« La Voie Dragon » : initiation par le feu

Les éditions Glénat publient La Voie Dragon, d’Ethan Young. L’album se caractérise par une fusion d’éléments traditionnels chinois et un propos universel sur l’héritage et l’initiation vers l’âge adulte. 

Glénat prend quelques distances avec ses canons habituels et propose un album dont l’univers est profondément ancré dans le patrimoine culturel chinois. On y suit l’histoire de Sing, héritier du clan Wong, en quête du Vieux Pays, une contrée mythique jadis abandonnée par les siens, et désormais promesse de renouveau. Ce voyage, martial pour les siens, initiatique pour lui, est toutefois semé d’embûches et d’antagonisme. Pendant que les adversaires se dressent contre les siens, le jeune prince rencontre le vieux sage Ming, ambivalent, et Minuit, un chat géant au pouvoir extraordinaire.

L’épopée présente plusieurs degrés de lecture : la quête de soi et la découverte d’un monde conditionné par le passé font partie des nombreux éléments, certains féministes, intégrés dans cette histoire. Il est d’ailleurs intéressant de souligner la dimension écologique de La Voie Dragon, avec cette tribu cherchant une terre plus propice à son épanouissement, en écho à notre gestion des ressources naturelles.

Au-delà de l’aventure, qui tapisse l’ensemble du récit, La Voie Dragon initie un dialogue subtil avec l’héritage, l’altérité et la diplomatie, traités avec une sensibilité n’excluant ni réflexion ni divertissement. L’œuvre d’Ethan Young, en mettant en scène l’initiation et la découverte, nous confronte à des sujets de fond plus substantiels. Le prince Sing, que l’on cherchait initialement à protéger de toute menace, fait montre d’un courage insoupçonné et parvient à démystifier l’histoire des siens tout en instaurant la pacification entre des groupes rivaux.

Le style graphique d’Ethan Young se caractérise quant à lui par son dynamisme et ses cadrages aux inspirations cinématographiques. Les séquences d’action sont bien gérées et le voyage au cœur de cette Chine imaginaire, dans une ambiance de fin de règne, entre tradition et modernité, est plutôt convaincant, et très divertissant. La mémoire, enfin, apparaît probablement comme le trope le mieux exploité dans cet album, avec la confrontation du mythe et du récit factuel, permettant aux Wong, on l’imagine, de rebâtir sur des bases saines. 

La Voie Dragon, Ethan Young 
Glénat, mars 2024, 200 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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