Summertime de Gabriele Muccino : Souviens-toi (le meilleur) été dernier

Apparu l’année dernière à la 73ème Mostra de Venise (nommé au Queer Lion et remportant le prix de la meilleure bande son), Summertime, adapté de réelles rencontres à en croire la photo qui se glisse dans le générique, est une plongée bouleversante dans nos meilleurs souvenirs estivaux, histoire de prolonger les vacances.

Synopsis: Maria et Marco, deux ados italiens, décident d’aller passer une partie de l’été à San Francisco où ils sont accueillis chez un couple gay à peine plus âgé qu’eux. Au cours de ces quelques jours, ces quatre jeunes gens issus d’univers différents remettent en question leurs certitudes et se lient d’une profonde amitié…

Les vacances sont toujours trop courtes

On aurait pu s’attendre à un ersatz de road movie mièvre américanisé pour un prétexte à prolonger le soleil et certaines mauvaises langues trouveront les arguments pour défendre cette critique, mais il faut admettre que la parenthèse ne nous laisse guère indemne. Brando Pacitto, le Jesse Eisenberg italien sous les traits de Marco, est hanté par la mort et finit par gagner 3000€ qui lui permettront de partir retrouver un ami aux États-Unis. Sauf que cet ami en question a invité une des plus coincées du lycée. Matilda Lutz (déjà apparu dans la dernière adaptation de The Ring) joue Maria, de confession catholique, qui s’offusque de vivre avec des « pervers ». On est rapidement projeté dans leur quotidien, en glissant de pièces en pièces par des mouvements de steady cam propres ou des récurrences amusantes : les repas / feux confessions, Pete le labrador qui s’accapare le canapé/lit de Marco… L’émerveillement de ces deux jeunes touristes est ressenti et partagé par chaque spectateur dans la mesure où rien n’est fait pour sublimer ou exagérer le trait. La vue d’un simple parc ou une odeur de cuisine provoque une rapide impression de beauté, bref accomplissement de soi. Il faut avouer que ce sentiment ne se produit jamais (ou presque) dans notre quotidien, mais hors des sentiers battus lorsque le voyage est programmé. La rencontre des deux jeunes hommes est un nouveau souvenir auquel on assiste assez préoccupé, car les acteurs jouent sublimement et summertime-film-Gabriele-Muccino-critique-vacances-san-franciscole coming out avec Scott Bakula (père de Paul) est émouvant. Chaque scène devient donc une pensée nouvelle, réminiscence et l’empathie sincère nous incite à passer ces magnifiques vacances aux côtés des deux jeunes adulescents.

Sans jamais tomber dans le piège de la romance grossière et évidente, la surprise, simple et convaincante, se concrétise au fur et à mesure qu’on apprécie Paul et Matt à notre tour. Le regret de ne pas en savoir plus sur leurs métiers (on sait juste que leur situation est aisée) et de ne pas les voir plus réellement amoureux est un des seuls reproches émis. C’est dans des moments improvisés, pris à la volée sans direction d’acteurs comme la première baignade dans l’eau chaude à Cuba où Matt les rejoint, plus qu’enthousiaste, que l’on voit qu’ils ne forment pas un couple, mais qu’ils sont tous les deux possiblement hétéros dans la vraie vie. Il y a des moments de suspension pour créer une certaine poésie superficielle qui auraient pu être évités, mais cela ne dérange guère le divertissement. Chaque justesse finira par tirer la larme sur la fin du séjour pour conclure sur une escale à New York remettant Marco et Maria sur le droit chemin. Le réalisateur s’est fait connaître à l’international avec son troisième long métrage, Juste un baiser en 2001, réel phénomène, qui est resté en salles pendant six mois (contre dix semaines record numéro 1 au box office pour Intouchables ou Le Dîner de cons). Réflexion cynique et désenchantée sur la difficulté de sa génération à s’engager en amour, le film récompensé à Sundance et la Mostra, l’impose parmi les figures majeures du cinéma italien de cette dernière décennie. D’ailleurs, Will Smith touché par son travail lui confie la réalisation d’À la recherche du bonheur en 2006 et Sept vies deux ans après. Il collabore ici avec un artiste, vu comme le pionnier du hip hop italien, Jovanotti qui compose avec Cris Ciampoli. A la fois country folk et ballade indie au ukulélé, la musique est un voyage radieux qui nous emmène à la manière de The Descendants d’Alexander Payne avec George Clooney aux confins de ce que nous sommes, redéfinissant les contours éphémères de l’authentique amitié. Certainement le meilleur film de l’été…

Summertime : Bande Annonce

Summertime : Fiche Technique

Titre original : L’Estate addosso
Réalisation : Gabriele Muccino
Interprétation : Matilda Lutz (Maria), Brando Pacitto (Marco), Joseph Haro (Paul), Taylor Frey (Matt), Scott Bakula (le père de Paul)…
Photographie : Paolo Caimi
Montage : Valentina Brunetti, Alexandro Rodríguez
Musique : Jovanotti, Cris Ciampoli
Producteurs : Ferdinando Bonifazi, Ilaria Castiglioni, Marco Cohen, Fabrizio Donvito, Benedetto Habib
Sociétés de Production :  Indiana Production
Distributeur : Mars Film, Rai Cinema
Festival et Récompenses : Prix de la meilleure bande son à la Mostra de Venise 2016
Genre : Comédie dramatique
Durée : 105 minutes
Date de sortie : 16 août 2017

Italie – 2016

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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