Légitime Violence, un film de John Flynn : critique du DVD

[Critique DVD] :  Rolling Thunder/Légitime Violence

Synopsis : le commandant Charles Rane (William Devane), de retour du Viêt-Nam, voit sa femme et son fils assassinés devant ses yeux par des cambrioleurs.
En 1995, Quentin Tarantino crée une société de distribution de films qu’il appelle Rolling Thunder Pictures. Ce nom n’est pas donné au hasard : le réalisateur a voulu alors rendre hommage à un film culte et essentiel selon lui, Légitime Violence (Rolling Thunder dans son titre original), film encore peu connu en France mais qui a un statut culte outre-Atlantique.
La parution en DVD et Blu-Ray, chez Wild Side, de trois films de John Flynn (Légitime Violence, Pacte avec un Tueur et Échec à l’organisation) nous permet de redécouvrir ce cinéaste, décédé en 2007, et dont la filmographie passe encore trop inaperçue.

Retour au foyer
Sorti en 1977, Légitime Violence se situe dans le cadre du retour difficile des vétérans du Viêt-Nam. Cela montre une fois de plus cette capacité du cinéma américain à réagir très vite face à l’actualité de son pays. Les premiers films mentionnant (de près, comme Les Visiteurs, d’Elia Kazan, ou de loin, comme M.A.S.H., de Robert Altman) le conflit en Extrême-Orient sont apparus dès le début des années 70, alors que la guerre n’était pas encore finie.
Légitime Violence se déroule en 1973. Charles Rane et quelques autres, comme John Vohden (interprété par Tommy Lee Jones), ont été retenus prisonniers et torturés par le Viêt-Cong pendant plusieurs années. Libérés, ils sont accueillis comme des héros à leur retour au Texas. On organise des fêtes pour eux, on leur donne de nombreux cadeaux, etc. Mais la mise en scène nous fait vite comprendre que derrière les figures héroïques se cachent des fêlures profondes, voire des traumatismes.
D’abord, dès la sortie de l’avion, il y a la différence de posture entre Rane et Vohden. Autant le commandant parvient à donner l’image du héros tel que l’Amérique le veut (costume aux multiples médailles, allure fière, lunettes de soleil), son subalterne paraît plus cassé, plus renfermé.
Puis, il y a le retour dans la famille. La première nuit est significative : Rane s’enferme dans une pièce à peine plus grande que sa cellule et revoit, en boucle, les images traumatisantes de sa détention. Le traumatisme qu’il parvenait à cacher en public remonte à la surface quand il est seul.
Dans cette première partie de film, le cinéaste insiste sur la distinction public/privé. Outre l’image du héros, il montre aussi une version critique de l’idéal américain. La famille, parfaitement unie devant les caméras, se délite littéralement dans le cadre du foyer, où Rane apprend que sa femme a une liaison et qu’elle songe à divorcer. On peut sentir là, finement inscrite entre les lignes, une critique d’un certain culte des apparences ainsi que du modèle de vie proposé par la société américaine.

Vengeance et héroïsme
Légitime Violence change littéralement de trajectoire avec la scène du cambriolage. Le film devient alors une œuvre sombre et violente, un film de vengeance désabusé à la réalisation sèche et directe. C’est là que le film perd un peu de sa tension et de son originalité, mais il reste quand même une belle œuvre.
Là encore, le personnage de Rane reste marqué par son traumatisme. Lors du cambriolage, il se replonge dans les souffrances subies au Viêt-Nam et fait donc l’assimilation entre les criminels qui l’attaquent et les ennemis du conflit. Du coup, lorsqu’il se lance à leur recherche, ce n’est pas seulement dans une idée de vengeance : c’est une véritable guerre qu’il veut mener.
Le film permet alors de poursuivre le portrait contrasté de Rane. Aveuglé par sa haine, le personnage devient violent et ne prend plus en compte aucune autre considération. Pire, il va même entraîner d’autres personnes avec lui.
Une fois de plus, c’est le statut du héros qui en prend pour son grade ici. Peut-on être un héros en s’affranchissant ainsi des lois ? Pour bien saisir ce changement du personnage, il faut voir ce qu’en pense Linda. Au début du film, elle est évidemment attirée par Rane, séduite par sa virilité, son statut de héros, etc. C’est à cause de cette attirance pour lui qu’elle va le suivre dans sa quête morbide. Mais plus le temps va passer et plus elle va s’éloigner de lui, comprenant qu’elle est simplement utilisée, manipulée par quelqu’un qui a un but personnel.
Le film va se terminer dans la violence et le bain de sang. Une violence qui est filmée sans fard, sans effets stylisés. Pas de musique, pas de ralentis, pas de trucs divers : la violence n’est pas esthétique, elle n’est pas agréable, elle n’est pas belle. Elle est montrée dans toute sa crudité.
La réalisation sait rester sobre. Le scénario, signé Paul Schrader (romancier, qui écrira par la suite le scénario de Taxi Driver), ne va pas toujours au bout de son idée directrice et se perd un peu dans la facilité d’un film de vengeance. Mais l’interprétation est excellente et l’ensemble se laisse voir avec plaisir et intérêt.

Légitime Violence : Bande-annonce

Légitime Violence : Fiche Technique

Titre original : Rolling Thunder
Date de sortie originale : 14 octobre 1977
Date de sortie du DVD/Blu-Ray : 8 juillet 2015
Nationalité : USA
Réalisation : John Flynn
Scénario : Paul Schrader, Heywood Gould
Interprétation : William Devane (Charles Rane), Linda Haynes (Linda Forchet), Tommy Lee Jones (John Vohden), Lisa Richards (Janet), Dabney Coleman (Maxwell), Luke Askew (Automatic Slim).
Musique : Barry De Vorzon
Photographie : Jordan Cronenweth
Décors : Steve Berger
Montage : Frank P. Keller
Production : Norman T. Herman
Société de production : American International Picture
Société de distribution : American International Picture
Editeur du DVD/Blu-Ray : Wild Side Video
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 96’ (version courte), 100’ (version longue)

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