Premier de cordée, le vertige de Louis Daquin nous foudroie en Blu-ray

Ce mercredi 13 juin est sorti en Blu-ray chez Pathé Distribution Premier de Cordée. Le film réalisé par Louis Daquin en 1944 met en scène la lutte intérieure d’un jeune homme écartelé entre ses passions montagnardes et le terrible vertige qui le met à mal suite à un récent accident.

Synopsis : Jean Servettaz (Lucien Blondeau), guide de montagne, tente d’éloigner son fils de cette vocation dont il redoute les dangers. Mais Pierre (André Le Gall) est irrémédiablement attiré par l’altitude. Cependant, à la suite d’une chute, le jeune alpiniste est pris d’un foudroyant vertige et renonce au métier de guide. Bientôt, Jean meurt dans un accident. Pierre devra vaincre ses peurs pour retrouver le corps de son père dans la montagne.

Passion(s) versus Vertige 

Dans Premier de cordée, Louis Daquin filme les tourments d’un jeune homme, Pierre Servettaz, épris de la montagne et d’une jeune femme attachée à la figure du montagnard, mais qui connaît suite à un accident le vertige. Désormais, cette montagne auquel son cœur et son corps ne pouvaient pas renoncer se joue de lui avec l’attraction du vertige. Pierre s’efforce de grimper, de vaincre ses peurs, mais les Alpes sont d’avis de le ramener au plus bas de leurs fondations. La chute semble inévitable. Avant l’accident, le jeune homme résistait face à la volonté paternelle de l’envoyer faire des études d’hôtellerie loin de leur province. Pierre fait de son vertige une fatalité. Pensant – plus ou moins à raison, l’ambiguïté règne ici – que sa fiancée n’accepterait pas d’épouser un homme de la plaine, du plat et non des sommets, il quitte la région sans prévenir quiconque. Le héros de Daquin se perçoit comme un lâche. Le cinéaste ne porte toutefois pas un jugement primitif sur le jeune homme : ce dernier n’est pas un lâche parce qu’il a le vertige, ou parce qu’il n’arrive pas à le vaincre seul. D’ailleurs, Pierre n’est pas un lâche quand bien même il en est pleinement convaincu. Grâce à une rencontre fortuite de l’un des hommes formé par son père guide, Pierre décide d’affronter son vertige dans une forme d’apprentissage avec le premier. Plus tard, il revient chez lui, et explique à la femme qu’il aime pourquoi il est parti. Après une formation ratée avec elle pendant laquelle il apprend à surmonter ses peurs grâce (ou à cause du) danger encouru par la fiancée. Peu après, son père meurt touché par un éclair lors d’un orage en pleine montagne. Pierre n’est pas le bienvenu dans la caravane de secours, notamment parce que le chemin est dangereux, et que peu le pensent assez en forme, remis, pour subir un tel trajet. Mais Daquin croit en son héros. S’il connaît le vertige lors de moments cruciaux, Pierre réussit à braver les dangers et permet à la caravane d’avancer jusqu’au corps de son père. Alors que le vertige le ramène via des plongées tournoyantes vers le sol, Daquin permet à son héros de se grandir dans les plans en contre-plongées. C’est dans ces cadres que le protagoniste retrouve sa force et surtout son harmonie avec le corps montagneux. Peut-être que Pierre souffrira de vertige jusque sa mort, mais tant qu’il regardera vers le sommet, l’ascension sera possible. C’est d’ailleurs sur ce dernier mouvement que le film se termine. Pierre devient guide et commence la montée vers les cimes alpines. Beaucoup pourraient alors déclarer : « mais que se passerait-il s’il regardait en bas ? ». Il s’en sortirait probablement, car la plongée tournoyante du vertige chez Daquin correspondait aussi à l’incapacité du héros à reprendre confiance en lui, ainsi qu’à retrouver foi en tout ce qui constituait sa vie auparavant. Ainsi la fin du métrage de Daquin expose à quel point Pierre a progressé, et surtout à quel point il ne semble plus être l’esclave du trauma multiple (la chute ; le vertige ; la perte de sa « relation » avec la montage ainsi que celle avec sa fiancée ; et cetera) qu’il a subi.

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Pierre tente d’apprendre à tenir tête au vertige avec la femme qu’il aime.

Le courage du quotidien

L’introduction du film expose l’une des importantes volontés du réalisateur : rendre hommage aux guides de montagne, qui exercent un métier où la passion embrasse le danger au quotidien. Mais l’expérience du film constitue aujourd’hui un hommage au cinéma et à sa fabrication. Les scènes de montagne ont été tournées loin des studios, directement dans les alpes. La vision d’un plan magnifique au sommet d’une pointe rocheuse présente la dangereuse passion de ces guides et montagnards puis nous envahit d’un trouble : comment ont-ils pu filmer cela ? Il n’y a pas de miracle de fonds verts ou bleus ici, il faut se l’avouer : l’équipe technique a du, comme les comédiens, faire le déplacement. Daquin joue avec un effet de tournoiement dans les plans de vertige de Pierre, mais le vertige peut être vécu par le spectateur face à une quantité d’images. Le Blu-ray propose en plus une version remastérisée 4K somptueuse, dont le noir et blanc soigné capte ici et là les silhouettes des grimpeurs s’accrochant à la roche pour finalement faire corps avec la monumentalité de l’épreuve une fois le sommet atteint. On ne saurait que trop vous conseiller de consulter tous les compléments dont L’Ascension du Mont Blanc, court métrage du 1907 formidablement restauré à découvrir ainsi que le reportage d’Alain Pol qui suit la production de Premier de cordée, avec les difficultés du tournage et autres complexités du quotidien. On pourra cependant noter qu’aucun document ne revient sur le statut d’adaptation du film, adapté du roman éponyme à succès écrit par Roger Frison-Roche et publié en 1941 avec lequel Daquin a pris d’heureuses libertés, concernant notamment le « parcours héroïque » de Pierre.

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Tourner un film de montagne dans les Alpes en 1944 : une partie de plaisir…

Premier de cordée (1944), le film de Louis Daquin restauré

En combo DVD/Blu-ray le 13 juin 2018

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Infos techniques DVD :

DVD – 1.37 – N&B – 1h35 – LANGUES : Français Dolby Digital mono 2.0 – Audiovision – SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants

Infos techniques Blu-ray :

BLU-RAY – 1.37 – N&B – 1h39 – LANGUES : Français DTS mono 2.0 – Audiovision – SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants

Suppléments :

– L’Ascension du Mont Blanc, court-métrage de 1907 (14 min)

– Autour d’un film de montage, Reportage d’Alan Pol sur Premier de cordée (20 min)

– Reportage : Derrière l’écran (1min59s)

– Essais des comédiens (6 min)

Prix : 19.99 €

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