Le Monde Fantastique d’Oz : de l’horreur au féérique…

Critique du film Le Monde Fantastique d’Oz

L’exercice pouvait sembler périlleux pour Sam Raimi, réalisateur de la terrifiante trilogie Evil Dead, et de Spider Man. Le voir débarquer chez Disney, était une surprise, une curiosité de l’année 2013. D’autant plus, qu’un autre réalisateur tout aussi émérite, Tim Burton, s’y était cassé les dents quelques années plus tôt, avec un désastreux Alice au pays des Merveilles. Nous conter les bons sentiments au pays d’Oz, alors que Raimi s’était penché jusqu’alors plutôt sur la noirceur de l’âme humaine, semblait donc un pari risqué.Le moins que l’on puisse dire est que l’exercice est réussi. Tout le monde se souvient du classique indémodable, Le magicien d’Oz de Victor Fleming (1939), avec sa célèbre chanson « Somewhere over the Rainbow » et Dorothy, qui demeure encore de nos jours une référence en matière de monde fantastique. Ici Sam Raimi réussit tout de même à imposer son empreinte sur ce film savoureux, une sorte de préquel, surtout au début du film en noir et blanc[i], qui se plonge dans le passé d’Oscar Diggs, un prestidigitateur plus ou moins honnête (interprété par James Franco [ii], un peu naïf et cabotin certes, mais au charme certain), qui doit se transformer malgré lui, et dans des circonstances malencontreuses, en ce grand magicien d’Oz, ayant pour mission de sauver l’avenir et le peuple de la cité d’émeraudes, de la vindicte de la méchante sorcière. L’idée du noir et blanc à la couleur pour montrer le passage de la réalité au monde fantastique est une merveille.

Ceci est accompagné par un casting honorable et des personnages hauts en couleur. Tout d’abord, les deux sœurs parfaites en leur rôle de méchantes sorcières bien piquantes : la belle sorcière Theodora (interprétée par Mila Kunis, véritable révélation du film jouant un rôle complexe), qui emmène le magicien à la cité d’émeraude, et qui tombe sous son charme ; désabusée et ayant le sentiment d’avoir été trahie, elle se transformera en une horrible sorcière verte rancunière et vindicative. Sa sœur, Evanora interprétée par Rachel Weisz, ayant tué le roi, aura elle aussi une évolution ambigüe dans le film. Enfin la belle sorcière blanche Glinda, interprétée par la lumineuse Michèle Williams. A cela s’ajoute une 3D réussie et bien utilisée, de beaux costumes, des paysages tout à fait féériques et une musique grandiose de Danny Elfman (compositeur de Tim Burton), que l’on distingue dés les premières notes. Sam Raimi parvient à imposer cet univers dichotomique en 3D, passant de la noirceur des forces du mal aux teintes kitsch du royaume de la gentille et charmante Glinda. Difficile dés lors, de ne pas être emporté dans la même tornade que le protagoniste, de ne pas s’émerveiller devant la cité d’Émeraude ou l’adorable et espiègle China Doll, et de ne pas trouver ce voyage des plus agréables. Le film mise ainsi beaucoup sur son esthétisme.

Le résultat inspire la sympathie parce qu’il cherche à renouer avec l’innocence et la féérie des premiers films Hollywoodiens tout en exploitant une technicité moderne.Il est certain pourtant que certains spectateurs n’aimeront pas ce film et penseront que Raimi n’a pas survécu à l’usine à rêve. Ils trouveront peut-être la blonde Michèle Williams, un peu cruche dans sa robe et son rôle de gentille princesse. D’autres encore reprocheront des décors numériques monumentaux, une vision purement formelle, ou encore une certaine mièvrerie au film dans son ensemble. Oui ! Dans le monde de Disney, tout est doux et gentillet ; les bons sentiments sont roi : ainsi, ce n’est pas la joie qui fait le magicien, mais la foi en l’autre, le respect des différences, le sens d’appartenir à une communauté. Si vous croyez en vous et aux autres, tout est possible ! Inspirant, non ?Mais il ne décevra pas les amateurs de merveilleux : on en sort émerveillé justement, transporté par l’univers enchanteur et la fraîcheur enfantine de ce fairy tail. Le résultat est plaisant, enlevé, féérique. et constitue assurément un spectacle pour toute la famille. En somme, un petit bijou de film fantastique mariant à merveille renouveau et respect de la candeur et de la naïveté du film original et du roman de L. Frank Baum[iii]. Vivement le prochain opus ! Avec 16 livres, Oz n’a pas fini d’inspirer et d’offrir de merveilleuses possibilités cinématographiques.


[i] Le film commence, comme la version originale de Victor Fleming, en format 4/3, et en noir et blanc.

[ii] James Franco, notamment remarqué, en tant que Harry Osborne dans Spiderman, ou Collège Attitude

[iii] Lyman Frank Baum est le créateur, d’un des livres pour enfants les plus populaires aux États-Unis : Le Magicien d’Oz (1900).

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.