Sicario : la Guerre des cartels : expansion dans la continuité

Trois ans après le Sicario de Denis Villeneuve, Stefano Sollima s’empare du sombre univers mafieux. Le réalisateur italien, célèbre pour avoir dirigé la série Romanzo criminale, opère en terrain connu. Dans Sicario : la Guerre des cartels, il aborde avec froideur et réalisme la peur d’un terrorisme sans nom, justifiant l’inhumain sous couvert d’un secret d’État sans pitié. Par ses scènes d’action et son développement des personnages, cette suite cohérente et prenante remplit parfaitement son contrat, à défaut d’égaler l’œuvre originale.

Synopsis : A la suite d’un attentat sur le sol américain, le gouvernement des États-Unis soupçonne les cartels mexicains d’introduire des terroristes sur leur territoire. Il engage alors l’agent Matt Graver, chargé de se  » salir les mains  » en déclenchant une guerre ouverte entre les gangs mafieux, grâce à l’aide de l’énigmatique Alejandro.

Dans le premier Sicario, le récit était relaté à travers Kate Macer, interprétée par Emily Blunt. L’absence de celle-ci dans Sicario : la Guerre des cartels a conduit l’excellent scénariste Taylor Sheridan, déjà auteur de Sicario, Comancheria et Wind River, à poursuivre son histoire en adoptant le point de vue d’Alejandro.

sicario-la-guerre-des-cartels-benicio-del-tCe transfert de regard, étonnant et audacieux, permet d’approfondir le personnage de Benicio Del Toro en humanisant davantage cet antihéros. Loin du vengeur sans pitié qu’il semblait être devenu, il fait ici preuve de compassion en se posant des limites morales inattendues. Toujours marqué par la mort de sa fille, évoquée plusieurs fois, Alejandro trouve dans la petite Isabela, enlevée par lui-même pour provoquer un conflit entre cartels, un substitut d’enfant.

Prêt à sacrifier pour elle ses objectifs comme sa propre vie, il semble accomplir par ce sauvetage une forme de rédemption. Il n’hésite pas d’ailleurs à contester directement les ordres de Matt Graver, l’agent fédéral réputé pour exécuter sans rechigner les missions les plus sales et immorales pour le compte du gouvernement.

Le fidèle comparse d’Alejandro, parfaitement incarné par Josh Brolin, bénéficie dans une moindre mesure du même genre de développement. En désobéissant à sa hiérarchie, sous l’influence de son ami, il commence à faire les propres choix que lui dicte sa conscience.

En définitive, depuis la disparition de Kate, qui incarnait dans Sicario la justice et les limites morales infranchissables, Alejandro et Matt, dépourvus d’adversaire remettant en question leurs décisions, doivent trouver en eux-mêmes leurs propres codes de conduite. Ils basculent ainsi des rôles de méchants violents et charismatiques à ceux d’hommes plus complexes et nuancés, à la fois protagonistes et antagonistes.

Avec cette évolution des personnages, et de façon globale, Sicario : la Guerre des Cartels constitue une expansion de l’univers posé dans le film de Denis Villeneuve. Il ne s’agit plus d’un combat isolé à la frontière mexicaine mettant en cause des trafiquants de drogue, mais d’une guerre totale entre cartels, impactant le territoire américain et impliquant la nouvelle source de valeur actuelle, l’homme.

A cause de la légalisation et de l’utilisation de plus en plus fréquente de certaines drogues, les mafieux ont dû se mettre en quête d’un nouveau produit plus rentable. Comme ils jouissent du contrôle de la frontière mexicaine, il ont décidé de faire payer aux migrants un passage clandestin vers les États-Unis.

Par son récit haletant, Sicario : la Guerre des cartels délivre des messages assez appuyés résonnant parfaitement à l’heure actuelle. N’en déplaise à Machiavel, la fin ne justifie pas les moyens. La nécessaire lutte contre le terrorisme ne délivre pas un blanc-seing pour commettre crimes et atrocités. Une action de provocation, tel un kidnapping, peut engendrer des violences et des nécessités totalement imprévues. Autrement dit, on récolte ce que l’on sème.sicario-la-guerre-des-cartels-convoi-voitures-militaires

Cet élargissement du cadre narratif est accompagné d’une réalisation nerveuse et efficace, dans le même esprit que son prédécesseur. Dans les pas de Denis Villeneuve, Stefano Sollima cherche en effet à reproduire dans sa mise en scène l’intensité de Sicario. En témoignent la scène de combat en vision nocturne, les plans serrés sur les convois de voitures, ou encore les vues aériennes des grands espaces désertiques.

La musique s’inspire aussi du style si particulier posé dans le premier volet. Composée par Hildur Gudnadottir, l’ancienne collaboratrice de Johann Johansson, auteur de la bande-originale de Sicario et malheureusement décédé, elle parvient à créer une atmosphère pesante et angoissante. D’ailleurs, on retrouve à la fin en hommage le thème musical principal de Sicario.

Sicario : la Guerre des cartels s’impose comme un thriller réaliste et moderne, aux thématiques actuelles et aux enjeux humains assez passionnants. Bien qu’il n’égale pas Sicario au niveau technique, notamment quant à la réalisation et à la photographie, il étend l’univers en développant ses personnages, tout en restant fidèle à l’esprit de l’œuvre de Denis Villeneuve. Cette suite prenante et convaincante mérite donc largement d’être découverte en salles.

Sicario : la guerre des cartels – Bande-annonce

Sicario : la guerre des cartels – Fiche technique

Titre original : Sicario : Day of the soldado
Réalisateur : Stefano Sollima
Scénario : Taylor Sheridan
Interprétation : Benicio Del Toro (Alejandro), Josh Brolin (Matt Graver), Isabela Moner (Isabela Reyes), Catherine Keener (Cynthia Foards), Jeffrey Donovan (Steve)
Musique : Hildur Gudnadottir
Photographie : Dariusz Wolski
Montage : Matthew Newman
Production : Denis Villeneuve, Basil Iwanyk, Erica Lee (II)
Maisons de production : Lionsgate
Distribution (France) : Metropolitain FilmExport
Sortie (France) : 27 juin 2018
Genres : Thriller, Action
Durée : 122 minutes

Etats-Unis – 2018

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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