Spartacus, un film de Stanley kubrick : Critique

Tout le monde le sait, l’incursion de Kubrick dans le monde très codé du péplum n’a rien d’un choix personnel : c’est un tremplin à sa carrière et un remplacement de dernière minute pour le projet de Douglas construisant un film à sa gloire.

L’éphèbe de la glèbe à la plèbe

On pourra néanmoins chercher dans ce film les germes de son esthétique ou les obsessions qui seront les siennes par la suite. La maitrise formelle est évidente, particulièrement dans les plans d’ensemble et la gestion des foules : une caméra qui passe à travers les corps en entrainement, qui survole la crête d’une mine de sel, ou un cadre qui donne à voir les légions romaines en formation avec une grande capacité de persuasion.

Sur la thématique propre au film, les indices d’un attachement à l’aliénation et à la mécanique du corps sont déjà bien présents : du formatage du gladiateur à son combat-spectacle, de la vente des corps à leur crucifixion, Kubrick exploite l’idéologie très prégnante de Trumbo dans l’image elle-même.

La naissance du héros est donc celle d’un homme qui commencera dénué de tout : de liberté, mais aussi de culture, de vie sexuelle et amoureuse ou d’amitié puisqu’il pourra avoir à tuer prochainement ses partenaires. Même s’il souffre des raccourcis et des excès propres à la machine hollywoodienne (une romance d’un lyrisme assez anachronique, et des capacités de stratège pour l’esclave affranchi à faire pâlir l’élite romaine), le parcours du protagoniste est celui de l’affirmation d’un individu par le prisme de la foule grandissante qui l’accompagne. On appelle cela un prophète. Toute l’articulation du scénario fleuve (3h20, et s’il faut admettre au film des longueurs, reconnaissons que la dynamique générale est plutôt cohérente) repose sur ces chevilles entre l’individuel et le collectif. D’un côté, la constitution d’une utopie où l’on s’attarde longuement sur la communauté des esclaves rebelles en pleine diaspora, insistant sur des visages et des scènes du quotidien laborieux, que ne renierait pas le Ford des Raisins de la Colère, dans un panorama exhaustif incluant femmes, enfants, vieillards (et même un nain). De l’autre, l’incidence de ce souffle nouveau sur la politique romaine, repère des coulisses corrompues, de l’avènement d’un ordre nouveau qui fera vaciller les fondements politiques. Les échanges entre les nombreux personnages romains fonctionnent et traduisent bien l’enlisement d’une civilisation dans les excès de sa propre puissance. Les acteurs, de ce point de vue, sont tous à la hauteur, de Laughton à Olivier, en passant par Curtis. Jean Simmons peut se contenter d’un regard pour signifier son amour ou son mépris.

Le péplum est donc avant tout une question d’équilibre : concilier tête à tête, romance, violence, destin d’un pays tout entier, épopée collective et destinée individuelle. Spartacus est dans ce registre une véritable réussite, à laquelle on peut joindre la capacité qu’il a à entrer en résonance avec les enjeux idéologiques d’une autre époque, où la lutte des classes et l’appel à la cohésion de la plèbe prend une autre dimension.

Fiche technique: Spartacus

Film Américain De Stanley Kubrick
Réalisateur 2ème Equipe : Irving Lerner
Année : 1960
Scénario : Dalton Trumbo d’aprèsle roman de Howard Fast
Avec Kirk Douglas (Spartacus), Laurence Olivier (Marcus Crassus), Jean Simmons (Varinia), Charles Laughton (Gracchus), Peter Ustinov (Batiatus), John Gavin (Julius Caesar), Tony Curtis (Antoninus), Nina Foch (Helena), John Ireland (Crixus), John Dall (Glabrus), Charles Mcgraw (Marcellus).
Durée : 184 Mn
Genre : Péplum
Directeur Artistique : Alexander Golitzen
Photographie : Russell Metty
Dcors : Eric Orbom
Costumes : Peruzzi, Valles, Bill Thomas
Montage : Robert Lawrence, Robert Schultz, Fred Chulak
Son : Walson O. Watson, Joe Lapis, Murray Spivack, Ronald Pierce
Musique : Alex North
Générique, Conception Visuelle : Saul Bass
Production : Edward Lewis, Kirk Douglas
Compagnie De Production : Bryna
Distributeur : Universal Pictures

Auteur de la critique : Sergent Pepper

stanley-kubrick-spartacus-tournageSynopsis et repères Filmographiques: 73 av. J.-C. Spartacus est un esclave thrace que l’on fait travailler dans les mines de Libye. Il est remarqué et acheté par Lentulus Batiatus, propriétaire d’une école de gladiateurs à Capoue, où il est pris en charge par l’entraîneur Marcellus qui l’initie au métier de gladiateur. Il fait connaissance avec les autres esclaves, dont Draba le Noir et Crixus. Il est aussi intéressé par Varinia, une des esclaves que Marcellus donne parfois en récompense pour une nuit aux gladiateurs qui l’ont mérité. Crassus arrive bientôt à l’école de gladiateurs, et demande à Batiatus de faire combattre deux paires de gladiateurs jusqu’à la mort. Spartacus est sélectionné pour se battre contre Draba dans l’arène. Il est vaincu mais Draba refuse de le tuer et lance son trident vers la loge des spectateurs. Il s’élance ensuite pour monter sur l’estrade mais Crassus le tue d’un coup de dague. Écœurés de la mort de Draba, les gladiateurs égorgent Marcellus et se révoltent. Voyant qu’il ne viendra pas à bout de la rébellion, Batiatus se sauve en emmenant Varinia avec lui. Au Sénat de Rome, le plébéien Sempronius Gracchus, adversaire déclaré de Crassus, fait voter une motion donnant à Marcus Glabrus, chef de la garnison de Rome et protégé de Crassus, le commandement d’une armée chargée de mater la révolte des esclaves qui se sont réfugiés sur les flancs du Vésuve. En attendant, César, allié de Gracchus, prend le commandement de la garnison de la ville. Au moment du départ de l’armée de Glabrus, Antoninus, un esclave poète de Crassus, s’évade et part rejoindre les révoltés. Ceux-ci taillent en pièces l’armée de Glabrus. Le but de Spartacus est de faire traverser l’Italie à ses hommes, jusqu’à la mer où il paiera les pirates ciliciens pour les faire embarquer sur leurs bateaux et les transporter le plus loin possible de Rome. Au début du voyage, il est rejoint par Varinia, qui a réussi sans trop de mal à se sortir des griffes de Batiatus. Ils deviennent amants et Varinia tombe bientôt enceinte de lui. Quand les esclaves arrivent à la côte, le chef cilicien leur apprend qu’il ne pourra pas les embarquer car Crassus a payé leur flotte pour qu’elle appareille. Il offre seulement d’embarquer Spartacus, Varinia et quelques autres de ses officiers sur son bateau personnel mais Spartacus refuse et le fait jeter dehors du camp. Il s’apprête alors à affronter les armées romaines. À Rome, Crassus a promis d’écraser la rébellion à condition qu’il soit nommé dictateur, et le Sénat a accepté malgré les protestations de Gracchus. Les esclaves voient bientôt la menace se préciser. L’armée de Crassus arrive de Rome et elle est épaulée par celle de Pompée, qui arrive de Calabre, et celle de Lucullus, qui vient d’accoster à Brundisium. L’armée esclave subit une défaite complète et Crixus est tué dans la bataille. Spartacus et Antoninus sont faits prisonniers. Sur le champ de bataille, Crassus trouve Varinia, qui vient d’accoucher, et la fait ramener à Rome. Il la convoitait depuis qu’il l’avait entrevue dans la maison de Batiatus à Capoue. Crassus promet aux captifs qu’ils ne seront pas punis s’ils leur livrent Spartacus. À sa grande surprise, tous déclarent : « Je suis Spartacus ! ». Le vainqueur les condamne à être crucifiés tout le long de la Voie Appienne jusqu’aux portes de Rome. Il ordonne qu’Antoninus et Spartacus, enchaînés l’un à l’autre, soient les derniers à être mis en croix. Batiatus, ruiné par la révolte de ses gladiateurs, veut prendre sa revanche sur Crassus, qu’il accuse d’être la cause de son malheur. Il retourne à Rome et s’allie à Gracchus, maintenant disgracié. Celui-ci lui donne de l’argent pour enlever Varinia et l’emmener en Gaule où elle trouvera la liberté. Après leur départ, Gracchus se suicide. Pendant ce temps, Crassus à qui s’est rallié César est aux portes de Rome et ordonne à Spartacus et à Antoninus de se battre en duel jusqu’à la mort. Le vainqueur sera ensuite mis en croix. Spartacus remporte le combat et c’est lui qui est crucifié à proximité des murs de Rome. Le lendemain matin, Batiatus et Varinia sortent de la ville en empruntant la voie Appienne et aperçoivent Spartacus, encore mourant sur sa croix. Varinia lui montre son fils avant de s’éloigner dans le chariot avec son ancien maître.

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