« Dragon Ball Full Color – Le Roi Démon Piccolo » : plonger dans l’ombre

Après les aventures plus légères de « L’Enfance de Goku », Dragon Ball entre dans une phase bien plus sombre avec l’arrivée du nouvel arc Le Roi Démon Piccolo, fraîchement publié en Full Color par les éditions Glénat. Ce premier tome entraîne une rupture dans le ton du manga : la mort, la terreur et la lutte désespérée prennent désormais le pas sur l’humour et l’insouciance.

Pour Goku et ses amis, le choc est brutal : Krilin est retrouvé mort au cœur du Tenkaichi Budokai, qui vient de se clôturer. Un événement tragique qui propulse notre héros dans une nouvelle dimension, où la violence la plus vile prend le pas sur les duels amicaux. Ce point de bascule est un moment-clé dans l’évolution de Dragon Ball. Pour la première fois, c’est une menace d’ampleur planétaire qui advient. La focale change, la gravité des enjeux s’accroît.

Et derrière ce climat d’urgence plane l’ombre terrifiante de Piccolo Daimaô, un ancien démon, jadis scellé, aujourd’hui libéré par Pilaf (oui, ce méchant maladroit et pathétique) dans l’espoir mal avisé de conquérir le monde. Mais Pilaf lui-même est vite dépassé : Piccolo n’est pas un allié, c’est un fléau. Un être capable d’écraser d’une pichenette ses adversaires. Pis : un monstre qui engendre ses propres créatures, véritables armes vivantes destinées à terroriser la planète. Tambourine et Cymbale viennent ainsi grossir les rangs d’une terreur qui semble impossible à contenir. Le monde de Dragon Ball n’a jamais paru aussi fragile, aussi exposé.

Dans cette édition Full Color, Glénat offre un écrin à la hauteur de cette transformation narrative. La colorisation permet de donner une tout autre dimension aux scènes dramatiques : les choix visuels accentuent la perte de repères des personnages – et des lecteurs. Le travail d’Akira Toriyama, déjà impressionnant en noir et blanc, prend ici du relief : la brutalité des affrontements, l’expression de la peur, la rage sourde de Goku… tout est amplifié par la mise en couleurs et le format agrandi de cette édition.

Le premier volume de cet arc baptisé « Le Roi Démon Piccolo » s’achève sur une scène lourde de menaces : Piccolo, désormais rajeuni grâce aux Dragon Ball, se dresse devant le Roi de la Terre. Plus qu’un simple antagoniste, il est désormais l’incarnation d’un mal ancien, d’une violence sans limite, d’une prédation totale. Pour Goku, c’est une nouvelle épreuve initiatique qui s’annonce : combattre au péril de sa vie un danger pour l’humanité. Une situation dans laquelle il se retrouvera souvent par la suite.

Un tournant majeur sublimé par une édition soignée : voilà ce que propose ce nouveau tome. Un passage incontournable pour tout lecteur désireux de comprendre comment Dragon Ball est devenu une œuvre culte, en se portant bien au-delà de son apparente simplicité initiale.

Dragon Ball Full Color – Le Roi Démon Piccolo, Akira Toriyama
Glénat, mai 2025, 224 pages

Note des lecteurs0 Note
5

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.