Strictly Criminal, un film de Scott Cooper: Critique

Fort d’une carrière jusque là émaillé par deux virées dans des genres ultra codifiés qu’il a réussi à subvertir par sa mise en scène (en atteste son Brasier de la Colère, drame social converti en revenge-movie), il semblait inévitable que le réalisateur Scott Cooper tâte du pied le monde de la criminalité et du gangstérisme, autant pour le vivier presque intarissable d’histoires confrontant l’humain à des choix moraux décisifs (en somme tout le crédo des Brasiers de la Colère), que pour son attrait maladif jusqu’ici porté sur ces grandes pages de l’histoire américaine.

Synopsis: James J. Bulger, alias « Whitey » Bulger, devint l’un des membres fondateurs du gang de Winter Hill de Boston dans les années 70. Son ascension dans le monde de la pègre fut aidée par John Connolly, un ami d’enfance devenu un agent du FBI.

Et le voilà donc à la manière de Michael Mann ou Martin Scorsese avant lui, à poser sa caméra sur l’épaule d’un gangster dans la plus pure tradition du genre – boule de nerfs, violence accrue et démarche imposante-, ayant sévi dans les faubourgs de Boston et rapidement devenue figure inconditionnelle de la criminalité US : James « Whitey »Bulger. 

Si à première vue, l’entreprise peut se révéler être casse-gueule, au vu des codes archi balisés déjà posés par le genre, Cooper ne semble curieusement pas s’en faire.
Ouverture sombre, titre dévoilé progressivement, musique angoissante, le début de Strictly Criminel laisse déjà transparaitre toute l’ambition du réalisateur, celle de vouloir éviter à tout prix de sombrer dans le récit rise and fall, systématique du film de gangster, pour au final composer avec les codes d’un genre de film, que l’on attendait peu à voir transposé dans la vie d’un gangster redouté : ceux du film d’horreur.

Le Monstre Bulger.

Ou plus précisément, du film de monstre. Car la plus grande idée déployée à l’écran est de constamment ramener à l’idée que Bulger, aidé par une mise en scène qui le transforme en être fantomatique, et dont l’aura plane jusque sur tous les pores du film, est un monstre.
Monstre de violence (en atteste une mort violente curieusement hors champ) d’avidité, et d’ingéniosité, Bulger est surtout un monstre par sa dimension physique. Yeux bleus perçants, crâne dégarni, chicots jaunis, et voix suave quasi gutturale, Bulger incarne autant un monstre au pouvoir dévastateur lorsque mise devant la caméra, que ce fantôme, cette masse noire (faisant directement référence au titre original) inspirant la crainte et la peur, lorsque absent du score de Cooper. Tel un trou noir attirant en son centre les relents de bon en chaque homme, Johnny Depp campe en définitive un personnage à la fois effrayant, mais dont la nature, badass à souhait finit de charmer le spectateur, qui se révélera peut être un penchant inavoué pour la violence poisseuse et directe. C’est d’autant plus frappant que plus le film avance, et plus cette humanité, et cette morale jusque là ardemment défendue par le réalisateur et retranscrite à l’écran par les acteurs Benedict Cumberbatch (jouant un sénateur et accessoirement le frère de Depp) et Joel Edgerton (agent du FBI et ami d’enfance de Bulger), se retrouve pervertie par l’aura menaçante de Depp, un peu comme si le personnage phagocytait par sa seule présence à la fois l’intrigue principale et les principaux développements psychologiques des personnages.

Un bandit qui vampirise l’écran

Et il faut le comprendre. S’ouvrant par les confessions à la police de tous ses hommes de main et seconds, Bulger inspire la crainte. Omniprésent dans le film, puisque jouant sur le procédé autosuggestif de la mise en scène de Cooper, Depp est de tous les plans. Une prépondérance qui au fur et à mesure du déroulé du film atteint ses limites, quitte à faire naître le premier gros défaut du métrage. Car en se focalisant essentiellement sur le personnage, ses tourments et sa violence sans limite, le film en vient à délaisser tout le reste. Enchainant les apparitions fugaces de personnages portés bien haut par des grosses pointures (Kevin Bacon, Corey Stoll, Jesse Plemmons, Joel Edgerton, Benedict Cumberbatch, Dakota Johnson) et peu aidé par une mise en scène classique ne faisant qu’affirmer le vampirisme dégagé par Depp, le scénario vient à s’enliser dans un récit somme toute binaire voyant le criminel prospérer dans ses activités criminelles et la police et le FBI, dupés par ce génie criminel, essayant tant bien que mal de le coincer dans un jeu du chat et de la souris intense, mais terriblement pesant.

Parti-pris de mise en scène, ou rythme défaillant, difficile à dire, mais cet essai qu’a tenté Cooper d’apposer sa marque sur le genre semble à la fois ingénieuse, mais aussi terriblement datée. N’est pas Scorsese qui veut. Mais ce serait injuste de réprimer cet essai sur cette seule lenteur, quand bien même le film prend le pari d’exister dans l’ombre de ses modèles tout en s’affranchissant de leur style et en proposant un style qui lui est propre, entre une photographie maitrisée, et une direction artistique de toute beauté, sachant à l’instar de la French ou The French Connection, rendre grâce à l’âge d’or de la criminalité américaine. Et rien que pour ça, Strictly Criminal vaut le coup d’œil, car réussir à troquer et affirmer les valeurs, la loyauté et le respect en porte étendard d’un gang gangrené par la violence, il fallait oser.

Strictly Criminel: Bande-annonce

Strictly Criminal: Fiche Technique

Titre original : Black Mass
Titre français : Strictly Criminal
Réalisateur : Scott Cooper
Scénario : Scott Cooper, d’après le livre Black Mass: The True Story of an Unholy Alliance Between the FBI and the Irish Mob de Dick Lehr et Gerard O’Neill
Distribution: Johnny Depp, Kevin Bacon, Benedict Cumberbatch, Joel Edgerton
Direction artistique : Jeremy Woodward
Décors : Stefania Cella
Costumes : Kasia Walicka-Maimone
Photographie : Masanobu Takayanagi
Montage : David Rosenbloom
Musique : Junkie XL
Production : Scott Cooper, Brett Granstaff, Brian Olivier, Tyler Thompson, Patrick McCormick, Brett Ratner, John Lesher et Christi Dembrowski
Producteurs délégués : Gary Granstaff, Phil Hunt, Compton Ross et Lauren Selig
Sociétés de production : Cross Creek Pictures et Exclusive Media Group
Société de distribution : Warner Bros., Warner Bros. France (France)
Budget : 53 millions de dollars1
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : film de gangsters, thriller, drame

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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