Deauville 2025 : Bugonia, les complotistes contre-attaquent

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Présenté il y a quelques jours en compétition à la Mostra de Venise, Bugonia a été présenté hier soir au Festival de Deauville, à l’occasion d’une avant-première exclusive. Dans cette comédie grinçante et horrifique, où l’on voit rouge et où l’on rit jaune, Yorgos Lanthimos poursuit sa critique de la société contemporaine à travers un huis clos malaissant questionnant les frontières entre croyance et réalité. Un véritable ovni cinématographique.

Le cinéma de Yorgos Lanthimos a toujours eu l’art de nous désarçonner. Envoûtant, étouffant, parfois violent, toujours dérangeant, il se renouvelle constamment en mêlant les registres et les genres. Mais dresse surtout, grâce au conte et à la fable, un miroir déformé de notre société. Après avoir interrogé la liberté et le libre arbitre dans Pauvres Créatures et Kinds of Kindness, sélectionné au Festival de Cannes 2024, le réalisateur grec s’empare des chambres d’écho et des théories du complot.

Entretien avec une Andromédienne

Si le mot bugonia peut spontanément faire penser à une fleur, il s’agit en réalité d’un ancien rituel méditerranéen fondé sur une croyance, celle que les abeilles sont créées à partir de carcasses de vaches. Un mot singulier qui introduit parfaitement le thème du film : la conviction irrationnelle qui brouille notre vision de la réalité. Ces abeilles fragiles et travailleuses, que nous voyons butiner sur les premières images, reflètent aussi l’état d’un monde sujet à l’effondrement.

Remake du film sud-coréen Save the Green Planet ! de Jang Joon-Hwan, Bugonia met en scène deux conspirationnistes. Teddy Gatz, un apiculteur amateur interprété par Jesse Plemons, a convaincu son cousin benêt que les extraterrestres fomentent l’anéantissement de l’humanité, à travers notamment l’effondrement des colonies d’abeilles, et que Michelle Fuller, la célèbre PDG d’une entreprise pharmaceutique, incarnée par l’exceptionnelle Emma Stone, appartient à l’espèce andromédienne. Bien résolus à incarner la résistance humaine, ils kidnappent la femme d’affaires dans l’espoir de sauver le monde. Il s’installe alors un affrontement, tant physique que verbal, entre la glaçante Michelle et l’effrayant Teddy, chacun tentant de manipuler l’autre.

Avec une photographie magnétique et une atmosphère particulièrement électrique, Bugonia nous plonge dans les tréfonds de la folie humaine. Existence recluse, complotisme, psychose, paranoïa, les personnages s’enfoncent corps et âme dans des délires personnels devenus réalité collective. Sur la même lancée que le film Eddington d’Ari Aster, Yorgos Lanthimos nous montre que, sous l’influence des réseaux sociaux et d’informations détournées, chacun peut être amené à penser des choses complètement irrationnelles. Toute vérité n’est donc pas bonne à croire. Si ce sujet reste indéniablement actuel et captivant, le réalisateur grec nous a habitués à des réflexions existentielles plus approfondies dans ses films précédents. En effet, l’alerte qu’il nous donne sur l’absurdité des croyances et l’impact de l’homme sur l’environnement n’a rien de très original, d’autant plus que les interrogations lancées demeurent à l’état brut, sans un développement ou une approche personnelle digne du cinéaste.

Le mélange des genres est certes bien plus surprenant. Humour, horreur, violence imprévisible alternent en un claquement de doigts au cœur d’une seule et même scène. Pourtant, Bugonia ne convainc pleinement ni sur le plan de la comédie noire, ni sur celui du thriller gore et pétrifiant. Faute d’un ton froid et une narration très détachée des personnages, nous assistons avec une totale indifférence aux nombreuses péripéties. Certes, le récit ménage quelques bons effets de surprise. Mais on le découvre sans jamais vraiment rire ou s’effrayer, et même en s’ennuyant de la longueur des dialogues jusqu’à l’acte final. Que l’on rentre ou non dans son univers déconcertant, Bugonia demeure une expérience cinématographique singulière qui ne manquera pas de diviser son public. Divertissement de genre, critique sociétale ou œuvre extraterrestre malaissante, après tout, ce n’est qu’une question de croyance.

Fiche technique – Bugonia

Réalisation : Yorgos Lanthimos
Scénario : Will Tracy
Production : Element Pictures, Square Peg, CJ CGV
Distribution : Universal Pictures
Interprétation : Emma Stone, Jesse Plemons, Aidan Delbis, Stavros Halkias, Alicia Silverstone
Genre : science-fiction, comédie
Date de sortie : 26 novembre 2025
Durée : 1h57
Pays : Etats-Unis

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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