FNC Montréal 2025 : La Grazia – Retour en grâce (enfin) du grand Sorrentino

Depuis une dizaine d’années, on pensait avoir perdu l’un des plus grands réalisateurs italiens en activité, fer de lance du renouveau du septième art de son pays. L’homme qui nous a offert l’immense chef-d’œuvre La Grande Bellezza avait tendance à totalement oublier le fond au profit d’une forme malgré tout toujours sublime dans ses dernières œuvres. En retrouvant le grand Toni Servillo, primé à la Mostra de Venise pour ce rôle, il revient en grande forme. La Grazia trace le portrait d’un président italien fictif sur la fin et empoigne des sujets lourds. Il n’oublie cependant pas de nous en mettre plein les yeux, mais aussi plein le cœur, avec une profonde mélancolie qui traverse l’écran et nous envoûte. Du grand cinéma, dialogué à la perfection et filmé comme une œuvre d’art, du cinéma unique tel que seul l’Italien peut nous en offrir.

Synopsis : On suit Mariano De Santis, président italien fictif sur le point de quitter son mandat. Veuf et profondément catholique, il est confronté à deux dilemmes moraux majeurs : accorder ou non la grâce à deux meurtriers et signer la loi sur l’euthanasie, qu’il désapprouve personnellement. Parallèlement, le président est hanté par le passé de sa défunte épouse.

Paolo Sorrentino a toujours aimé mêler la politique, l’art, la foi et le droit dans la plupart de ses films, dans une sorte de communion parfaite baignée dans des images belles à se damner. Et La Grazia, c’est exactement cela, comme si le cinéaste italien reprenait pleine possession de ses talents après une période moins convaincante. En effet, Sorrentino figure parmi les fers de lance du renouveau du cinéma transalpin, et il nous l’avait prouvé avec une trilogie de films qui l’ont hissé au rang d’esthète et de réalisateur adoubé. Il y a eu l’immense chef-d’œuvre couronné de nombreux prix La Grande Bellezza (dont l’Oscar du meilleur film étranger), un monument de cinéma beau et hypnotique, précédé de This Must Be the Place et suivi de Youth.

Depuis, outre sa série The Young Pope, ses films les plus récents avaient déçu, se focalisant sur l’esthétique — certes toujours magnifique — au détriment du fond. La Main de Dieu et Parthenope ennuyaient, si ce n’est le plaisir des images léchées propres à son cinéma. La Grazia opère donc un retour à ce qu’il sait faire de mieux. On y parle de thèmes lourds, forts et très contemporains. Le sujet brûlant de l’euthanasie, surtout dans un pays catholique comme l’Italie, mais aussi de grâces présidentielles, de femmes battues et des prérequis qui incombent à tout homme politique. Le film est clairement progressiste et nous montre habilement les tenants et les aboutissants moraux et sociaux de tels sujets. La manière simple et efficace dont il tranche sur le sujet de l’euthanasie en est la preuve.

Ici, on expose donc des thématiques ô combien sérieuses, et on les décortique avec beaucoup de doigté par le biais d’un personnage en plein doute, au crépuscule de sa carrière de Président de la République. Un président fictif ici, contrairement à Silvio et les autres, où Sorrentino brossait le portrait à peine caché de Silvio Berlusconi, ou à Il Divo, où c’était la figure de l’ombre Giulio Andreotti, longtemps Premier ministre italien. Sorrentino retrouve une nouvelle fois son acteur fétiche Toni Servillo, déjà présent dans trois des films cités précédemment. Et le comédien, qui a reçu le prix d’interprétation mérité à Venise, infuse sa silhouette et son phrasé si singulier, de manière évidente, à cet homme politique imaginaire. Il est royal, irradiant chaque scène où il apparaît.

Si La Grazia souffre de quelques digressions inutiles, de répétitions et d’une durée légèrement excessive, il brille de mille feux. Il se dégage une mélancolie agréable, du même acabit que celle ressentie dans La Grande Bellezza. Si Sorrentino ne retrouve pas la perfection de ce dernier, il s’approche de la grâce. De nombreuses scènes brillent par des dialogues savoureux, piquants et en phase avec notre époque, non sans aller souvent vers une forme d’ironie nonchalante. Rares sont les films qui parlent de pensées flirtant avec la philosophie de manière aussi intéressante. Les séquelles d’un adultère, la notion de doute ou la recherche de la vérité sont admirablement vulgarisées ici, au détour de scènes a priori anodines et de répliques adéquates. C’est fort et magistral, à n’en pas douter. On rit autant qu’une certaine forme d’émotion nous étreint, notamment avec le personnage de l’amie du passé, impeccablement joué par Milvia Marigliano. Les séquences entre elle et Servillo sont tour à tour drôles et déchirantes.

Encore une fois, on est émerveillé par la maestria visuelle de Paolo Sorrentino. Il confirme de nouveau, s’il était encore besoin de le faire, qu’il est l’un des metteurs en scène en activité les plus doués de sa génération. Chaque plan, même le plus anodin, confine au sublime. Sa science du cadrage, du travelling et du choix des décors est aux petits oignons. Loin d’être un film-musée, La Grazia nous éblouit la rétine durant deux heures. Pourtant, la plupart du film est circonscrite au palais présidentiel, mais il parvient à en extraire ses plus beaux atouts. Baroque au possible, notamment dans le choix d’une bande originale osée mêlant techno et musique classique, c’est un cadeau du ciel pour tout admirateur de films érigeant la forme au rang d’art. La grâce n’est pas loin, donc, et on s’en régale. On sort de là en apesanteur, agréablement mélancolique et ravi d’avoir vu et entendu de si belles choses.

Bande-annonce – La Grazia

Fiche technique – La Grazia

Réalisateur : Paolo Sorrentino.
Scénariste : Paolo Sorrentino.
Production : Paolo Sorrentino et Annamaria Morelli.
Distribution: Pathé distribution.
Interprétation : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Milvia Marigliano, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, …
Genres : Chronique – Drame – Politique.
Date de sortie : 26 janvier 2026.
Durée : 2h11.
Pays : Italie.

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