« Sid Cooper » : l’adolescence au cœur des ronces

Avec Sid Cooper, Pendragon imagine un récit fantastique où adolescence cabossée, fureur punk et apocalypse végétale s’entrelacent. On en ressort éraflé mais conquis.

Depuis la mort de sa mère, Sid a vu son monde basculer. Envoyé à Berry Hill, un internat installé dans un château en ruines battu par les vents, il découvre un quotidien hostile : dortoirs glacés, camarades hostiles et surtout les ronces monstrueuses du Fléau, qui depuis cinquante ans défigurent la Frangleterre. Mais au cœur de ce décor de cauchemar, Sid se reconstruit auprès de trois compagnons singuliers : Malcolm, musicien fragile doté d’un bras mécanique ; Lula, bavarde et poète à l’estime de soi ébréchée ; et Kate, punk bagarreuse dont les répliques claquent comme des uppercuts. Tous sont cabossés, mais c’est de leurs failles que naît une amitié lumineuse, cimentée par l’humour, la musique et l’entraide.

En contrepoint, Pendragon introduit Julian Strokes, présentateur télé sur le déclin, dont la quête des origines du Fléau le conduit à Berry Hill. Le contraste entre la pureté maladroite des adolescents et le cynisme médiatique de l’adulte souligne l’un des nerfs du récit : la critique du journalisme-spectacle.

Visuellement, l’album impressionne par son énergie : cadrages hérités de l’animation, souffle du shonen, nervosité du comics et sens du rythme venu du cinéma. Si le récit emprunte au teen movie, ses chamailleries et premiers émois (Sid est troublé par Malcolm), il leur oppose une gravité : celle d’un monde qui s’effrite et d’adolescents contraints de lutter pour survivre.

Ni récit d’initiation lisse ni simple survival, Sid Cooper trouve sa singularité dans cette hybridation : chronique de deuil, fable écologique et parabole sur l’amitié comme ultime rempart. Pendragon, jeune auteur formé à l’animation, impose un trait stylisé et une narration déjà d’une étonnante maturité.

Si une seule série ado devait marquer la rentrée 2025, ce serait peut-être celle-ci. Drôle et sombre, tendre et acéré, Sid Cooper est une promesse de renaissance au cœur des ronces. Et l’on referme ce premier tome avec une seule hâte : retourner à Berry Hill pour le second et dernier volet d’un diptyque déjà réussi.

Sid Cooper, Pendragon
Glénat, septembre 2025, 224 pages

Note des lecteurs2 Notes
3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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