Fargo, saison 1 – Critique de la série

Il y a cette neige assassine, qui recouvre le monde et efface toute trace de civilisation, ce désert, comme un enfer blanc synonyme de froid intense et de mort rapide, angoissante et qui rend toute l’existence plus difficile. Une neige immaculée, que les traînées du sang des morts marquent au fer rouge. Née d’un monde en sommeil, cette neige est peut-être le personnage principal de Fargo, omniprésente, étouffante, elle fragilise la condition humaine et sans hésiter : tue les faibles. Ne l’affrontent que les plus retors, le reste de l’humanité sera contraint de se terrer en espérant de meilleurs auspices. C’est d’ailleurs elle, cette neige, qui commet le tout premier meurtre dans Fargo, quant aux autres…

Synopsis : À Bemidji, Minnesota, l’arrivée du tueur Lorne Malvo va semer la mort et révéler la nature profonde et parfois sombre, des habitants de cette ville perdue dans la neige et le froid.

Snow White

Il y a « casting »…

Fargo n’usurpe pas le qualificatif de série absolue, tant ses producteurs (les frères Coen) ont compris il y a longtemps que la réussite passe par le souci du détail. Qu’il s’agisse du scénario, du montage, de la mise en scène ou des acteurs, le hasard n’a pas été convié à la fête. Le casting tutoie les sommets du jeu d’acteur, les choix faits sont formidables, connus ou moins connus ont su faire de leur rôle un costume sur mesure. D’Allison Tolman (Prison Break) à Colin Hanks (Band Of Brothers, Mad Men, N.C.I.S.), tous surfent sur un petit nuage, état de grâce aux connaissances d’alchimistes des deux frères.

…et « casting » !

Malgré tout, deux d’entre eux arrivent à se hisser un cran au-dessus, à toucher du doigt le jeu des dieux. Martin Freeman (Petits Meurtres À l’Anglaise, Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde) est exceptionnel, probablement taxé d’agaçant par certains par un jeu tout en mouvement, en mimiques très appuyées, mais reflet d’un personnage aux nerfs à vif et sans cesse sur la corde. Son évolution, partant du petit employé de bureau insignifiant, passant par le tueur extraverti pour finir sur l’ignoble qu’il devient, donne toute sa mesure au talent de Martin Freeman. Et Dieu : Billy Bob Thornton (The Djudge, Intolérable Cruauté, U-Turn), vieux routard du cinéma et ami des Coen (et de Lemmy Kilmister, c’est dire…), acteur roublard confirmé et admirable, étale à l’écran un talent au-delà de l’imaginable. Les deux frères, s’ils ne font ici que produire, ont toujours su fabriquer du méchant. Aidés ici par Noah Hawley (Bones) et inversement, ils ont fait de Lorne Malvo une de leurs plus belles réussites. Tueur malingre, mais au charisme et à l’intelligence terrifiantes, Billy Bob Thornton fait sien ce rôle et marque la série d’un sang criminel.

Le sens du rythme…

La maîtrise ne s’arrête pas au jeu des acteurs, elle est dans le rythme, dans un montage qui sait quand le spectateur pourrait s’ennuyer, lui offrant alors au choix un peu d’amour, une tension intenable, des crimes montés tels casse-têtes, des duels de tueurs sous la tempête de neige du siècle (séquence mémorable), des ploucs pas si ploucs et des pourris vraiment pourris. Ce rythme presque scientifique fusionne littéralement en un incroyable coït cinématographique avec une mise en scène digne d’un grand film, digne des Coen, digne de cette neige, ce blanc uniforme symbole de l’union de toutes les couleurs en un vide angoissant, un vide qui mènera à la mort pleine d’ironie de Lester.

…et le souci du détail

Jusque dans les détails la série force le respect, d’une musique pleine de mélancolie mortelle (ce violon !), instillant une atmosphère quasi mystique, faisant de Lorne Malvo le bras armé de la Mort et de Lester, l’agneau finalement sacrifié sur l’autel du Mal humain. Jusque dans les détails se trouve l’équilibre entre l’humour, la violence débridée, le suspense des plus crispants et surtout, l’arme maîtresse qui fit, fait et fera la marque des frères : l’ironie.

La faim dès la fin

Dès que s’achève le dernier épisode, la faim se fait sentir, l’envie d’un « encore » survient, car quand on a goûté au meilleur, le reste peut paraître bien fade. Fargo est digne du long-métrage dont elle s’inspire, digne de ses créateurs, telle une fille prodigue qui aurait été au-delà des espoirs de ses géniteurs. Si la perfection n’est pas de ce monde, elle est peut-être de celui de l’audio-visuel et il faut bien l’admettre Noah Hawley n’en est pas loin cette fois. Le mérite est partagé entre le créateur et les producteurs car comme chacun sait, aux U.S.A., la place de celui qui produit est bien plus importante que par chez nous, les Oscars en témoignent. Mais ensuite, ne demeure que le sentiment d’avoir vécu le surnaturel, d’avoir vu plus qu’une simple série télévisée, plus que de prosaïques caméras, projecteurs, ou claps qui seraient à l’origine d’un tel moment de grâce. Fargo est bien plus que ça, Fargo est une parenthèse indéfinie, qu’on ressent sans savoir comment.

Fargo – FX – Season 1 – Trailer – Philosophy

Fiche Technique – Fargo

Créateur : Noah Hawley
Année : 2014
Origine : U.S.A.
Producteurs : Joel et Ethan Coen
Diffuseur : FX, FXX Canada et Netflix
Réalisateurs : Adam Bernstein, Randall Einhorn, Colin Bucksey, Scott Winant et Matt Shakman
Format : 10 épisodes de 52’

Récompenses : 

Critics Choice Television Award 2014 :

  • Meilleure mini-série
  • Meilleur acteur : Billy Bob Thornton
  • Meilleur actrice dans un second rôle : Allison Tolman

Emmy Awards 2014 :

  • meilleure mini-série
  • meilleure réalisation : Colin Bucksey

Golden Globe 2015 :

  • meilleure mini-série
  • meilleur acteur : Billy Bob Thornton

Auteur : Freddy M.

 

 

 

 

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