Grave cannibalise les DVD et Blu-ray chez Wild Side

Ce mercredi débarque en DVD et Blu-ray le film « événement » de 2017, Grave. Le conte horrifique de Julia Ducournau est pourtant loin d’être le choc vanté et vendu par la critique. Au programme : un rapport à la chair très inspiré ; une progression horrifique loin d’être claire ; un casting en demi-teinte ; et des animaux mal lotis.

Synopsis : Dans la famille de Justine, tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur aînée est également élève. Mais, à peine installées, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Cronenberg-ien ou presque

Dans de nombreuses interviews, Julia Ducournau ne cesse de citer le cinéaste David Cronenberg comme inspiration. On pense alors au rapport à la chair de Grave. Gluante, meurtrie, saignante, dévorée, morte, vivante, sexualisée ou encore en mutation, le rapport à la chair du film de Ducournau doit beaucoup au cinéma de David Cronenberg, de Videodrome à La Mouche en passant par Existenz. Bien sûr, cette affiliation doit être relativisée. La cinéaste s’en inspire, mais ne cherche pas à produire des créatures de et dans la chair. Ainsi la représentation de la mutation de l’héroïne reste minimaliste. Certains la qualifieront de « réaliste »,  et citeront la justification du film : Justine a subi une crise d’allergie sans pareille.

Des justifications, voilà qui séparent bien les images de Ducournau des fantasmes Cronenberg-iens. La fin du film présente le cannibalisme tel un obscur mal familial, et expose une nouvelle mission à l’héroïne : trouver la solution en elle, en sa différence. L’anthropophagie est alors une maladie à soigner. En rationalisant tant bien que mal son horreur, Grave expose ses limites quant à son inspiration du cinéma de Cronenberg. Aussi, le long métrage perd son caractère fantastique, exposant alors des failles dans sa progression horrifique.

Ci-dessous, le thème principal du tragique Grave.

Horreur et Morale

Justine intègre la première année d’une école vétérinaire. Elle est végétarienne, présentée au début du film comme étant allergique à la viande. Lors d’une énième session de bizutage, l’héroïne doit manger un rein de lapin cru. Elle subit une grande crise (d’allergie, dira-t-on). Ensuite, elle a faim de viande. Elle goûte au poulet cru sous plastique de supermarché. Puis, à la chair humaine fraîche, et devient alors cannibale. Des questions se posent : pourquoi Justine passe t-elle rapidement et férocement de la chair de lapin et poulet morte à la viande vivante humaine ? Pourquoi ne goûte-t-elle pas à la chair vivante des chevaux, vaches, canins et autres de son école ?

Ne serait-ce pas ici une certaine leçon de morale qui nous serait assénée ? En dévorant la chair morte, tuée, abîmée, des animaux, l’humain pur (le végétarien) serait alors condamné à manger ses pairs. Voilà une théorie qui pourrait se tenir, quand bien même elle serait ridicule et contredite – inconsciemment – par les images du film.

La théorie ci-dessus, en différenciant l’animal de l’humain, implique l’existence de réflexion spéciste. Mais, évitons la mauvaise langue, et disons que cette théorie n’est en rien présente dans le film. Rappelons les grandes lignes du film : Justine est végétarienne et vierge ; sa sœur est libérée sexuellement et cannibale. En goûtant à la chair morte crue d’un lapin, Justine a petit à petit faim des hommes qui sont à la fois des sujets des désirs sexuels et des objets de désir cannibale. Une autre morale se dessine : en goûtant à la viande, les individus renient les plus grandes vertus morales (et religieuses). Mais, où passent les vaches, les chevaux, et les chiens vivants et décédés entre le goûter de viande blanche morte de supermarché à la « première fois » cannibale ?

Un casting animalier morbide

Au casting du film, on remarque certaines actrices (Garance Marillier, qui interprète Justine) et on en déplore d’autres (Ella Rumpf, qui prête ses traits à la sœur de la protagoniste, Alexia). Et il y a les autres, ceux présents pour la morale, et aussi pour rendre spectaculaire(ment dégoûtant) le rapport à la chair du film, et alors son horreur. Ceux qui seront rapidement oubliés d’ailleurs : les chiens, les vaches, les chevaux… Tous ces animaux traités dans l’école de Justine. Mais pas que… Il y a aussi le Golden Retriever de la famille, et le Berger Allemand d’Alexia. Que remarque-t-on ? Le premier est repoussé sans cesse par Justine ; le deuxième l’est aussi, et semble être constamment enfermé dans le petit logement de la sœur. À cause de Justine (et aussi d’Alexia, il faut le dire), le deuxième goûte au sang, à la chair humaine et doit alors être piqué. Il subit les pêchés des sœurs. Et quand est-il des autres animaux vivants présents dans l’école vétérinaire de Justine ?

On nous présente un cheval endormi, amené en salle d’opération. L’être est en mauvaise posture. Il est filmé de telle manière qu’il en ressort un regard humain (dominant) sur le cheval fragilisé (l’animal dominé). Plus tard, Alexia semble opérer une sorte de lavement à une vache. L’actrice se prête à l’exercice face à la caméra. Et seul l’arrière train de l’animal est dans le champ. Encore un animal présenté en mauvaise posture. Il y a aussi l’image – d’ailleurs étrange quant à sa place et signification dans le récit – d’un chien empaillé, les pattes à l’air. L’animal n’est plus juste un être vivant dominé par l’homme et son regard, ni un être soumis à l’action humaine (d’une actrice et de la production pour la mise en place d’une action gaguesque), il est vidé de toute vie et devient un objet décoratif. Ce dernier participe au spectacle de mauvais goût du film, tout en tendant à soutenir le penchant abstrait du show de Ducournau. Avant que certains ne s’empressent de dire que le regard de la végétarienne Justine est explicitement anti-spéciste, notamment dans la scène de préparation d’opération du cheval, notez que ce regard du personnage disparaît rapidement du récit, pour ne laisser que le flot d’images décrites ci-dessus.

Justine est sensible à la situation du cheval prêt à être opéré.

Le journaliste Camille Brunel note dans son écrit critique de Grave : « ce végétarisme est triplement bidon, la possibilité de l’existence d’un végétarisme fondé sur des convictions animalistes étant évacuée in extremis par le scénario – si twist il y a, c’est même celui-là : dans la famille de l’héroïne, on est végétariens pour éviter de se bouffer les uns les autres, rien d’autre. Les animaux ne comptent pas ». Il évoque aussi un commentaire de la réalisatrice : « Au festival de Strasbourg, ma voisine a demandé à Julia Ducournau si pour elle les animaux n’étaient qu’un décor. Non seulement sa réponse a été oui, mais elle a précisé aussitôt qu’elle en avait assez qu’on dise qu’elle avait réalisé un film végane, que pour elle, le végétarisme n’était qu’un outil scénaristique : pour que le cannibalisme soit le plus gore possible, autant qu’il tombe sur une fille qui était végétarienne, pour qu’on parte du plus loin possible. » Une grande question doit alors être posée : où sont la morale et l’éthique dans cette production cinématographique ?

DVD & Blu-ray

Le film possède une édition loin d’être au niveau du « choc » tant vanté par les critiques. Le long métrage est présenté avec une image et un son précis et soignés, mais les bonus manquent à l’appel. Pas de making-of en vue, mais deux scènes coupées et deux longues interviews : une de l’actrice Garance Marillier ; et une deuxième de la réalisatrice Julia Ducournau.

Bande-Annonce : Grave

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 2.40 16/9ème compatible 4/3 –

Format son : Français DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0 – Audiodescription

Sous-titres : Français pour Sourds & Malentendants

Durée : 1h35

Prix public indicatif : 19,99€ le DVD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Format image : 2.40 – Résolution film : 1080 24p

Format son : Français DTS HD Master Audio 5.1 – Audiodescription

Sous-titres : Français pour Sourds & Malentendants

Durée : 1h38

Prix public indicatif : 24,99€ le Blu-ray Digipack

COMPLÉMENTS COMMUNS DVD & Blu-ray

– Entretien inédit avec Julia Ducournau (47’)

– Entretien inédit avec l’actrice principale Garance Marillier (47’ – exclusivité Blu-ray)

– 2 scènes coupées

Afin que le plus grand nombre puisse profiter de ce film, DVD & Blu-ray proposent tous deux le Sous-titrage pour Sourds & Malentendants et l’Audiodescription pour Aveugles et malvoyants.

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