Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Succès-surprise au Japon il y a deux ans, Le Dernier Vrai Samouraï arrive enfin sur nos écrans. Doté d’un budget minuscule et sans vedette à l’affiche, le film a tout du « self-made movie ». Malgré sa naïveté et quelques maladresses, il remporte pourtant l’adhésion par sa déclaration d’amour au jidai-geki, ce genre cinématographique qu’en Occident nous réduisons trop souvent au « film de samouraïs ». La veine nostalgique et l’hommage sincère ont convaincu le public nippon, pour lequel cette tradition qui produisit tant de chefs-d’œuvre a aujourd’hui pratiquement disparu. Si le sous-texte du film et ses nombreux clins d’œil n’évoqueront forcément pas les mêmes choses en France, gageons que le charme désuet de cette comédie séduira malgré tout le public.

Un budget d’environ 26 millions de yens (autour de 160.000 dollars) pour des recettes 25 fois plus importantes : au Japon, Le Dernier Vrai Samouraï fut le triomphe improbable de 2024 ! Le film a (forcément) été tourné sans star et par une équipe réduite au strict minimum, dans laquelle Jun’ichi Yasuda – dont c’est le troisième long-métrage – cumula les rôles de metteur en scène, scénariste, producteur, directeur photo et monteur ! L’actrice Yūno Sakura, qui interprète une assistante réalisatrice, joua par ailleurs exactement le même rôle dans la vraie vie ! Ces conditions de production pour le moins spartiates ne passent pas tout à fait inaperçues. Le spectateur remarquera ainsi rapidement la qualité de l’image (surtout en termes d’éclairage) proche d’un téléfilm, ou encore la gestion imparfaite du rythme – le métrage aurait pu être réduit d’une bonne vingtaine de minutes. De même, certains rôles secondaires sont interprétés non sans une certaine exagération théâtrale, voire un brin de cabotinage…

Il n’empêche qu’en 2026, il est particulièrement jouissif qu’un tel film, réalisé sans moyens mais avec beaucoup de passion, puisse encore rivaliser avec les blockbusters, par la magie du bon vieux bouche-à-oreille ! Le Dernier Vrai Samouraï s’est même payé le luxe de cumuler succès public et critique, obtenant le prix du meilleur film au Japan Academy Film Prize, prouesse rare pour une production aussi modeste.

Le héros du film, Kosaka Shinzaemon, est un authentique samouraï évoluant à la fin de l’ère Edo. En plein combat à l’épée avec un membre d’un clan rival, il est frappé par la foudre et se retrouve transporté en 2007, sur le plateau de tournage d’un jidai-geki ! Sur le thème familier de l’intrus (un homme d’une autre époque, propulsé dans un monde dont il ignore tout), le guerrier va, à la suite d’innombrables quiproquos et coups du sort, finir par trouver sa place dans un univers cinématographique qui est le simulacre de son ancienne vie. Eh oui, Le Dernier Vrai Samouraï est en quelque sorte Les Visiteurs à la sauce yakitori !

Les limites du film, un peu gênantes dans le premier quart d’heure, finissent par s’effacer derrière ses indéniables qualités. Au premier chef, l’intelligence de l’écriture de Jun’ichi Yasuda. Le film se présente comme un hommage à la fois au jidai-geki et, à travers lui, à l’histoire du Japon. Le récit joue en effet constamment sur le contraste entre le Japon féodal (les valeurs traditionnelles, le code d’honneur) et le Japon moderne (la logique de l’industrie du divertissement). Notre héros est quant à lui une métaphore du jidai-geki, un genre considéré comme dépassé mais auquel le public est encore très attaché. Les connaisseurs trouveront d’ailleurs dans le film de nombreuses références explicites à certains traits spécifiques du genre. Ainsi, Kosaka ne devient pas (immédiatement) une vedette du jidai-geki, il fait au contraire ses armes comme kirayeku, un second rôle qui se contentait généralement de se faire trucider à l’écran par le héros. Dans le cinéma classique japonais, ces comédiens étaient toutefois essentiels et bénéficiaient d’une formation très poussée au maniement du katana, le sabre du samouraï. Pour le grand public nippon, le personnage de Kosaka est clairement inspiré du comédien Seizō Fukumoto, « l’homme mort 50.000 fois », qui devait même participer au film mais décéda avant le tournage. Ensuite, l’action du film se déroule essentiellement sur les plateaux de tournage des studios historiques de la Toei à Kyoto, des décors qui renvoient à l’âge d’or du jidai-geki, tant au cinéma qu’à la télévision.

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est donc une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les hommes de l’ombre et rendre leur dignité aux seconds rôles et aux cascadeurs, anonymes et indispensables. Une déclaration d’amour aux artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire. Si la mise en scène n’évite pas quelques faiblesses, Yasuda a en revanche assuré ce qui compte le plus : les décors et les costumes sont impeccables, et les scènes d’action (répétitions et véritables combats à l’épée) ont clairement bénéficié d’un encadrement très professionnel. Il ne reste plus qu’à espérer que le succès remporté par le film puisse servir de tremplin à ce jeune cinéaste passionné et talentueux !

Synopsis : Kyoto, à la fin de l’époque d’Edo. Deux samouraïs de clans ennemis luttent dans un combat sans merci jusqu’à ce qu’une pluie torrentielle s’abatte sur eux et qu’un éclair les éblouisse. À sa grande surprise, Shinzaemon Kosaka du clan Aizu se réveille dans le Japon contemporain, sur le plateau d’une série historique spécialisée dans le genre jidai-geki. Pris pour un figurant à cause de son apparence et de son comportement, le samouraï devient vite la coqueluche des tournages, avant d’être engagé comme cascadeur professionnel. 

Le Dernier Vrai Samouraï : Bande-annonce

Le Dernier Vrai Samouraï : Fiche technique

Titre original : Samurai taimu surippā
Réalisateur : Jun’ichi Yasuda
Scénario : Jun’ichi Yasuda
Interprétation : Makiya Yamaguchi (Kosaka Shinzaemon), Norimasa Fuke (Kyōichirō Kazami / Yamagata Hikokuro), Yūno Sakura (Yuko Yamamoto)
Photographie : Jun’ichi Yasuda
Montage : Jun’ichi Yasuda
Producteur : Jun’ichi Yasuda
Société de production : Mirai Eiga-sha
Durée : 131 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 10 juin 2026
Japon – 2024

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3.5

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