Sanguine : époques sanguines

Body horror survitaminé à la plastique ensanglantée, Sanguine impose un premier long métrage audacieux où Marion Le Corroller enchevêtre gore, science-fiction et satire d’un ultracapitalisme qui broie les jeunes corps. Porté par d’excellentes scènes choc et un geste de réalisation carnassier, le film séduit par son outrance visuelle autant qu’il se fragilise dans son écriture et dans une dernière demi-heure alourdie par la prolifération d’idées.

Dans une chromatique ensanglantée et avec un sens aigu de la maîtrise plastique, Marion Le Corroller signe avec Sanguine un body horror ascendant et presque exalté de sa propre puissance d’accouchements, porté par d’excellentes scènes choc (telle celle d’ouverture) et une écriture scénaristique plus fragile. Un étrange mal saisit la jeunesse : insomnies fatales, saignements inattendus et continus, métamorphoses de l’humeur. Margot Loiseau (Mara Taquin, incroyablement labile), jeune interne, vient faire son stage aux urgences dirigées par le Dr Virgile, une Karin Viard impressionnante d’autorité abusive. Et tout commence à muter.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le premier long métrage de la Franco-Belge Marion Le Corroller ne manque ni d’idées-symptôme ni d’audace. Avec un aplomb qui n’a rien à envier aux Américains et un geste de réalisation vorace, Sanguine affiche haut son ambition, enchevêtrant les genres avec sûreté : gore, science-fiction, thriller horrifique, body horror et satire sociale. À une cadence dopée aux amphétamines, la mise en scène semble vouloir épouser la violence sanglante de son sujet, en montrant combien les jeunes corps sont dressés, altérés et broyés par l’ultracapitalisme. À ce titre, l’inversion ironique des valeurs en fin de film agit comme un clin d’œil salutaire, ajoutant une dimension humoristique à l’éventail des talents de la cinéaste.

Le film regorge d’idées et les explore avec fougue, premier degré décapant et radicalité, lorgnant du côté de la chirurgie organique de Cronenberg autant que de la mutation viscérale des plans de The Substance de Coralie Fargeat.

Marion Le Corroller a cet appétit pour le frémissement horrifique et ce désir-décharge de l’outrance plastique. C’est là son beau défi, son nerf le plus accompli en même temps que sa fragilité. Une surcharge d’idées, de plans filmés sans suffisamment de recul ni de patience dans la dramaturgie des tensions et dans l’écriture des personnages finit par affadir et alourdir la dernière demi-heure. Il reste une gageure stylistique et une densité visuelle sanglante et originale, opérant avec fracas et éclat.

Sanguine – bande-annonce

Sanguine – fiche technique

Titre international : Species
Réalisation : Marion Le Corroller
Scénario : Thomas Pujol, Marion Le Corroller
Interprètes : Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Stefan Crepon, Sonia Faïdi
1ère Assistante réalisatrice : Elodie Morales
Photographie : Guillaume Schiffman
Décors : Anne-Sophie Delseries
Costumes : Morgane Lambert
Coiffure : Jennifer Levacher
Maquillage : Flore Chandès
Maquillage SFX : Pierre-Olivier Persin
Montage : Jérôme Eltabet
Productrice : Carole Lambert
Coproducteur : Alain Attal
Sociétés de production : Windy Production, Trésor Films, La Compagnie Cinématographique, Panache Productions, Anga Productions
Pays de production : France, Belgique
Société de distribution France : ARP Sélection
Durée : 1h43
Genre : Horreur
Date de sortie : 28 octobre 2026

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