Rétro Coen: Inside Llewyn Davis – Critique du film

Le repos du chat

Le dernier film en date des frères Coen, futurs présidents du jury cannois, se présente comme un vrai-faux biopic à la non-gloire d’un paumé magnifique: Llewyn Davis qui n’exista jamais, mais est inspiré de personnages bien réels, des « figures historiques de Greenwich Village » sur lesquelles s’est interrogé Slate lors de la sortie du film. Mais Llewyn Davis c’est avant tout son interprète : Oscar Isaac, plein de douceur, derrière une figure qui ne dégage pas beaucoup de recul humoristique sur sa situation, alors que les Coen, si, justement. Oui, situation il y a puisque ce sont quelques jours et nuits (courtes) de lose qu’ont décidé de filmer les Coen. Des jours où Llewyn quitte Greenwich où il ne fait que, je cite, « faire tourner le chapeau » pour aller à Chicago, avant de revenir à New York, pas plus avancé sur la terre, décidé à s’embarquer (se ré-embarquer serait plus juste) sur la mer. On rit de Llewyn, mais on s’attache aussi à lui, comme souvent avec les Coen, les perdants sont des figures cinématographiques très fortes, ces anti-héros un peu décalés qu’on se plaît à suivre, même si le délire est ici moins fort que dans un Barton Fink ou encore Burn after reading.

Durant son périple, Llewyn s’en prend plein la figure, mais la douceur domine et c’est ça qui est magnifique car, avec sa petite tête fatiguée et mal rasée, il encaisse, il ne dit rien, ou presque (la fin du début, le début de la fin: scène de tabassage derrière le bar où il se produit faute de mieux pour, dit-il, « payer un loyer » d’un chez-lui qu’il ne possède pas). Il est pétri de douleur dans ce qu’il n’accepte même pas de discuter: la perte de son partenaire de musique folk. Et ce n’est pas même sous les traits de deux chats légèrement fugueurs qu’il trouvera du réconfort, même s’il s’y accroche comme un prétexte pour ne pas avoir les mains vides, s’inquiéter de quelque chose de vivant, s’embarrasser…  Le parcours filmé par les Coen est donc celui d’un musicien qui fredonne et chante des chansons belles à écouter, qui réchauffent un peu le cœur, des chansons pour emmener avec soi sur les routes, mais qui ne peuvent susciter un succès. Et, même ça, il l’encaisse sans rien dire. Llewyn est un tendre loser, mais un mauvais boxeur, il rend à peine les coups qu’il reçoit, vivotant de canapés en canapés, croisant des personnages plus ou moins recommandables, drôles souvent, paumés aussi.

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage … »

C’est un chemin hivernal, boueux, nocturne mais aussi musical, chaque chanson est interprétée dans son intégralité, parfois même A capella et c’est une satisfaction. Si Llewyn est frustré de ne pas y arriver, nous ne ressentons jamais cette frustration de l’à peu près car tout est entier chez Llewyn: on le suit du début, à la fin avec délectation, même quand la route s’éternise et que, les pieds glacés, il retourne au point de départ. C’est que, tel un chat, il sait toujours rentrer dans son foyer. Sans en avoir un, il en a mille où toujours, même détesté, pour des raisons plus ou moins argumentées, il trouve toujours un petit coin, même frugal, pour enfin se reposer de tous ses échecs … Certainement pas le meilleur des frères Coen, mais un film apaisant. Le film marque tout de même encore une fois le goût des frères Coen pour les perdants, ces paumés qu’ils rendent magnifiques, intenses. Inside Llewyn Davis a tout de même reçu le Grand Prix au festival de Cannes en 2013, l’aventure des Coen au festival poursuivra du 13 au 24 mai prochain.

Synopsis : « Inside Llewyn Davis » raconte une semaine de la vie d’un jeune chanteur de folk dans l’univers musical de Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu’un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu’il se créer lui-même.

Fiche technique – Inside Llewyn Davis

Date de sortie française : 6 novembre 2013
Réalisation et scénario : Joel et Ethan Coen
Interprètes : Oscar Isaac (Llewyn Davis), Carey Mullingan (Jean Berkey), Justin Timberlake (Jim Berkey)…
Compositeur : Marcus Mumford
Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel
Monteurs : Ethan et Joel Coen – Chef monteur : Roderick Jaynes
Producteurs : Joel et Ethan Coen, Scott Rudin
Production : Mike Zoss Productions, Scott Rudin Productions, Studio Canal
Distribution : Studio Canal

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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