Made in Hong Kong, le film culte de Fruit Chan revient au cinéma en 4K

Ce mercredi 9 mai est ressorti dans les salles françaises un film culte du cinéma hongkongais, Made in Hong Kong. Réalisé en 1997 par Fruit Chan, le long métrage fait la chronique de jeunes hongkongais paumés mais animés par une rage de vivre formidable.

Synopsis : Hong Kong, été 1997. Mi-Août est un jeune marginal ayant abandonné le collège il y a quelques années pour vivre de menus larcins. Il est à présent collecteur de dettes pour un certain M. Wing, proche des triades locales. Le quotidien de Mi-Août va se trouver bouleversé par trois événements : la découverte par Jacky, petit voyou handicapé mental qu’il a pris sous son aile, de deux lettres d’adieux laissées par une jeune suicidée, et sa rencontre avec la jolie Ah Ping dont il tombe rapidement amoureux. Or cette dernière est atteinte d’une maladie incurable…

La fureur de vivre hongkongaise

Made in Hong Kong, réalisé par Fruit Chan en 1997, revient dans les salles françaises sous l’égide de Carlotta Films. Entre portrait social d’une mégapole échauffée par son futur rattachement à la Chine et le récit digne d’un Mean Streets hongkongais, le long métrage peint une jeunesse paumée en quête du sens de la vie. La jeunesse se retrouve ici incarnée par les trois personnages principaux : Mi-Août, Jacky et Ah Ping ; ainsi que par le jeune fille qui se suicide dans les premières minutes du film. Un concours de circonstances provoque la rencontre post-mortem du trio avec la jeune fille, précisément, grâce à des lettres ensanglantées retrouvées près de son point de chute. Quant à Ah Ping, elle est condamnée, sauf si quelqu’un lui fait un don d’organes (notamment des reins). Jacky, lui, est en situation de handicap mental. Rejeté par sa famille, le jeune homme est souvent maltraité par les gosses du quartier. Quand il n’est pas sous l’aile de Mi-Août, Jacky traîne, livré à lui-même dans les rues de la mégapole. Et arrive Mi-Aôut, qui a abandonné le collège et qui vit au jour le jour. Les trois jeunes vont donc se rencontrer et tenter de percer le mystère de la fille suicidée. Quand bien même ils passeront à autre chose, la jeune fille décédée ne cessera de venir les hanter, les questionner… Car ce suicide, qui survient au début du film sans que l’on ait connaissance d’une ou de plusieurs causes, va venir mettre en perspective le rapport à la vie du trio.

made-in-hong-kong-de-fruit-chan-mi-aout-et-ah-ping
Ah Ping, Mi-Août, d’amour et eau fraîche.

Un amour passionnel naît entre Mi-Août et Ah Ping. Le premier ne la voit plus mourir tandis que la deuxième reprendra espoir tout en acceptant son potentiel triste sort. Mi-Août va devenir une figure presque fraternelle pour Jacky, dont il va prendre soin de façon parfois surprenante et touchante. Mi-Août va aussi aider la mère de Ah Ping, endettée auprès de nombreux usuriers. Il va s’imaginer en tueur professionnel et échouer dans sa tache assassine, cela au point d’en subir de désastreuses conséquences. À ce propos, le jeune homme fantasme beaucoup : il rêve d’abattre des avions ; il se voit donner un rein à Ah Ping ; il ne cesse d’être hanté par le suicide de la jeune femme du début du film ; il essaye de faire plaisir à sa mère en cherchant un emploi stable ; il pense être le seul à pouvoir protéger Jacky comme il se perçoit comme l’homme de la situation concernant la maladie incurable de Ah Ping ; etcétéra. Et pourtant, Mi-Août est au bord de la mort après son assassinat raté, et plus encore, Ah Ping va mourir à son chevet alors que, comme on l’apprend dans le film, Mi-Août aurait pu lui donner ses reins s’il était décédé. Jacky meurt dans un sordide trafic de drogue alors que Mi-Août se trouve à l’hôpital. Après avoir cherché un emploi, le jeune homme rentre chez lui et trouve une lettre de sa mère, partie « se retrouver », chercher un sens à sa vie loin du foyer déjà brisé par l’abandon du père et la précarité. La jeunesse de Made in Hong Kong rêve de vivre et se fantasme en vie, mais souffre hélas d’une véritable morbidité. Elle ne cesse de bouger, de crier, de s’amuser au détective, de se risquer, de rêver et de vivre de façon inconséquente comme des gosses rejouant des scènes de cinéma, qu’elles soient romantiques ou portées par le thriller. Ce rejeu est incarné, il n’est pas artificiel : Mi-Août, Jacky et Ah Ping vivent, s’émeuvent, souffrent tout au long de leur parcours. Un parcours porté par le jeu qui ne sera pas sans conséquences. Made in Hong Kong présente ainsi une jeunesse qui aurait aimé être, mais qui n’a pu exister car elle a trop vite été touchée par les problèmes d’adultes et les tracas des adultes. Aussi, en captant ces existences brisées, Fruit Chan redonne un espace-temps de vie à ces nombreux jeunes oubliés qui ont, comme le déclare Mi-Aôut en voix off, tous une histoire.

Enfin, Carlotta Films fait revenir le film au cinéma dans une copie restaurée soignée. La (re)découverte du film dans un tel état est formidable, en effet le long métrage a été restauré en 4K à partir du négatif d’origine sous la supervision du réalisateur Fruit Chan et de son directeur de la photographie O Sing-Pui.

Bande-Annonce – Made in Hong Kong

Made in Hong Kong

– 20e anniversaire –

Un film de Fruit Chan

Pour la 1ère fois en version restaurée 4K au cinéma le 9 mai 2018

made-in-hong-kong-de-fruit-chan-affiche

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.