Companion : Deus Sex Machina

À peine réchappée de l’excellent Heretic dans lequel elle faisait face à un Hugh Grant délicieusement cabotin, Sophie Thatcher persiste et signe dans le genre « horrifique » avec Companion. Où comment la voir filer un parfait (?) amour avec Jake Quaid (The Boys) au détour d’un week-end pour le moins sanglant dans ce qui s’apparente ni plus ni moins qu’à un croisement entre une rom-com des années 2000 et le meilleur de Black Mirror.

Car oui, quiconque aura posé ses yeux sur la bande-annonce (ou à fortiori l’affiche) comprendra aisément que l’héroïne jouée par Sophie Thatcher a autant d’humain en elle que Donald Trump n’a d’empathie en lui. C’est un sexbot, ou comme le dirait si bien l’un des personnages masculins du film « un robot de soutien émotionnel qui baise », entraînée malgré elle dans une relation à sens unique où elle n’existe que pour plaire à son « utilisateur ». Et pourtant, dès l’entame du film, celle-ci n’est pas au fait de sa condition. Elle se remémore via des « souvenirs » sirupeux à l’excès sa rencontre avec son homme et comment le contenter lui et son apparente bonhommie semble être aussi vital que respirer. Et ça n’est pas l’apparente luminosité de l’ensemble ou la bienveillance du début qui nous permette à nous spectateurs et spectatrices d’y voir plus clair. Dès lors, saper LA révélation de la sorte (dans la bande-annonce notamment) pourrait passer comme un souci d’écriture (ce qui est légion en ce qui concerne les premiers films) mais étonnamment pas ici car le réalisateur Drew Hancock a une autre idée derrière la tete. Et cette idée, au-delà de la jouer technophobe comme la série susmentionnée, est à aller chercher derrière le jeu des apparences et le vernis de la soi-disante humanité que les personnes de chair et de sang pensent avoir en plus par rapport à leur homologue cybernétique. Puisqu’ici, les mécanismes de domination qu’utilise son copain/utilisateur contre elle ressemblent un peu trop à de véritables injonctions que les femmes subissent au quotidien : ne pas trop parler et afficher son intellect, auto-alimenter une rivalité avec ses congénères et accepter docilement le mépris que ce dernier affiche envers elle. De facto, sa nature de robot importe peu puisqu’à la place d’un énième pensum sur les dangers de la technologie, on se retrouve avec un charge nettement plus intéressante contre les incels et la masculinité toxique.

L’Homme est un loup pour l’homme…

La technologie ne devenant alors qu’un prétexte à l’histoire, le combat mené par notre héroïne pour retrouver son libre arbitre et somme toute sa liberté apparaissent comme un récit d’émancipation somme toute classique certes mais surtout terriblement contemporain. Il suffit de regarder le comportement de l’utilisateur, Jake Quaid, qui excelle dans le rôle de ce good guy autoproclamé et dont le rêve de compagne ultra docile et robotique ne fait que décomplexer chez lui des travers misogynes bien présents qui auraient fini par émerger tôt ou tard ; pour comprendre que c’est lui le pire dans l’histoire. Dès lors, sa chasse par l’androïde/Terminatrice Sophie Thatcher a un coté grisant et qu’on se le dise presque salvateur pour quiconque a jamais réussi à s’extirper d’une relation toxique et souhaité le pire pour son ex-moitié. La violence qui en découle, forcément exagérée et qu’on se le dise très assumée, apparait autant comme un reflet de notre siècle dopé à la banalisation des actes de la sorte, que comme un acte quasi subversif.  Las, c’est sans doute sur ce dernier point que le film pêche par endroits, tant derrière sa durée paradoxalement appréciable, il se pense à l’abri de quelconque critique vu sa contemporanéité. Pourtant, quiconque réalise un film dans l’air du temps ne peut se prévaloir de la facilité inhérente à ce choix et ne peut donc qu’assister en somme à une critique somme toute adéquate ici : c’est con(venu). Mais parfois, aller à l’essentiel, ça a du bon. Un peu comme ici. Juste que ça aurait pu être mieux.

Si l’on aurait sans doute davantage apprécié que le film soit plus confiant dans ses choix (la plupart des personnages passant leur temps à expliquer leurs actions), reste que Companion est suffisamment solide et surtout nanti d’une durée appréciable pour qu’on apprécie ce jeu de massacre shooté à la sauce cybernétique.

Companion : Bande-annonce 

Synopsis :  Une sortie entre deux couples d’amis le week-end dans une propriété reculée le long d’un lac bascule dans le chaos et la violence, lorsque Iris découvre le terrible secret : elle est le robot sexuel de son compagnon.

Companion : Fiche technique

Réalisation et scénario : Drew Hancock
Casting : Jake Quaid, Sophie Thatcher, Lukas Gage, Mena Suri, Rupert Friend
Décors : Kendall Anderson
Costumes : Vanessa Porter
Photographie : Eli Born
Montage : Brett W Bachman et Josh Ethier
Production : New Line Cinema, BoulderLight Pictures et J.D Lishfitz
Distribution : Warner Bros Pictures
Budget : 10.000.000
Durée : 97 minutes
Date de sortie : 29 Janvier 2025
Etats-Unis – 2025

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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