« Grossir le ciel » : rouge campagne

Roman graphique de Franck Bouysse et Borris, Grossir le ciel paraît aux éditions Delcourt. Les auteurs y dressent un tableau désabusé, peuplé de personnages ambigus, en pleine ruralité française, à travers l’histoire de Gus, un paysan solitaire, et de son voisin Abel. 

L’intrigue de Grossir le ciel, tiré du roman éponyme, se déploie dans un cadre rural particulièrement austère, que Borris accentue par des nuances de noir, blanc et rouge, témoins d’une environnement presque sépulcral, d’où l’espoir semble s’être évaporé depuis longtemps.

Les Doges, lieu-dit reculé des Cévennes, voient Gus, un paysan entre deux âges, vaquer à ses occupations agricoles, en compagnie de son chien Mars, son seul véritable ami. L’homme mène une vie sans artifice ni attache. Un jour vient chasser l’autre sans que rien ne puisse a priori les distinguer. Jusqu’à ce qu’un coup de feu et quelques événements étranges ne poussent Gus à soupçonner Abel, son voisin direct, d’avoir quelque chose à cacher…

À partir de là va s’instaurer un climat de suspicion et de paranoïa. Enveloppant rapidement tout le récit, il va constituer un personnage à part entière. L’histoire personnelle de Gus conduit d’ailleurs à l’alimenter. On apprend ainsi qu’il a été élevé par un père alcoolique et violent, qui s’en prenait volontiers à sa femme, laquelle a fini par se venger et se suicider. Gus ne semble avoir conservé de son enfance que des souvenirs douloureux, peu rassurants sur le genre humain et probablement pas tout à fait étrangers à l’enchaînement des événements…

Grossir le ciel est taiseux, souvent contemplatif, et les auteurs y cultivent un suspense constant, où chaque élément, des coups de feu aux pas dans la neige en passant par des clefs de voiture retrouvées, contribue à une montée en tension qui va crescendo. Franck Bouysse est cependant coutumier des fausses pistes et – sans en éventer la teneur – on peut le gratifier d’un sens éprouvé de la tragédie. 

Au portrait d’un homme solitaire et désenchanté, aux blessures familiales et personnelles, s’ajoute donc un environnement hostile, à plusieurs niveaux. Franck Bouysse et Borris radiographient une forme de désespoir rural dans lequel se fondent les âmes tourmentées de leurs personnages, unis dans une entropie dysfonctionnelle et finalement mortifère. C’est diablement efficace et véritablement glaçant.  

Grossir le ciel, Franck Bouysse et Borris
Delcourt, septembre 2024, 120 pages 

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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