The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe. Et, heureusement, le film ne tient pas que sur sa surprenante révélation même si, juste après, un quart d’heure de redondance et de flottement en milieu de film crée un ventre mou. Hormis cette petite baisse de niveau finalement très courte, on passe près de deux heures entre le rire gêné, le malaise et, in fine, l’émotion pour une œuvre grinçante à souhait. On souhaite à The Drama nos meilleurs vœux de succès au box-office pour que ce type de films fasse des « petits ».

Synopsis : Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage.

Toute la promotion de The Drama ne tenait que sur deux choses : à son couple ô combien glamour et très vendeur niveau people, mais également sur une révélation sur laquelle le synopsis, la bande-annonce et tout le marketing étaient axés. Il était donc légitime de se demander si le long-métrage allait tenir sur la longueur après ladite révélation et surtout s’il ne se résumait pas à celle-ci. Ce n’est heureusement absolument pas le cas. On pourra juste reprocher un quart d’heure de ventre mou qui intervient un peu après ce secret qu’on ne déflorera pas ici pour ne pas gâcher la surprise. Quelques redondances, moments de flottement et de mou qui s’oublient vite au regard de la qualité du reste.

Hormis cette petite baisse de niveau à mi-chemin, Kristoffer Borgli cisèle encore son cinéma à merveille et creuse un sillon qui commence à être reconnaissable avec une mise en scène acérée qui met toujours en avant le malaise vécu par ses personnages. Malaise qui se transmet au spectateur avec brio (et plaisir). Entre plans de coupe censés représenter, en vrac, les projections mentales de ses protagonistes ou des flashbacks, voire des séquences imaginées, il signe un film racé et stylisé. The Drama  est totalement en phase avec son sujet, et ce dès la première séquence qui nous fait revivre la rencontre du couple que nous suivrons durant tout le long-métrage.

Il est certain que cet opus est peut-être son film le plus accessible. On avait découvert le metteur en scène norvégien avec Sick of Myself  et sa protagoniste clairement illuminée qui s’inventait une maladie rare imaginaire pour attirer l’attention. Une petite perle d’humour noir acide et corrosif qui n’oubliait pas un discours pertinent sur une société malade peuplée de sujets en besoin de reconnaissance. Puis, son premier film américain nous apportait un scénario de rêve sur un plateau et s’intitulait à juste titre Dream Scenario. On y voyait le génial (quand il le veut bien) Nicolas Cage en monsieur Tout-le-monde apparaître dans les rêves d’une multitude de gens. Un postulat fou qui accouchait d’un film sympathique mais qui s’essoufflait vite. En ce sens, The Drama est le film le plus sage de Borgli mais aussi le plus mature et accompli.

En engageant deux des jeunes stars les plus glamour mais aussi douées de leur génération, il frappe juste et fort car le film capitalise bien sûr sur leur talent mais également sur leur statut de vedette. Associer Zendaya et Robert Pattinson était une excellente idée. Leur couple développe une alchimie incontestable qui crève l’écran et les voir vivre une relation parfaite jusqu’à la révélation qui distille un poison lent dans leurs rapports est jubilatoire. Leur complicité fonctionne aussi bien dans les moments apaisés que dans ceux de tension et de doutes. Et une des forces de The Drama est de confier le poids de la faute – si on peut se permettre de l’évoquer de la sorte – au personnage féminin, ce qui apporte une valeur ajoutée à la fois narrative mais aussi sociétale non dénuée d’intérêt.

The Drama peut compter sur une écriture ciselée où chaque dialogue est à sa place et parfaitement mis en bouche. Le scénario est d’une précision d’orfèvre et nous révèle de nombreuses surprises postérieures à la révélation centrale. D’ailleurs le dernier acte au mariage est jubilatoire et on ne sait jamais si on doit rire ou pas. C’est génialement grinçant et on en redemande. À ce titre, louons deux seconds rôles féminins de haute volée : Alana Haïm, découverte chez Paul Thomas Anderson, est royale en demoiselle d’honneur outrée et revancharde, quand l’inconnue Hailey Gates est impeccable en secrétaire maladroite. Le film se positionne comme un film romantique, mais difficile de dire si on est dans la comédie noire, le drame léger ou même les deux. Et que c’est agréable ! Bref, The Drama c’est du cinéma de qualité destiné à tous les publics, pointu comme il faut mais toujours accessible, avec une séquence finale magnifique. Une petite pépite qui confirme un auteur singulier.

Bande-annonce – The Drama

Fiche technique – The Drama

Réalisateur : Kristoffer Borgli
Scénariste : Kristoffer Borgli
Production : A24
Distribution : Metropolitan Filmexport
Interprétation : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie, …
Genres : Drame – Romantisme
Date de sortie : 1 avril 2026
Durée : 1h46
Pays : États-Unis

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Festival

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