Les Trois fantastiques de Michaël Dichter: l’amitié plus forte que tout ?

3.5

Les Trois fantastiques est le premier long métrage de Michaël Dichter. Tourné dans les Ardennes (près de Sedan), magnifique décor que le réalisateur rend vivant, le film se démarque par une urgence permanente car tout touche à sa fin : année scolaire, insouciance, amitié. Les Trois fantastiques est habité par la question de l’abandon, de la perte avec pourtant une rage qui sommeille. Une histoire de liens fraternels et amicaux qui se font et se défont, de cabane dans les arbres aussi, de vie rêvée et de rêves brisés.

Une usine en train de fermer, des adultes quasi inexistants, le soleil, trois gamins et des vélos. Soudain, le retour d’un frère qui vient bouleverser un trop fragile équilibre. Voici la toile de fond de ce très beau premier film de Michaël Dichter. Au milieu de ce chaos, un rêve de colo, un rêve d’argent donc, et un plus grand qui veut faire mal (un « harceleur » contre lequel les gamins ne veulent pas plier, contrairement aux adultes face au système). Tout ces ingrédients se mélangent pour construire un film d’adolescence qui va autant voir du côté des Goonies que de Stand by me (références revendiquées par le réalisateur). Les Trois fantastiques est aussi un film au réalisme pur qui prend un village en pleine désindustrialisation pour décor. On se balade autant au bord de l’eau qu’au cœur des pavillons gris. En fond sonore, les cris d’une lutte qui s’essouffle et les quelques indices qui prouvent que c’est déjà terminé. Max est le héros de cette histoire, il entraîne ses deux meilleurs copains avec lui dans sa quête, perdu dans l’admiration qu’il porte à un grand frère tout juste sorti de prison. Il n’y a qu’à le voir détailler tous les objets et autres traces de lui qu’il n’a pas déplacés depuis son départ. A son retour, plus rien ne peut être comme avant pourtant. Alors Max tente de réparer, d’éloigner son frère des emmerdes, et l’y plonge tout droit, malgré lui. Après c’est l’engrenage. Max est dans un conflit de loyauté et le « nakama » (l’équivalent de la camaraderie en japonais) qu’il affiche fièrement sur les murs de sa chambre, ce lien d’amitié plus fort que tout, croit-il. Son frère n’est pas de cet avis et lui oppose la suprématie de la famille.

D’abord film d’amitié adolescente très solaire, souvent drôle, Les Trois fantastiques pénètre dans un tourbillon sans fin où chaque décision en entraîne une autre, et où les conséquences s’enchaînent en cascade. On croit d’emblée à ce trio de garçons tout juste à la lisière de l’enfance, ils se retrouvent encore dans une cabane au fond des bois. L’alchimie entre les trois acteurs est remarquable ainsi que les dialogues, très fluides,  qui nous embarquent au cœur de leur quotidien, et surtout de leurs désillusions. « Ces adolescents n’ont pas la même façon de parler que moi. Je leur demandais souvent : comment toi tu le dirais ? J’enregistrais tout et, au fur à mesure, je réécrivais puis je leur envoyais une nouvelle version du scénario. La version finale est une version qu’ils ont quasiment écrite, pour ce qui est des dialogues » (voir dossier de presse du film). Tout glisse soudain de la parole aux regards qui en disent long. Autour de ce trio, Emmanuelle Bercot et Raphaël Quenard apportent la tension nécessaire au récit. La mère dans tout ce qu’elle contient de résignation et le frère dans tout ce qu’il transmet de rage et d’humanité brisée. Tous les interprètes, et surtout les plus jeunes, sont impeccables, chaque personnage se démarque et existe à l’écran, jusque dans son intériorité.

Michaël Dichter, avec sa musique omniprésente (trop ?), sa manière entière de filmer les petits détails qui font l’amitié, nous fait entrer dans son récit qui va crescendo, jusqu’à nous faire regretter les premières images, derniers vestiges d’un eldorado bientôt disparu. On pense à des séries comme Skam où le groupe soudé paraît si réel à l’écran. Après, tout se déroule comme dans une tragédie grecque (d’où des personnages adultes un poil trop schématiques) dans laquelle le spectateur est happé et comme pris au piège.

Les Trois fantastiques : Fiche technique

Synopsis : Max, Vivian et Tom, 13 ans, sont inséparables. Ce début d’été est plein de bouleversements : la dernière usine de leur petite ville des Ardennes ferme tandis que Seb, le grand frère de Max, sort de prison. Ses combines vont peu à peu entraîner les trois adolescents dans une chute qui paraît inéluctable…

Réalisation : Michaël Dichter
Scénario : Michaël Dichter, Mathias Gavarry
Interprètes : Diego Murgia, Emmanuelle Bercot, Raphaël Quenard, Jean Devie, Benjamin Tellier, Maxime Bailleul
Photographie : Maxime Cointe
Montage : Sarah Ternat
Production :Rectangle Productions, Les Films Norfolk
Distribution : Zinc Film
Date de sortie : 15 mai 2024
Durée : 1h35
Genre : Drame

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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