Spallone), Catherine Keener (Mary Dorman), Winona Ryder (Vinni restiano), James Belushi (Angelo Martinelli).
Photographie : Andrij Parekh
Musique : Nathan Larson
Montage : Jo Francis, Kate Sanford
Producteurs : Gail Mutrux, Jessica Levin
Sociétés de production : HBO, Pretty Pictures, Blown Deadline Productions
Société de distribution : HBO
Nombre d’épisodes : 6
Durée d’un episode : 55 minutes
Date de diffusion : 16 août 2015

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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