« Alphonse : La Gueule de l’emploi » : mieux vaut être veule que mal rémunéré

Avec Alphonse : La Gueule de l’emploi, les éditions Fluide Glacial proposent une immersion hilarante dans ce que le marché du travail a de plus précaire et ubuesque. Conçu par Philippe Pelaez et Pascal Valdès, ce premier tome exploite un humour grinçant qui côtoie l’absurde et le comique de situation.

Au centre du récit : Alphonse, un jeune homme au chômage chronique, qui n’a pourtant rien d’un tire-au-flanc. Bien au contraire, sa détermination à accepter n’importe quel emploi pour échapper à la précarité le conduit systématiquement vers les métiers les plus improbables. Mais voilà, malgré sa bonne volonté, Alphonse est affligé d’une maladresse vertigineuse qui transforme chacune de ses tentatives professionnelles en un désastre épique.

La palette des métiers explorés est large et volontairement grotesque. Tour à tour préposé à la récolte de semence de dindons, employé chez un thanatopracteur ou encore nettoyeur de scènes de crimes particulièrement glauques, Alphonse semble attirer les mésaventures comme un aimant. Les scénettes imaginées par les auteurs s’enchaînent à un rythme effréné, plongeant le lecteur dans une série de situations toutes plus absurdes les unes que les autres, et pourtant bien réelles : renifleur d’aisselles, formateur en anglais pour détenus dangereux, « faiseur de queue » rémunéré pour patienter à la place de plus riches que soi ou encore préparateur de commandes au sein d’un entrepôt d’e-commerce – qu’il parvient, malgré lui, à réduire en cendres.

L’originalité de cette bande dessinée réside dans sa capacité à détourner avec humour une réalité sociale implacable : celle des petits boulots, souvent humiliants, mal payés et ingrats, mais néanmoins nécessaires pour survivre. Alphonse porte en bandoulière une ironie grinçante ; il est déchiré entre la nécessité de travailler et une incapacité avérée à garder un emploi, provoquant à chaque fois un rire aussi spontané qu’empathique.

L’écriture se veut efficace et percutante : elle parvient à maintenir le rythme et la tension humoristique tout au long des courtes histoires proposées. Quelques clins d’œil cinématographiques, savamment dosés, enrichissent l’ensemble. Et s’il fallait formuler un bémol, il tiendrait probablement au caractère parfois convenu de certains actes finaux.

Mais l’essentiel est ailleurs : Alphonse : La Gueule de l’emploi livre une critique légère et habile du monde du travail précaire, en mettant en vignettes ses absurdités quotidiennes. Ce premier tome est un bol d’air frais qui permet de relativiser, non sans ironie, les désagréments de la vie professionnelle ordinaire. Une lecture recommandée chaudement à tous ceux qui pensent que leur propre emploi est difficile : après avoir découvert Alphonse, ils pourraient changer d’avis.

Alphonse : La Gueule de l’emploi, Pascal Valdès et Philippe Pelaez
Fluide glacial, février 2025, 56 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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