« Maison Blanche » : plongée dans les arcanes du pouvoir

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden (Delcourt) est une œuvre graphique qui s’apparente davantage à un reportage-témoignage sur les arrière-cuisines du pouvoir américain qu’à une fiction traditionnelle. Avec Jérôme Cartillier, ancien correspondant de l’AFP à Washington, comme guide, les lecteurs pénètrent au cœur de l’une des institutions politiques les plus observées au monde.

L’ouvrage explore les spécificités des présidents Obama, Trump et Biden, notamment vis-à-vis de la presse, mais aussi l’histoire de la Maison Blanche et les différentes institutions américaines, tout en rapportant une myriade d’anecdotes qui en disent long sur la présidence moderne. 

Dans l’imaginaire collectif, la Maison Blanche incarne le pouvoir politique et symbolise la démocratie américaine. Chaque recoin, des bureaux à la mythique salle de presse, en passant par la Situation Room, a une signification qui dépasse le simple cadre fonctionnel. Les auteurs n’omettent pas de mentionner des éléments insolites de l’histoire de ce bâtiment, tel qu’une ancienne piscine enfouie sous la salle de presse, rappelant ainsi que ce lieu, à la fois solennel et historique, a évolué au fil du temps et des pratiques.

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden nous rappelle que la Maison Blanche constitue une scène où s’exerce le pouvoir et s’expriment les rapports entre les présidents et leurs équipes, une arène où la West Wing fait figure de pointe avancée. De Nixon, qui n’appréciait pas le Bureau ovale, à Obama, qui s’est échappé pour une promenade impromptue jusqu’au Starbucks du coin, chaque président y a laissé ses singularités.

Trois présidents, trois styles de communication

L’un des aspects les plus fascinants de cet ouvrage réside dans la comparaison des différents styles de communication des présidents récents, que les auteurs ont pu côtoyer. Barack Obama entretenait une distance calculée avec les médias, préférant une approche rationnelle et contrôlée. À l’inverse, Donald Trump, connu pour ses relations explosives avec la presse, usait de l’excès et de la provocation, notamment à travers les réseaux sociaux. Son attrait pour les émissions télévisées est également documenté dans le livre, renforçant l’idée que Trump percevait la présidence comme un spectacle médiatique.

Joe Biden, enfin, est décrit comme un président plus proche, plus accessible, contrairement à ses prédécesseurs immédiats. Il n’hésitait pas à venir saluer la presse et échanger quelques bons mots avec elle. Le livre consacre de nombreuses pages à ce rapport aux médias, mettant en lumière à quel point ces relations influencent l’image publique des présidents et, par ricochet, la perception internationale des États-Unis.

Les institutions américaines sous un autre jour

Outre la Maison Blanche elle-même, les auteurs mettent en lumière le rôle des institutions américaines telles que le Congrès et la Cour suprême. Ces entités, parfois perçues pour nous comme plus lointaines et abstraites, deviennent ici des acteurs à part entière dans la mécanique du pouvoir. En principe, aucun budget ni aucune guerre ne peuvent être décidés sans l’aval des Parlementaires américains, et les juges de la CS ont un pouvoir décisionnel propre à censurer à peu près n’importe quelle loi. C’est cette articulation complexe entre les différents organes du pouvoir qui permet aux lecteurs de mieux comprendre la spécificité de la démocratie américaine et ses enjeux.

Une partie non négligeable de l’ouvrage s’intéresse par ailleurs à la manière dont les campagnes présidentielles sont financées et organisées. Des levées de fonds aux plus généreux donateurs récompensés par des postes d’ambassadeurs, les rouages de la politique américaine apparaissent dans toute leur complexité. En évoquant la défaite de Hillary Clinton face à Donald Trump en 2016, les auteurs reviennent sur un moment charnière de l’histoire politique récente, qui permet de comprendre comment un candidat majoritaire en voix peut néanmoins perdre une élection.

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden se veut ainsi une véritable enquête sur les dessous de la politique. Et quand le pouvoir change de mains, les Présidents laissent une lettre personnelle à leur successeur, tandis que certains y vont de leurs petites facéties : ainsi, avant l’arrivée de George W. Bush, la touche « W » a mystérieusement disparu de certains claviers d’ordinateurs…

Grâce à l’expertise de Jérôme Cartillier, témoin direct des événements relatés, cet ouvrage offre une perspective unique sur les trois derniers présidents américains, leurs relations avec les médias et les dynamiques institutionnelles en jeu. Les anecdotes et les détails fournis, qu’il s’agisse des promenades d’Obama en Angleterre ou des fameuses « vérités alternatives » de Kellyanne Conway, offrent une appréhension plus fine des logiques du pouvoir. 

Maison Blanche : En coulisses avec Obama, Trump et Biden, Jérôme Cartillier, Karim Lebhour et Aude Massot
Delcourt, septembre 2024, 128 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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