Apprendre de Claire Simon : immersion au cœur d’une école

Claire Simon propose avec Apprendre une vision de l’école où chacun avance ensemble, peut-être un peu trop idéalisée, mais avec ses réalités, ses élèves à la traîne et ses défis. Un regard tendre et des personnels engagés pour une immersion au cœur de l’acte d’apprendre.

Apprendre est un documentaire optimiste, tendre et joyeux. On y apprend tous ensemble, on y chante et on s’y dispute, mais jamais trop fort et trop longtemps. Les enseignants y sont discrets et engagés, leur parole ne nous est livrée qu’à travers leur acte d’enseignement. On est loin des dernières fictions sur l’école en péril et les profs en détresse vues ces dernières années. On pense notamment à Pas de vagues ou à Un métier sérieux, pour la France.  L’école fonctionne, on y aide les plus faibles, c’est la première scène du film où une maman dépose son enfant sans aucune fourniture, ou encore celle où un garçon autiste fait plusieurs tours de cour sur sa trottinette, probablement accompagné par son AESH, simplement pour souffler avant de retourner en classe. C’est la seule intervention directe de la réalisatrice, Claire Simon (également derrière la caméra), pour éclaircir cette scène étrange où un enfant seul dans la cour s’élance à fond, pendant que les autres sont en classe. Ici, on peut prendre le temps. Une autre scène d’une enseignante qui ne lâche pas un élève très déconcentré pendant que les autres travaillent dans le calme, vient renforcer cette impression d’une école qui va bien. On sent qu’elle bouillonne, mais pourtant elle gère ce moment sans aucun accro. C’est beau et touchant, mais est-ce vraiment la réalité ? On sent que Claire Simon se place du côté de l’optimisme quand elle filme tous ces enfants chantant Diamonds de Rihanna avec un enthousiasme revigorant. Un seul récalcitrant ? Aucun problème, il est placé devant et on le somme de sourire. Claire Simon a déjà filmé le milieu éducatif à de nombreuses reprises : Récréations (1993), Le concours (2016), et Premières solitudes (2018)

Ce serait simpliste de ne réduire Apprendre qu’à cet optimisme : le documentaire, en prise avec le réel, sans commentaire ni discours d’élèves ou d’enseignants, est une immersion dans le quotidien d’une école. On y retrouve les scènes d’apprentissage, les doutes, les difficultés de chacun. On y entraperçoit la violence, les remontrances et les conflits. Mieux, on y débat sur la religion, la confiance en soi… On s’y dessine pour mieux apprendre à se connaître. Bref, l’école est filmée comme celle qui confronte, qui rassemble et qui construit. La relation avec l’enseignant est au centre, sa voix accompagne les visages des élèves, leurs réponses, leurs questionnements. Claire Simon filme à hauteur d’enfants et ne lâche jamais ses petits sujets, elle sait lesquels ont une histoire à raconter, à livrer : un regard, une fantaisie, un geste. Un moment en apparence de tension et comment il est vécu en temps réel. Apprendre est au cœur de l’éducation, c’est un sujet de tous les instants, car même au cœur de ses nombreuses polémiques, l’école ne devrait avoir que cette vocation : transmettre un maximum et par tous les moyens et surtout apprendre à tous. Disons-le quand même : pour réussir ce projet inclusif, l’école a besoin de moyens, de personnels accompagnés et formés, de classes non surchargées et d’un espace serein pour débattre et faire débattre. L’école française est encore très clivée, il n’y a qu’à voir la rencontre entre l’école alsacienne et sa classe CHAM (une classe dédiée ici à la musique à haut niveau) et les petits élèves d’une primaire de banlieue, un monde semble les séparer. On y retrouve l’obsession d’un élève à vouloir connaître la religion d’un autre qui ne comprend pas d’où vient cette obsession. La rencontre est bénéfique mais elle révèle une faille : les élèves doivent jouer tous ensemble, la cacophonie se fait entendre quand soudain on demande aux élèves de l’école élémentaire Makarenko d’arrêter de jouer pour profiter de la musique jouée par celle et ceux qui savent. Certes, l’intention est louable, mais l’exécution un poil excluante.

Le documentaire de Claire Simon semble donc rester en surface –  même s’il est un beau geste – des véritables questionnements de l’école tels qu’ils se posent avec urgence aujourd’hui. Claire Simon se pose ailleurs : le spectateur a tout à découvrir, du côté des sensations, des ressentis, des émotions à fleur de peau. Ce qui bouleverse c’est la manière dont cette école prend le temps d’écouter ses élèves, de les faire parler entre eux, le débat sur la religion, au cœur du film et autour d’un extrait du Tour du monde en 80 jours, est une école de tolérance : on y voit les enfants en pleine effervescence débattre et essayer de se comprendre. Ils se débattent avec leurs sentiments, leur histoire familiale et ce qu’ils ont appris à l’école... les voilà faisant des choix cruciaux, sans céder à la violence.  Espérons que la vitalité d’Apprendre soit un signe que c’est possible, que de ses maux l’école peut se relever par la force du collectif et d’un apprentissage qui dépasse les barrières de la simple scolarité pour aborder le monde de demain : « On est au cœur du social et de sa construction. Il s’agit du lieu où les enfants comprennent qu’ils ont une place à la fois individuelle et collective; ils ont une idée très forte de ce qu’est un groupe, donc de la société. ».

Apprendre : Bande annonce

Apprendre : Fiche technique

Synopsis : Apprendre, lever le doigt, ne pas se tromper. Avoir envie que la maîtresse ou le maître nous dise : c’est bien ! Savoir lire, écrire, compter, c’est pas toujours facile … Apprendre aux enfants, détecter dans leurs yeux ce qui coince, les encourager, les aider. Les faire lire, chanter… Apprendre à se parler dans la cour plutôt que de se battre. Apprendre, cela se passe dans une école élémentaire de la République dans une ville de la banlieue parisienne.

Réalisation : Claire Simon
Photographie : Claire Simon
Montage : Luc Forveille
Production : Les films Hatari
Distribution : Condor Distribution
Genre : Documentaire
Durée : 1h45
Date de sortie : 29 janvier 2025

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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