Charlie Mortdecai, un film de David Koepp – Critique

Synopsis : Beaucoup de monde est à la poursuite de Charlie Mortdecai : des Russes fous furieux, les services secrets britanniques très remontés, un terroriste international et même sa somptueuse épouse… Pour se tirer des situations impossibles qui le guettent, l’élégant marchand d’art et escroc occasionnel n’a que son charme. Il va lui en falloir beaucoup s’il veut s’en sortir vivant et être le premier à retrouver le tableau volé qui conduit au trésor caché des nazis…

Acteur ultra-talentueux ayant tourné avec les plus grands dans les années 90, Johnny Depp s’est transformé, au cours de la dernière décennie, en une sorte de parodie de lui-même. Reprenant toujours plus ou moins le même rôle, et se créant un personnage toujours loufoque et extraverti, il est devenu une sorte de genre cinématographique à lui tout seul. On ne va plus voir le dernier thriller, ou le dernier film de tel ou tel réalisateur, mais bien le dernier Johnny Depp. C’est d’autant plus vrai ici, alors que le metteur en scène n’a pas une carrière exceptionnelle. David Koepp n’a en effet « que » cinq films au compteur dont Fenêtre secrète avec…Johnny Depp. Autant dire que l’aura de sa star éclipse la sienne.

OSS 117 sauce Big Mac

Charlie Mortdecai est donc le nouveau personnage interprété par Johnny Depp, après Jack Sparrow, Le Chapelier Fou, Tonto l’Indien, Willy Wonka, Sweeney Todd… Un rôle un peu moins en couleur mais toujours aussi déjanté dans lequel l’acteur laisse parler tout son style si particulier. Les fans apprécieront, une nouvelle fois, tandis que les détracteurs risquent de pousser un soupir de lassitude. Objectivement, il faut bien reconnaître que Johnny Depp cabotine à fond mais, dans les rares scènes où il n’en fait pas des caisses, parvient à rendre son personnage sympathique, et à déclencher quelques fous rires.

Il faut dire aussi que le rôle s’y prête : Charlie Mortdecai est un peu le pendant british de notre OSS 117 national. Si Depp aurait gagné à s’inspirer du jeu plus en retenue de Jean Dujardin, on retrouve toutefois l’humour très second degré des comédies d’espionnage du même genre. Sauf que la subtilité n’est pas vraiment le fort du scénario, qui serait une sorte de mix entre OSS 117, donc, et Austin Powers, en moins grivois. Le résultat est surprenant, un tantinet lourdaud comme lors de la scène d’introduction, mais parfois franchement amusant.

Du lourd au casting

Comme souvent dans ce genre de situations, ce sont les personnages secondaires qui sauvent la mise. Si Ewan McGregor ne semble pas très à l’aise dans l’exercice, abusant de son côté britannique, la touche féminine apportée par une excellente Gwineth Paltrow apporte une note plus épicée au film. Et que dire de Paul Bettany, caution humoristique de l’ensemble, et dont le personnage de garde du corps à tendance nymphomane est probablement le plus réussi ?

Tout ce petit monde roule sa bosse de Londres à San Francisco, en passant par Moscou, dans une aventure pleine d’humour et de bons mots. Si on est loin des chefs d’oeuvre du genre, Charlie Mortdecai est un peu le plaisir coupable de ce début d’année. Porté par un Johnny Depp égal à lui-même, soutenu par un casting de haut vol, il se laisse voir sans déplaisir, malgré quelques lourdeurs.

Charlie Mortdecai – Fiche Technique

USA – 2014
Comédie, Policier
Réalisateur : David Koepp
Scénariste : David Koepp, Eric Aronson, d’après l’oeuvre de Kyril Bonfiglioli
Distribution : Johnny Depp (Charlie Mortdecai), Gwyneth Paltrow (Johanna Mortdecai), Ewan McGregor (Inspecteur Martland), Paul Bettany (Jock Strapp)
Producteurs : Johnny Depp, Christi Dembrowski, Andrew Lazar, Patrick McCormick, Gigi Pritzker
Directeur de la photographie : Florian Hoffmeister
Compositeur : Mark Ronson
Monteur : Jill Savitt
Production : Infinitum Nihil Productions, Huayi Brothers, OddLot Entertainment, Mad Chance, Lionsgate, Kinema Film
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Auteur : Mikael Yung

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.