« Baby » : anatomie du chaos

Le deuxième tome de Baby, signé Chang Sheng, se pare de gravité. Il ne ralentit pas ; il approfondit. Un cheminement bienvenu, après un premier volume furieusement rythmé, marqué par la survie brute et l’énigme virale.

Nous sommes toujours en décembre 2043, au seuil du « Jour du Jugement », dans les rues crevassées de Taïwan. Le parasite Baby continue de remodeler les corps, transformant les humains en chimères de métal, autant victimes que menaces. Élisa, notre héroïne mi-policière déchue mi-miraculée cyborg, a survécu à l’implantation d’un Baby dans sa main gauche – sans pour autant basculer dans la monstruosité. Une anomalie génétique ? Une exception divine ? Une fusion réussie ?

« Le parasite qui infectait nos corps est déjà mort. Nous ne sommes plus que des défectueux, mi-humains, mi-robots. Mais toi, tu as le pouvoir de fusionner en parfaite symbiose. C’est sûrement pour ça qu’après ta blessure, je t’ai retrouvée presque sans vie. »

Élisa, accompagnée de son acolyte robotique Dr-44, entame un cheminement de plus en plus solitaire et introspectif. Leur relation, teintée d’humour et d’amitié, trouve une issue touchante dans une séquence magnifiquement illustrée par Chang Sheng.

Quand Dr-44 meurt, ce n’est en effet pas seulement une perte affective : c’est un basculement. Élisa est bientôt recueillie par un groupe de survivants, marginaux mais lucides, dans un refuge inattendu. Là, deux figures émergent : un mangaka à l’origine involontaire du chaos – ses histoires ont inspiré les expérimentations scientifiques ayant donné naissance aux Baby –, et surtout, le Seigneur de la Terre, silhouette aussi fascinante qu’inquiétante. « C’est une fusion entre son corps infecté par Baby et les ordinateurs surpuissants du porte-avion », lui dit-on. « C’est par le biais de ces ordinateurs que sa conscience peut accéder au réseau mondial et aux satellites… »

Cet homme, qui « agit comme une sorte de radiotélescope », va aider l’héroïne à trouver comment gérer sa dualité, prendre le dessus sur son hôte. Parallèlement, les autres survivants du premier tome échouent dans un bunker qui devait être synonyme d’espoir et de paix relative. C’était sans compter sur le destin…

Le tome avance vers un dénouement que l’on sent imminent. Le bunker, espoir fantasmé, n’est qu’un leurre – dévasté par les mécanos. Les organos eux-mêmes, ces ennemis jusque-là caricaturaux dans leur violence, prennent une tournure plus trouble. Que sont-ils, au fond ? Les produits d’une erreur humaine ? Les gardiens d’un nouvel ordre ? Leur rôle reste ambigu, comme si Chang Sheng s’amusait à bousculer nos repères.

Sur le plan graphique, rien à redire. Chang Sheng continue de tutoyer l’excellence. Les planches regorgent de détails, qu’il s’agisse des architectures en ruine ou des visages marqués par la douleur. Les scènes d’action explosent sans jamais perdre en lisibilité, et les moments de calme sont baignés d’une lumière crépusculaire du plus bel effet. Ce mélange entre virtuosité graphique et narration fluide fait de Baby un manga aussi beau qu’efficace.

Baby (T.02), Chang Sheng
Glénat, juillet 2025, 272 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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