Monkey Man : il faut parfois apprendre à un singe à faire la grimace…

La genèse et la distribution du film laissaient présager une petite bombe. Eh bien c’est plutôt à un petit pétard mouillé qu’on a affaire ici. Se positionnant comme le nouveau John Wick (oui, encore…), ce premier film de l’acteur Dev Patel compile beaucoup des défauts récurrents des premières œuvres sans jamais atteindre la maestria de son modèle déclaré. On est face à un script à la fois linéaire et basique composé de vengeance incarné par des bastons auquel on insère une tonne de sujets et thématiques survolés pour un ensemble fouillis et inabouti. Et si quelques fulgurances visuelles se dessinent parfois et que le contexte de Mumbai se révèle (un peu) dépaysant et exotique on ne peut que pester devant le peu de séquences d’actions qui soient mémorables (il n’y en que deux sur deux heures et elles n’ont rien de révolutionnaire). Pas totalement déplaisant mais le typique film bien trop buzzé qui s’apparente à une arnaque.

Synopsis : Un jeune homme gagne péniblement sa vie dans un club de combat clandestin où, nuit après nuit, en portant un masque de gorille, il est battu à sang par des combattants plus populaires en échange d’argent. Après des années de rage refoulée, il découvre un moyen de s’infiltrer dans l’enclave de l’élite sinistre de la ville. Alors que son traumatisme d’enfance déborde, ses mains mystérieusement cicatrisées déclenchent une campagne explosive de représailles pour régler ses comptes avec les hommes qui lui ont tout pris.

À l’origine, Monkey Man avait été acheté par Netflix il y a deux ou trois ans. Sauf que le film est resté dans les cartons de la firme durant un laps de temps assez long sans aucune annonce quelconque de diffusion. Visiblement, certains aspects politiques du long-métrage pouvaient froisser les esprits en Inde, ce qui aurait refroidi la firme. Entre temps, la bête aurait tapé dans l’œil du réalisateur et producteur Jordan Peele (Get Out, Us, …) qui l’a racheté et permis sa distribution à l’international. Vendu comme un John Wick à Mumbai, le premier film de l’acteur indien Dev Patel (Slumdog Millionaire) se dotait d’un buzz plutôt flatteur. Malheureusement, on est très loin du modèle et même de ses nombreux succédanés.

Un personnage solitaire, une vengeance et des combats en veux-tu en voilà… On connaît la chanson depuis une décennie et la saga mythique et au succès grandissant porté par Keanu Reeves. Niveau action, elle est devenue le mètre étalon du genre à l’international même si on a tendance à oublier les nombreuses productions asiatiques tout aussi impressionnantes et innovantes en la matière, et sorties avant. Depuis, entre les versants féminins et les copies plus ou moins assumées, on a eu droit à beaucoup de films tentant de singer cette recette. Et Monkey Man en fait partie. Sa seule originalité étant de situer l’action à Mumbai en Inde avec ce que cela implique de composantes culturelles différentes et de décors moins vus dans le genre.

Sauf qu’hormis cela, le premier essai de Dev Patel derrière la caméra n’a pas grand-chose à offrir. Oui le contexte est assez bien optimisé et on a droit à quelques idées de mise en scène. Celles-ci se reflètent aussi bien sur le pur versant formel (les jeux d’ombres et certains plans éclairés aux néons qui rappellent le cinéma de Nicolas Windig Refn) que dans la chorégraphie des combats (la scène du couteau dans l’ascenseur ou celle de la hache dans le bordel). L’accompagnement musical, que ce soit certaines notes lorgnant sur le thème principal de Top Gun ou simplement le choix des musiques, est également pertinent et bien choisi. On peut également dire que Patel assure dans le rôle principal, d’ailleurs peut-être plus que derrière la caméra. Mais si ce n’est ces quelques points validés, rien que du très classique dans ce film d’action. Et parfois même du raté malgré des ambitions et des intentions que l’on sent sincères.

Si on n’a pas été au cinéma pour voir ce genre de film depuis quelques années, on pourrait, avec un peu d’indulgence, être tolérant devant ce petit frère hindou de John Wick. Le personnage iconique du Baba Yaga est d’ailleurs cité dans Monkey Man, ne cachant jamais les velléités de cette production. Cependant, entre les versions féministes qu’elles soient sérieuses comme Atomic Blonde ou azimutée comme Bloody Milkshake, en passant par une itération tricolore coup de poing qui nous avait mis KO avec Farang, le spectateur amateur d’action a déjà été rassasié dans le domaine et il est très difficile de trouver des points originaux ou marquants et des qualités supérieures aux productions citées précédemment avec celle de Dev Patel. Monkey Man est en effet bourré de défauts propres aux premiers films et s’avère quelque peu maladroit souvent et indigeste parfois.

Il y a déjà un gros problème de narration et de proportion. De ne connaître les raisons des agissements du personnage principal qu’au compte-gouttes dans la seconde partie du film fait qu’on passe toute la première à se demander le but de ses actes. Conséquence logique: difficile de s’attacher et de comprendre ce jeune homme. Ensuite, Monkey Man est censé être un gros film d’action ou, en tout cas, on nous le vend comme tel. Sauf qu’il n’y a que deux séquences vraiment mouvementées sur les deux heures de film… Et la première se déroule à presque à une heure de bobine quand la seconde se révèle tout simplement être le final. Et si celle qui inaugure les hostilités fait le travail avec un rythme soutenu et des chorégraphies sympas, elle n’est pas non plus mémorable en dépit d’accès de violence sèche et généreuse. Quant au final, il n’a vraiment rien de transcendant, tant on nous fait monter la sauce pour rien. En témoigne, le combat entre les deux antagonistes principaux qui s’avère conforme à n’importe quel film d’action du samedi soir. Sachant que le but premier du spectateur s’il va voir ce film consiste à en prendre plein la vue avec des combats, il va être déçu.

Enfin, le scénario est lourd. Trop de sujets traités pour se donner un semblant de consistance derrière l’habit du simple film d’action bourrin. On parle ici d’élites sans vergogne, de trafic de femmes, d’un pays gangréné par la corruption, de spiritualité et de légendes et même d’identité de genre (!). Un programme bien trop chargé, presque indigent, pour un film comme celui-là. Surtout que tout cela est survolé et n’apporte rien au film. En outre, le sauvetage du personnage principal par cette peuplade reculée au milieu du long-métrage intervient comme un cheveu sur la soupe et frôle l’invraisemblable. Dans ces conditions et même si tout cela se laisse regarder, difficile d’adhérer totalement à ce premier film certes ambitieux et plein de bonne volonté mais au final terriblement trivial et maladroit.

Bande-annonce – Monkey Man

Fiche technique – Monkey Man

Réalisateur : Dev Patel.
Scénaristes : Dev Patel, Paul Angunawela et John Collee.
Production : Thunder Road & Netflix.
Distribution France : Universal Pictures France.
Interprétation : Dev Patel, Pitobash, Sharlto Copley, …
Durée : 2h00.
Genres : Action.
17 avril 2024 en salles.
Nationalité : USA – Inde.

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2.5

Festival

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