Cours sans te retourner, un film de Pepe Danquart: Critique

 [Critique] Cours sans te retourner

Synopsis : Entre 1942 et 1944, Srulik, un jeune garçon juif enfui du ghetto de Varsovie, survit en se cachant dans la forêt et en demandant auberge à des polonais compatissants. Mais, pour échapper aux soldats allemands et aux collaborateurs qui sont prêts à le dénoncer, il doit suivre le dernier conseil que lui a donné son père : se faire passer pour un polonais chrétien sans pour autant oublier, au fond de lui, qu’il est juif.

Un étalage outrancier de pathos 

Dès les premières images, la détermination du réalisateur allemand Pepe Danquart de filmer au plus près l’horreur et les conditions de vie précaires du jeune fugitif, saute aux yeux. Dans l’alternance entre les mésaventures, plus ou moins anecdotiques, et les flashbacks de Srulick (qui, par la force des choses, se fait à présent appeler Jurek Staniak), la tonalité larmoyante est bien plus appuyée que la volonté de louer l’instinct de survie qui semble pourtant motiver l’ouverture du film.

Incarné tour à tour par les deux jumeaux Kamil et Andy Tkacz, deux acteurs juvéniles mais prometteurs, le personnage de Srulick devient immédiatement attachant. La misère et la tristesse d’un tel enfant, brutalement privé de ses parents et livré à lui-même, est une figure mélodramatique imparable. Le choix d’adapter les mémoires d’Uri Orlev pour dépeindre la cruauté des soldats nazis à l’encontre des populations juives de Pologne, était donc une garantie d’apporter à son propos depuis longtemps surexploité un point de vue immanquablement tragique.

Le parcours de l’orphelin va d’abord passer par une rencontre avec une polonaise altruiste lui donnant des cours de catéchisme afin de réussir à se faire accepter des autres. Dans cette courte séquence, jouée en duo avec Elisabeth Duda, le film, Cours sans te retourner semble prendre une tournure de thriller psychologique sur fond de thèmes religieux, mais rapidement le scénario va reprendre son schéma épisodique dépourvu d’intrigue autre que celle d’une course contre la mort.

 Depuis son adoption d’un chien, jusqu’à son intégration dans un village sous la houlette de l’armée russe, en passant par son travail dans une ferme, chaque étape de la fuite du jeune héros est prédestiné à s’achever par un drame (qui, de fait, devient ridiculement prévisible). Ces tragédies sont chaque fois soutenues par une même mise en scène qui appuie gauchement, par des gros plans, les larmes du garçon, et par une musique se voulant poignante. Ces procédés tire-larmes lourdingues n’aident aucunement cette redondance de grosses ficelles d’écriture mélodramatique, qui consiste à faire du parcours de ce jeune juif, un spectacle ni émotionnellement ni historiquement pertinent.

Le fait de découvrir, en guise de conclusion, le véritable Uri Orlev pour confirmer la véracité des faits ne fait que renforcer la finalité pompeuse qui relève davantage du voyeurisme obséquieux que d’un quelconque moralisme humaniste.

Cours sans te retourner : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YwsfMMw_l2k

Cours sans te retourner : Fiche Technique

Réalisateur : Pepe Danquart
Scénariste : Heinrich Hadding &Pepe Danquart d’après le roman de Uri Orlev
Interprétation : Kamil & Andy Tkacz (Srulik / Jurek Staniak) ; Elisabeth Duda (Magda) ; Zbigniew Zamachowski (Hersch Fridman, le père de Srulik)
Directeur de photographie : Daniel Gottschalk
Musique : Stéphane Moucha
Montage : Richard Marizy
Producteurs : Pepe Danquart, Susanne Kusche, Uwe Spiller…
Production : Bittersuess Pictures, Ciné Sud Promotion, Arte…
Genre : Drame, Guerre
Durée : 1h 47mn
Date de sortie : 24 décembre 2014

France/ Allemagne – 2014

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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