« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l’arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C’est ici, peut-être, que la série devient grande.

Sur ces pages spectaculaires et empreintes de gravité, Akira Toriyama narre une invasion extraterrestre. Mais pas n’importe laquelle : ce sont des individus du même sang que le protagoniste Goku qui viennent sur Terre revendiquer ce qu’ils imaginent leur appartenir.

Le tome s’ouvre encore sur Maître Kaio et son étrange planète au bout du Chemin du Serpent. Goku y parachève son apprentissage de deux techniques qui auront leur importance par la suite : le Kaio-ken, multiplicateur temporaire de puissance au prix de l’intégrité physique ; et le Genki Dama, une attaque qui se nourrit de l’énergie vitale des êtres vivants, et qui exige de celui qui l’emploie une pureté d’intention rare. Il faut du temps à Goku pour la maîtriser. Elle demande une disposition intérieure difficile à acquérir.

Pendant ce temps, sur Terre, on encaisse un choc après l’autre. Akira Toriyama sacrifie ses personnages comme jamais auparavant. Yamcha tombe sur un Saibaiman dans une attaque suicide absurde. Chaozu se sacrifie inutilement. Tenshinhan se dépense jusqu’à l’épuisement. Et Piccolo – celui-là même que Goku avait dû combattre au péril de sa vie quelques tomes auparavant – meurt en protégeant Gohan, un geste qui annule des années de rivalité en une case. Toriyama accomplit une purge narrative : les personnages de la première ère du manga s’effacent presque tous pour ouvrir la voie à une nouvelle cosmologie.

L’arrivée de Goku sur Terre est celle d’un messie. On attendait impatiemment le sauveur, et il vient enfin. Il évalue la situation et comprend immédiatement l’écart de puissance entre les assaillants et ses acolytes. L’entraînement chez Kaio a produit un changement fondamental : le guerrier est plus fort et il le sait. Son combat contre Nappa est expédié. Il laissera à jamais un plan iconique, voire testamentaire : un Saiyan dont la colonne vertébrale est brisée, tenu sans mal par le bras tendu de Goku. Végéta observe en silence. Il est vexé. Voir un Saiyan de rang inférieur, un guerrier que sa propre caste avait condamné à l’exil, avoir développé une telle puissance, cela le blesse dans son orgueil, mais surtout dans son appréhension du monde.

Quoi de mieux, alors, pour caractériser le personnage que le faire éliminer son ami Nappa, froidement et en un claquement de doigt ? Tout Végéta est là : puissant, cruel, clinique. C’est la logique froide d’un être pour qui la faiblesse constitue une faute morale. Et c’est cette logique-là que Goku va devoir affronter…

Le format Full Color mérite ici une mention spéciale. La colorisation de ce volume renforce sans l’écraser ce que Toriyama avait conçu en noir et blanc. On retrouve le trait nerveux, les découpages elliptiques, cette façon unique de faire sentir la vitesse et l’impact sans chercher à tout montrer. C’est du manga de son époque, avec tout ce que cela implique de sens narratif, et c’est exactement pour cela que ça tient encore, des décennies plus tard.

Note des lecteurs0 Note
5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Mortépi » : autopsie d’un artiste qui voulait exister

Avec "Mortépi", Florian Breuil signe un premier roman graphique d’une densité remarquable, où la quête de reconnaissance artistique se mue en impasse existentielle. Dans une ville à moitié noyée, la disparition devient paradoxalement le dernier moyen d’apparaître.