Hitman & Bodyguard, la critique bromantique à coup de flingues

Ce mercredi débarque dans nos salles Hitman & Bodyguard, signé par Patrick Hughes avec Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. Au programme, un buddy movie burné, fun et maîtrisé !

Synopsis : Un redoutable tueur à gages est contraint de témoigner contre un ancien hypothétique employeur, dictateur de l’Est, devant la Cour internationale de justice de La Haye. Interpol est alors chargée de l’escorter jusqu’aux Pays-Bas et engage le meilleur garde du corps pour mener à bien cette mission. Mais c’était sans savoir que depuis des années, les deux hommes s’opposent : les voilà désormais obligés de s’associer pour tenter de survivre aux pires épreuves… De l’Angleterre à La Haye, ils vont vivre une aventure délirante, une succession infernale de tentatives de meurtre, de courses-poursuites pour échapper à un déterminé et tordu chef d’état prêt à tout pour les éliminer.

Avertissement pré-critique

Alors qu’en ce moment même, quelques critiques – blogueurs et autres –préfèrent cracher leur venin sur Hitman & Bodyguard pour aller se presser les glands sur le « trop IN, trop COOL » Atomic Blonde, cet écrit tendra à critiquer véritablement le film de Patrick Hughes, et non pas servir d’énième publicité et masturbation de nouilles cinéphiles pour la blonde atomique de Charlize Theron, son plan séquence et sa bande-son racoleuse. Aussi, à ceux qui utilisent le mot « lambda » dans tous les sens, il n’y a qu’une chose à vous dire : explicitez, analysez, argumentez, bref, essayez – comme tous ici – d’écrire des critiques, mais pour de vrai. En vous remerciant…

Buddy Movie

Hitman & Bodyguard suit à la lettre le sous-genre du Buddy Movie : pour les besoins d’une mission souvent policière, un duo improbable se forme tant bien que mal, et se révélera au final tellement bien fonctionner qu’il vaincra l’ennemi ; enfin soit le couple se dissout non sans regret – parfois pour mieux se retrouver –, soit il se consolide et vivra bien d’autres aventures.

En cela, Hitman & Bodyguard propose un récit classique. En effet, le scénariste Tom O’Connor respecte les codes du genre, et l’une de ses caractéristiques essentielles : l’écriture soignée du duo.

« T’es aussi utile qu’une capote dans un couvent ! »

– Kincaid à Bryce –

Et quel duo que le couple forcé formé par Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. À l’image des Nice Guys (Ryan Gosling et Russell Crowe) de Shane Black l’année dernière, l’alchimie est bien présente. Servie par des dialogues aux punchlines taillées sur mesure, la relation entre les deux interprètes fonctionne comme attendu : Samuel « Fuckin’ » Jackson meets Ryan « Deadpool » Reynolds. Le film va bien au-delà en réussissant à ne pas tomber dans le piège de la rencontre des persona des acteurs. Riggs / Murtaugh (L’Arme Fatale) ; March / Healy (The Nice Guys) ; Walsh / Mardukas (Midnight Run) ; Cates / Hammond (48 Heures) ; Gamble / Hoitz (The Other Guys) ; autant de duos qui ont marqué l’ère moderne – soit Shane Black-ienne – du Buddy Movie, sous-genre déjà bien âgé (on peut penser à Laurel et Hardy ; ou encore Peter Warne et Ellie Andrews interprétés respectivement par Clarke Gable et Claudette Colbert dans New York Miami ; entre autres). C’était sans compter cette année sur Hitman & Bodyguard qui apporte un nouveau duo efficace (et déjà culte) en les personnages de Michael Bryce et Darius Kincaid, interprétés par Ryan Reynolds et Samuel L. Jackson.

Certains diront certainement que le personnage du King Jackson a davantage de place à l’écran, effaçant alors la présence de Reynolds. Mais il n’en est rien. Rappelez-vous que chacun d’eux possèdent leurs scènes individuelles. Aussi les moments d’action du duo fonctionnent tel un tango visuel, réussissant à passer de l’un à l’autre avec une efficacité rare, et de vraies idées visuelles humoristiques : on pense au plan sur l’un des véhicules des tueurs biélorusses explosant et brulant du côté de Kincaid, enchainant sur l’image d’un feu de cuisson d’un steak haché d’un établissement devant lequel passera en courant Bryce. Enfin, oui, il faut le dire, le film termine sur Jackson, notamment pour mettre en place le running gag de la romance en pleine folle bagarre de bar. Mais le gag obéit au récit, et s’inscrit logiquement dans le récit : on assiste à l’anniversaire de mariage tant attendu par le couple Kincaid.

Comédie d’action américaine et intrusion du réel : le bad guy du film

On aurait pu craindre que le film vire comme bon nombre de comédies américaines, du récent Baywatch aux deux volets Comment tuer son boss ?, dans the bad guy failure. Mais qu’est-ce donc ?

N’avez-vous jamais remarqué dans les comédies américaines qu’une fois le vilain révélé dans sa vraie nature au public et aux institutions, ce dernier est alors effacé, oublié. Ils sont des outils. En effet, les méchants n’ont ainsi d’existence que pour justifier le récit (policier, d’aventure, ou autre) qui lui-même a tendance à n’être qu’une sorte de prétexte. Ce dernier n’a pour fonction que d’habiller les gaudrioles des personnages d’une histoire ou presque. Hitman & Bodyguard évite ce déguisement de narration en rendant son méchant assez persuadé de sa cause pour aller jusqu’au bout de son aventure. Le président (dictateur) biélorusse Vladislav Dukhovich, incarné par Gary Oldman, connaît ainsi une fin à son parcours de chef salop. Une finalité qui est en plus cohérente avec les objectifs de nos deux héros…

Les méfaits du bad guy et de ses sbires ne sont d’ailleurs pas sans rappeler certains tragiques événements récents. D’un camion fonçant dans le public aux tirs des sbires extrémistes en pleine foule, le long métrage de Patrick Hughes présente des images troublantes filmées caméra à l’épaule. Cette intrusion du réel participe à véritablement asseoir l’existence et la force du personnage d’Oldman qui n’est pas qu’un être virtuel au service d’un récit prétexte à un enchainement de gags et de punchlines.

Flashbacks, bande-originale : des partis-pris funs mais discutables

Buddy movie classique et efficace avec sa propre identité, Hitman & Bodyguard est un film assurément fun et maîtrisé. On pourrait toutefois regretter deux choses. D’un côté, les quelques flashbacks qui pourront peut-être rebuter certains spectateurs tandis que d’autres apprécieront le running gag. De l’autre, la bande originale partagée entre une amusante musique composée par Atli Örvarsson et des titres de rock, blues et pop’ (80s, 90s et 60s). On remarquera que le film, dans sa montée en puissance et furie, enchaine titres originaux et empruntés. Justement, les moments de silence musical, où ne règnent que les dialogues et divers sons diégétiques, sont peu nombreux. Comme ont pu le déclarer des producteurs et réalisateurs de renom, les jeunes cinéastes ont tendance à suremployer la musique dans leur film, notamment par manque de confiance en leur capacité à maintenir l’efficacité d’une scène silencieuse. N’oublions pas que Patrick Hughes en est à son troisième long métrage, après un Expendables 3 qu’il n’a pu s’approprier comme il se doit. Toutefois, cette surcharge musicale, si tant est qu’elle est imparfaite, participe à l’efficacité et au fun du film. En effet, (re)voyez donc la dernière poursuite sur fond d’un remix de Black Betty, et vibrez sur votre siège face à ce tango d’action et d’humour mené tambour battant par un Patrick Hughes en puissance et son duo trash et émouvant formé par les formidables Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds.

Bande-annonce : Hitman & Bodyguard

Fiche technique : Hitman & Bodyguard

Titre original : Hitman’s Bodyguard
Réalisation : Patrick Hugues
Scénario : Tom O’Connor
Interprétation : Samuel L. Jackson, Ryan Reynolds, Salma Hayek, Elodie Yung, Gary Oldman, Yuri Kolokolnikov
Décors : Russell De Rozario
Costumes : Stéphanie Collie
Photographie : Jules O’Loughlin
Montage : Jake Roberts
Musique : Atli Örvarsson
Producteurs : Mark Gill, John Thompson, Les Weldon, Matthew O’Toole, Avi Lerner
Production : Millenium Films
Distribution : Lionsgate (International) ; Metropolitan FilmExport (France)
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 1h58min
Genre : Comédie d’action
Date de sortie : 18 Août 2017 (Etats-Unis) ; 23 Août 2017 (France)

États-Unis – 2017

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