“Danse avec le diable” : tout a commencé par une danse sur TikTok

Netflix a encore frappé avec une série documentaire qui dévoile la descente aux enfers de danseurs et influenceurs TikTok. Au-delà des apparences, nous plongeons dans les dessous d’une industrie cachée et manipulatrice, diablement orchestrée par l’entreprise de gestion de talents The 7M Films et surtout par l’homme derrière tout ça : Robert Shinn.

La série documentaire est divisée en trois parties où nous suivons le témoignage de la famille Wilking. Tout part d’un rêve d’enfant des sœurs Wilking passionnées de danse depuis toujours : c’est définitivement ancré en elles, elles en feront leur métier.

Pour y arriver, elles décident de danser ensemble et de se lancer sur les réseaux sociaux sous le nom des Wilking Sisters : un succès qui prend rapidement de l’ampleur mais qui ne suffit visiblement pas à une des deux sœurs : Miranda. Cette dernière finit par prendre un autre chemin vers ce qu’elle pense être le succès. C’est à partir de ce moment-là que le rêve vire au cauchemar pour toute la famille Wilking.

En 2021, c’est le coup de grâce. Les deux sœurs arrêtent de produire des vidéos ensemble et Miranda quitte définitivement le nid familial pour intégrer un collectif de danseurs pour les 7M Films, une entreprise de gestion de talents située à Los Angeles. Le nouveau chemin que prend Miranda semble donc anodin et innocent aux premiers abords, mais cela va vite prendre un autre tournant. En effet, on apprend très rapidement que 7M Films est en fait rattaché à une église chrétienne Shekinah Church International, dirigée par Robert Shinn. Ce dernier se présente lui-même comme “homme de Dieu” et affirme que lui seul peut sauver ses adeptes de l’enfer, si et seulement s’ils acceptent de couper les ponts avec leur entourage.

Contre toute attente, Miranda, après quelques mois dans cette organisation et sous l’influence de son gourou, a coupé les ponts avec sa famille pour se consacrer entièrement à la danse et à sa nouvelle famille : les danseurs de 7M.

Danse avec le diable est une série documentaire touchante, troublante et originale. Touchante, car on suit le parcours d’une famille éclatée en mille morceaux, qui, par le biais d’une série documentaire, essaie de retrouver tant bien que mal, leur fille. Touchante aussi, car nous suivons le témoignage d’autres rescapés qui nous partagent leur combat au quotidien. Troublante, car l’affaire est encore en cours et que la famille Wilking cherche encore aujourd’hui à renouer contact avec Miranda, et surtout, car le collectif de danseurs performent toujours sur place. Originale, par le sujet en lui-même qui part d’une simple histoire de danseurs TikTok qu’on voit tous les jours lorsqu’on scrolle sur son téléphone et qui tourne très vite en sujet plus dramatique.

Tous ces éléments donnent un ton particulier à cette série documentaire. Certains danseurs ont décidé de rester, d’autres de partir. Certains témoignages, à vif, sont touchants comme le témoignage de Pryscilla Lee, membre de Shekinah qui est restée plus de 25 ans de sa vie dans cette organisation.

Une action en justice a fini par être engagée contre 7M Films et Robert Shinn pour manipulation émotionnelle, extorcation d’argent et harcèlement sexuel. Mais à ce jour, son activité continue et Robert Shinn n’a pas été condamné. Pour ce qui est de Miranda, elle a décidé de prendre la parole sur les réseaux sociaux pour exprimer sa déception envers sa famille pour avoir créé son documentaire sans son consentement… affaire à suivre.

Bande annonce – Danse avec le diable : une secte sur TikTok ?

Fiche technique – Danse avec le diable : une secte sur TikTok ?

Titre original : Dancing for the Devil: The 7M TikTok Cult
Diffuseur : CNN
Genre : Documentaire
Première diffusion (France) : 29 mai 2024 (Netflix)
Première diffusion (États-Unis) : 29 mai 2024 (Netflix)
Pays d’origine : États-Unis
Statut : Terminée
Nombre de saisons : 1
Durée : 58 min
Synopsis : Comment de jeunes aspirants danseurs, stars des réseaux sociaux, sont entrés au sein du culte 7M et sous l’emprise de Robert Shinn.

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.