7 Boxes, un film de Juan Carlos Maneglia : Critique

Synopsis : Au Paraguay de nos jours, Victor, dix-sept ans, survit comme il peut en effectuant quelques livraisons avec sa brouette, dans un immense et labyrinthique marché. Un vendredi soir, il accepte une proposition inhabituelle contre de l’argent : livrer sept boîtes – dont il ne sait rien du contenu – en échange de la moitié d’un billet de cent dollars. L’autre moitié du billet déchiré ne lui sera remise qu’après la mission terminée. Mais ce qui ne devait être qu’une simple livraison se transforme rapidement en une course-poursuite haletante à laquelle Victor se trouve fatalement mêlé mais dont il ignore tout. 

Excellente surprise donc que ce film paraguayen qui nous renseigne avec vigueur sur le délabrement socio-politique de ce pays d’Amérique du sud. Moins visible que ses compères argentins, brésiliens, uruguayens et autres poids lourds du continent sa relative stabilité l’épargne des crises qui secouent ces nations. Et pourtant………..
Car ce que nous disent les réalisateurs sur l’iniquité économique qui le gangrène n’est pas des plus rassurants. Victor, ce jeune garçon qui se voit confier une livraison dont il n’a aucune idée du contenu, semble faire contrepoint à ces enfants délaissés dont la rue est possiblement l’unique issue de secours pour survivre. Ne pas (se) poser de questions et tracer sa route sans se retourner peut alors constituer la devise d’habitants en survie permanente. Qu’il y soit accompagné par sa secrète passion amoureuse et un ami cleptomane accrédite la thèse d’une jeunesse laissée à l’abandon. Ce n’est malheureusement pas l’unique tare d’un gouvernement trop affairé à s’enrichir par l’expropriation et l’exploitation de sa culture Guarani et ses nombreuses ressources naturelles.

A la croisée d’un périple au long cours, s’ajoute la déshérence sociale qui voit ses nombreux citadins obliger de recourir au racket, voir au meurtre s’il en est besoin, pour subvenir aux besoins médicaux de familles isolées. Ou quand l’impérial besoin vital s’accommode tant bien que mal d’une morale mafieuse. Le constat d’une lutte parricide qui oblige les classes sociales les plus défavorisées à s’entretuer pour exister est accablant. Ce n’est plus une lutte des classes qui conduirait à plus d’équilibre, mais une extermination intracommunautaire. La police, comme souvent dans pareil cas, est au mieux impuissante et au pire complice d’un système qui lui assure sa pérennité.

Quel meilleur symbole que ce représentant de L’État de mèche avec les narcotrafiquants pour situer l’ampleur de son déchargement institutionnel ? L’intrigue est d’autant plus cruelle qu’elle accentue ce déséquilibre en figurant le quiproquos de départ pour laisser dos à dos un peuple qui ne sait se parler et se comprendre. En effet, le contenu de ces sept boites de livraison n’est pas ce que chacun des protagonistes pense qu’elle soit. En découle alors toute une narration sec et tendue qui illustre parfaitement ce malentendu.

L’odeur de l’argent sale va de pair avec celle du sang versé, prélude à une loi du talion aux conséquences bien faucheuses. Tous s’y embourbent avec plus ou moins d’appétit, révélant ainsi la paranoïa ambiante relative à toute narcodémocratie. Il faut alors impérativement parler de la mise en scène. Les deux auteurs, surement nourris aux séries américaines type « 24 heures chronos » ou « The Shield« , empoignent les caméras avec entrain et nourrissent certaines séquences d’un rythme frénétique qui sied bien à la temporalité du film. Zoom panoramique, gros plan serré et décadrage nous entrainent avec excitation dans ce labyrinthe.

Fatiguant à la longue mais on ne pensait pas voir ce type d’effets élaborés de ce cote ci de la planète. Pourtant le plus étonnant demeure dans la mise en abyme de la force de l’image. Dans un effet de miroir inattendu, les personnages ne cessent de se filmer et ce, quelque soit les circonstances. Comme si le mirage du voyeurisme était partie prenante du désenchantement moral et qu’ils ne pouvaient exister que par la grâce de leur reflet médiatique. C’est le sens que l’on pourrait donner à ces passages ou le gamin regarde, obnubilé, la télévision qui diffuse des inepties et ou les adultes découvrent, émerveillés, le nouveau téléphone portable nouvelle génération qui prend nombre de photos et de vidéos. Et le drame final ne dit pas autre chose: sitôt épargné par la mort, l’enfant se mire avec jubilation dans l’appareil cathodique de l’hôpital ou passe en boucle son sursis. La célébrité, derniers recours contre la misérable existence des parvenus, triste de lot de consolation!

7 Boxes / 7 Cajas – Trailer

7 Boxes : Fiche Technique

Titre original : 7 cajas

Première sortie : 10 août 2012 (Paraguay)
Réalisateurs : Tana Schémbori, Juan Carlos Maneglia
Avec Celso Franco, Víctor Sosa, Lali Gonzalez, Nico García, Paletita.
Scénario : Tito Chamorro, Tana Schémbori, Juan Carlos Maneglia
Durée : 120 minutes
Bande originale : Fran Villalba
Genre : Thriller

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Ipcress, danger immédiat (1965) de Sidney J. Furie et Élémentaire, mon cher… Lock Holmes (1988) de Thom Eberhardt : les multiples visages de Michael...

Film d'espionnage sous forme d'anti-James Bond ou farce loufoque parodiant Sherlock Holmes : Michael Caine est à l’aise dans tous les registres. Un trésor vivant du cinéma britannique !

Eega, la mouche vengeresse : l’amour revient toujours

Un homme tué par son rival amoureux revient en mouche domestique pour se venger. Entre les mains de S.S. Rajamouli, ce pitch impossible devient l'un des films les plus singuliers et les plus rafraîchissants du cinéma contemporain. Sortie en 2012, "Eega, la mouche vengeresse" constitue l’œuvre pivot d'une filmographie qui donnera naissance au monumental dyptique "La Légende de Baahubali" et la merveille "RRR".

Torso (1973) de Sergio Martino : tripes et nichons en 4K

Au carrefour du giallo et du slasher, Torso de Sergio Martino marqua son époque par sa violence exacerbée et son lot généreux de scènes érotiques. Succès important à sa sortie en 1973, le film s’est depuis lors vu certifier un label « culte ». Pur divertissement coupable ou grille de lecture plus subtile qu’on ne le pense ? Ou vous laisse juger, mais cette magnifique édition vaut en tout cas le détour.