Mommy, un film de Xavier Dolan : Critique

Mommy, un chef d’œuvre bouleversant, un tabernacle de film ! 

Synopsis: Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Xavier Dolan ! Doit-on vraiment en dire plus tant la médiatisation de son dernier film, Mommy a été forte. Tous les magazines cinéma se sont arrachés son image et ont quasi unanimement glorifié son film, une palme d’or de cœur en soit. Ce réalisateur nous avait précédemment montré la quintessence de son talent grâce au film Laurence Anyways. On ne pouvait croire à un meilleur film que celui-là, et pourtant…

Mommy débute sur un texte nous expliquant brièvement que nous sommes dans un futur très proche, dans un Canada fictif, et qu’une loi très controversée vient d’être promulguée. Elle permet aux familles de confier à des centres étatiques les enfants qui représenteraient un danger physique, psychologique ou même financier, et ce sans même passer par un juge. Puis, Diane « Die » Després, quadragénaire loufoque, a un accident de voiture, à peine a-t-elle le temps de s’en remettre qu’un coup de téléphone la prévient que son fils Steve, atteint du syndrome TDAH (trouble du déficit de l’attention et Hyperactivité), placé en centre d’accueil, vient de provoquer un incendie ayant gravement brûlé un autre enfant du centre.

Ne sachant que faire de son fils et n’acceptant en aucun cas cette loi, Diane décide de le prendre chez lui, malgré le danger qu’il représente pour elle. Cependant, une rencontre avec Kyla, leur voisine, va totalement changer la donne. Cette femme, ayant perdu son fils (comme par hasard du même physique que Steve), ne parle quasiment plus, a beaucoup de mal à exprimer ce qu’elle ressent. Tout part d’une histoire simple ; malgré tout, après 2h20 de film, on ne veut plus les quitter.

Il y a donc bien une magie Xavier Dolan, cette force nous emporte et nous empêche de bouger ne serait-ce qu’un millimètre de notre siège, tant la beauté visuelle nous happe. Nous pouvions craindre qu’une trop forte médiatisation nuise au long métrage, mais que nenni, Mommy est un chef d’œuvre. Dolan réussit même à faire son meilleur film, mieux encore que la claque, Laurence Anyways. Nous ne pouvons que constater que ce film aurait dû avoir la palme d’or comparé au presque ennuyeuxWinter Sleep

Impossible de parler de Mommy sans évoquer la performance hallucinante des acteurs, celle de la comédienne Anne Dorval, déjà habituée au réalisateur/acteur, ayant joué dans tous ces films exceptés Tom à la Ferme, : son jeu est tout bonnement sublime. Son interprétation de mère loufoque est extraordinaire, d’une grâce à toutes épreuves, tout comme Suzanne Clément, qui brille par sa justesse et l’émotion qu’elle nous fait passer. La performance de Antoine-Olivier Pilon est tout aussi juste, quoi qu’au début un peu en dessous, mais on lui pardonne volontiers. Le trio d’acteurs donne corps et âmes à cette relation entre une mère exubérante mais aimante, un fils fauve épris de liberté, traumatisé par la mort de son père, rejoint par une mystérieuse voisine…

Un tableau à trois personnages mis en scène de manière intelligente ; le tout est juste sublime, un ballet de choix, tous plus justes les uns que les autres. Le cadre en 1:1 peut surprendre et paraître abstrait au début, mais irrévocablement nécessaire au final, surtout lorsque le héros l’agrandira lui-même, dans ses moments de bonheur et d’insouciance. Le cadre est comparable à une fenêtre intime dans laquelle on se plonge, tel des voyeurs passionnés par une histoire qui nous dépasse, ressentant toute l’intensité de l’émotion qui nous traverse.

Ce qui est marquant, c’est à quel point le film est différent de la filmographie de Dolan par son humour ; on suit parfois des personnages dans des situations tantôt dramatiques tantôt candides, nous attachant directement à eux. Le plus fort étant qu’on ne veut jamais les quitter, on ne voudrait que leur bonheur…

Les ruptures de tons fascinent également par leurs violences. Ainsi, quand un paysage à l’atmosphère léger est présenté, nous pouvons croire à une scène heureuse ou bienveillante. Mais dans la seconde qui suit, Dolan ruine cet aspect et nous balance en pleine face sa patte de génie, montrant la violence dans ces moindres détails, gros mots québécois en prime, et ne tombant jamais dans le cliché.

On retrouve là, une œuvre fascinante d’un auteur, bercé par les critiques. Se pose alors la question : est-ce une œuvre autobiographique, comme l’était implicitement J’ai tué ma mère? Evidemment, en tant que film sans lien obligatoire avec l’ensemble de la filmographie de Dolan, Mommy est virtuose. Le film prend alors véritablement son sens et entraîne le spectateur dans un véritable kaléidoscope de chocs émotionnels et visuels.

Ce chef d’oeuvre carbure à l’amour, refusant le cynisme. Dolan montre le beau dans une société trop conformiste, dirigée par la marchandisation, c’est un poète qui à la manière d’un Rimbaud, nous ouvre les portes d’un univers magique. Ce film est l’oeuvre d’un orfèvre, le scénario est incroyablement bien écrit, les personnages bien développés, avec des scènes surprenantes, comme le final. Mommy est un film puissant, un feu d’artifices ou la violence du verbe côtoie des instants de grâce, et cela fonctionne tellement bien qu’il corrige de lui-même ses propres « micro » défauts.

Un film finement drôle, envoûtant, qui vous prend aux tripes, avec une telle force animale, qu’il nous explose à la figure. Mommy est un tourbillon de sensations sur une musique qui peut sembler pour certaines personnes discutable. En effet, si Oasis et Lana del ray proposent de somptueux thèmes musicaux et des textes profonds, le choix de mettre du Céline Dion peut paraître étrange et limite insupportable, au vu du pathos entraîné par la musique. Pour autant, les enjeux de ces scènes sont tellement profonds, l’image tellement belle, et les acteurs tellement transcendés ,que la musique et la scène passent merveilleusement bien.

Mommy est donc une œuvre fascinante, flamboyante, un chef d’oeuvre du style dramatico-social. Empruntant les meilleurs attraits de sa propre filmographie, Xavier Dolan subjugue et fascine, grâce à sa direction des acteurs irréprochables, un sens de la rupture maîtrisé et des plans ultra travaillés. Le film bouleverse par la justesse du jeu d’acteurs sidérants, par l’adresse avec laquelle le sujet assez casse gueule, est traité et par l’émotion quasi omniprésente pour le bonheur de nos yeux et de notre esprit. Xavier Dolan vient définitivement de prouver avec ce film, qu’il est un grand cinéaste.

Mommy : Bande-annonce

Mommy : Fiche Technique

Réalisation: Xavier Dolan
Scénario: Xavier Dolan
Interprétation: Antoine-Olivier Pilon (Steve O’Connor Després), Anne Dorval (Diane “Die” Després), Suzanne Clément (Kyla), Patrick Huard (Paul Béliveau)…
Image: André Turpin
Costume: Xavier Dolan, François Barbeau
Son: Guy Francœur, Sylvain Brassard
Montage: Xavier Dolan
Musique: Noia
Production: Metafilms
Distributeur: MK2 / Diaphana Distribution
Genre: Drame
Durée: 138 minutes
Date de sortie: 8 octobre 2014
Canada – 2014

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Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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