Batman, un film de Tim Burton : Critique

Batman (1989), un film gothique, profond mais bavard et au (anti)héros fantomatique.

Synopsis: Le célèbre et impitoyable justicier, Batman, est de retour. Plus beau, plus fort et plus dépoussiéré que jamais, il s’apprête à nettoyer Gotham City et à affronter le terrible Joker

Tim Burton est un sacré personnage, passionné par le cinéma impressionniste allemand des années 20 et dessinateur pour Walt Disney. Après avoir réalisé pour eux Vincent (1981) ou Frankenweenie (1984), il décide enfin de passer au cinéma live au milieu des années 80. En débutant avec Pee Wee big adventure (1985), il marque d’entrée de jeu son style graphique loufoque et débute une collaboration avec Danny Elfman. Puis vint Beetlejuice, carton commercial et critique, avec Michael Keaton, pour une parodie furieuse de L’Exorciste de Friedkin.

Fort de ce succès, la Warner le convainc de réaliser le film Batman en 1989. Toujours avec Michael Keaton en premier rôle et Danny Elfman à la musique, ce long métrage, ainsi que sa suite, seront des succès commerciaux et critiques dans le monde entier. Utiliser son style gothique, pour un personnage aussi sombre que Batman, semblait être la rencontre parfaite. Si l’esthétique est maniée avec maestria par le réalisateur, le film se perd néanmoins dans des dialogues peu intéressants et un personnage de Batman bien trop fantomatique.

Dès les premiers plans du film, la nostalgie s’élève. La musique brillante et magistrale de Danny Elfman ou encore le logo gravé dans la roche, tout commence parfaitement…jusqu’à ce que Gotham City nous soit montré. Une ville rongée par la décadence et la criminalité, un enfer bureaucratique sur terre, où toute institution n’est que corruption tenace et influente. Une profondeur à la hauteur d’un tel métrage, qui à certes assez vieilli au niveau visuel, mais qui s’en sort tout de même honorablement de nos jours.

Par cette vision primaire, Burton réussit à poser les bases de son film. Une esthétique à la fois baroque et gothique, rappelant inévitablement Métropolis de Fritz Lang, dont le style inspire Burton durant la majeure partie du long métrage (et même de sa carrière). Les décors, récompensés aux oscars de 1990, témoignent de l’influence de l’expressionnisme allemand des années 20, mouvement dont fait partie Métropolis. Mais en tout en s’inspirant de l’esthétique, Burton ajoute à cela une vision dépressionnaire de la société Américaine des années 80, rongée par la corruption, affaiblie par la crise débutée dans les années 70.

En restant dans les points positifs en ce qui concerne le film, il faut bien évidemment louer le casting. Michael Keaton incarne avec brio un Batman cependant trop absent et pas assez développé sur les origines de son action. Le soucis étant dans la construction d’un personnage sombre et caractérisé en tant que prédateur animal par la population. Ainsi, le réalisateur échoue dans le développement de son héros, ne l’incluant qu’au second plan, et le spectateur préférera s’attarder sur les deux autres personnages principaux.

Tim Burton fera de ces deux autres rôles, qui ne sont autres que la némésis du héros et l’âme sœur du personnage, la base de son intrigue. Ainsi, Jack Nicholson incarne le mythique Joker dans une folie habituelle pour l’acteur (Shining pour ne citer que lui). Ici, on voit le comédien adapter le Joker à son jeu, interprétant un clown qui se pense artiste et souhaitant libérer le monde de sa dépression ambiante. Quant à Kim Basinger, elle incarne la bien aimée du héros, photographe et amoureuse de Bruce Wayne. Sensuelle à souhait, elle fut l’icône sexuelle de cette époque pour de nombreux fans et son jeu n’est pas sans rappeler son rôle dans « Jamais plus jamais » d’Irvin Keshner.

Comment ne pas s’attirer la foudre des fans de Burton en osant critiquer un film aussi adulé, que ce soit par les fans de comics ou par les cinéphiles ? Pourtant, sans faire d’anachronisme et en comparant avec le Batman de 1966 avec Adam West, nous ne pouvons que constater à quel point ces films sont des antithèses totales. Que ce soit par le traitement ou par le style, ces films ont marqué leurs générations.

Et si le premier a tendance à être moqué de nos jours, il témoignait d’une effervescence positiviste autour du personnage, tout le contraire du négationniste Burton. Héros ou anti héros, joyeux ou sombres, colorés ou monochromes, les regards mettent en évidence une certaine contradiction quant au statut d’icône du héros. Ainsi s’opposent des visions contradictoires du personnage, qui peut gêner tant la maturité du film de Burton est poussée par rapport à la bluette kitsch de 1966, ne poussant pas le spectateur a réellement s’identifier dans cette société d’une morosité repoussante.

D’autant que le rythme établi par Burton provoque irrémédiablement chez le spectateur des somnolences récurrentes et assez désagréables, la faute à des dialogues plus que dispensables sur la politique de la ville, surtout en première partie de film. Le tout manque notamment de dynamisme lors des scènes d’actions, qui restent bien filmées mais assez mornes tandis que le film de 1966 restait divertissant tout du long.

Ces problèmes, à moitié corrigés par le réalisateur avec sa suite, témoignent d’un manque de liberté certain concernant son style fantasque, et surtout d’une peur réelle d’un flop de la part des producteurs, ceux ci n’ayant investi que 35 millions de dollars, correct à l’époque, risible aujourd’hui. Grâce au succès public et critique, le réalisateur gagnera la faveur du studio pour avoir le final cut de ses futurs métrages, qui garderont sa patte indélébile, pour le meilleur… mais aussi pour le pire !

Pour conclure, Tim Burton réalise ici un Batman gothique et baroque à l’image d’une société rongée par la corruption et par le négationnisme ambiant. Néanmoins, si le style est manié à la perfection et les acteurs excellent dans leurs rôles, le rythme lent et bavard ainsi que la présence quasi fantomatique de Batman gâchent le potentiel d’un film, qui avait tout pour être un chef d’oeuvre.

Batman (1989) Trailer

Batman : Fiche Technique

États-Unis – 1989
Réalisation: Tim Burton
Scénario: Sam Hamm, Warren Skaaren d’après: les personnages de: Bob Kane, éd. DC Comics
Interprétation: Jack Nicholson (Jack Napier alias le Joker), Michael Keaton (Bruce Wayne alias Batman), Kim Basinger (Vicky Vale), Robert Wuhl (Alexandre Knox), Pat Hingle (commissaire Gordon), Billy Dee Williams (Harvey Dent), Michael Gough (Alfred), Jack Palance (Grissom), Jerry Hall (Alicia), Tracey Walter (Bob)…
Image: Roger Pratt
Décor: Anton Furst
Costume: Bob Ringwood
Montage: Ray Lovejoy
Musique: Danny Elfman
Producteur: Jon Peters, Peter Guber
Chansons: Prince
Durée: 2h05

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Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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