Un métier sérieux : des solidarités et des solitudes

Comment faire prendre conscience avec justesse et sensibilité des difficultés et enjeux du métier de professeur, sans tomber dans les clichés ou les exagérations d’époque ?  Comment filmer un sujet inflammable avec mesure et discernement, sans excès d’apologie des profs ou fausse bonne démagogie qui adulerait la place des élèves ?

C’est ce défi que se donne Thomas Lilti dans son nouvel opus, le bien nommé Un métier sérieux : se placer à la bonne distance, dotée d’empathie et de franchise. Ne pas se positionner en tant que sociologue mais en tant qu’observateur, à la fois dedans et extérieur.

Les attendus du projet du réalisateur-médecin-humaniste sont cernés par son titre sérieux et précis.

Car c’est bien la nature de ce qui se joue dans ce métier de pédagogue, et comment on enseigne, qui sont les enjeux du film. Porté par des acteurs tous plus attachants les uns que les autres, tentant d’être drôles tout en n’esquivant pas la mélancolie, Lilti plonge le spectateur dans le quotidien d’un collège de banlieue, s’intéressant davantage aux cohésions et entraides entre professeurs qu’aux liens entre ces derniers et leurs élèves.

Tiraillé entre l’ultra-réaliste et ravageant Entre les murs de Laurent Cantet, et le subversif et oppressant La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld, ce Métier sérieux joue la carte de l’équilibre, prenant à bras le corps les failles du système et les impuissances du grand corps de l’éducation nationale, mais sans chercher à démolir ou fustiger cette réalité.

Lilti cherche plutôt toujours la parole de conciliation, l’empathie réconciliatrice des collègues. La valeur de son cinéma réside dans cette énergie bienveillante du groupe, ici la troupe de profs qui constitue le tissu social fondamental de nos sociétés. Le réalisateur ne se situe ni dans le réquisitoire, ni dans la charge d’assaut. 

Sa mise en scène épouse avec une fluidité sereine les difficultés rencontrées et une recherche de l’amitié régénératrice comme vertu primordiale pour exercer ce métier, quelles qu’en soient les fractures.  Le métier de prof selon Lilti est une embarcation précaire et résistante d’hommes et de femmes dévoués, blessés, fragiles et forts, ne capitulant jamais. Ce sont des vulnérables mais pas des capitulateurs.

C’est l’humanité réjouissante de ce film, c’en est aussi la limite. Un métier sérieux ne se heurte jamais ou fait un pas de côté face à des situations-limites. Une très belle scène avec Louise Bourgoin où elle pète les plombs en classe aurait pu être approfondie ou renverser le bel équilibre préservé.

Or ce n’est pas le projet de Lilti. On ressort le sourire aux lèvres, conscient de l’effort collectif de ce métier dont le psychanalyste Jacques Lacan disait qu’il est impossible, mais aussi frustré d’un film trop mesuré et sage, en deçà de la réalité d’un métier plus du tout pris au sérieux !

Bande-annonce – Un métier sérieux

Fiche technique – Un métier sérieux

De Thomas Lilti
Avec Vincent Lacoste, François Cluzet, Adèle Exarchopoulos
Date de sortie : 13 septembre 2023

Durée : 1h 41min /

Genres : comédie dramatique
Distributeur : Le Pacte

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.