Le Cercle des neiges : les revenants

Présenté en clôture de la 80e édition de la Mostra de Venise, Le Cercle des neiges jette un coup de froid sur Netflix en revenant sur la tragédie humaine qui a suivi un crash d’avion dans la cordillère des Andes en 1972. Ce que les médias ont qualifié de « miracle » ne l’est pas nécessairement pour les survivants. Moins sensationnaliste que les précédentes adaptations, cette dernière expérience survival dépeint la condition humaine et les limites de la foi avec une véracité saisissante.

Synopsis : En 1972, un avion uruguayen s’écrase en plein cœur des Andes. Les survivants ne peuvent compter que les uns sur les autres pour réchapper au crash.

Avec L’Orphelinat et Quelques minutes après minuit à son actif, Juan Antonio Bayona s’est rapidement imposé comme un artisan indispensable du cinéma espagnol. Si sa carrière n’est pas sans bavures (Jurassic World : Fallen Kingdom, Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de Pouvoir), on ne peut lui enlever un remarquable savoir-faire technique et narratif. De même, il est possible de voir en lui le prolongement de Guillermo del Toro et de Steven Spielberg, d’autres faiseurs de miracles, avec pour seule condition d’émouvoir les spectateurs. « D’abord on rêve, ensuite on cherche le sens. » Bayona ne dissimule pas le mantra (qu’il tient d’un autre réalisateur espagnol, Julio Medem) dans des promesses futiles et l’applique avec une si grande sincérité qu’elle nous agrippe en plein vol.

Seuls au monde

Retour dans la prison enneigée des Andes avec un casting beaucoup plus cohérent que celui qui compose le film de Franck Marshall, adapté du livre de Piers Paul Read, romancier choisi par les rescapés pour rapporter leur périple dans un glacier inhospitalier. C’est à présent au tour de Pablo Vierci de rendre l’ultime témoignage écrit sur les 72 jours passés dans ce lieu, aussi lumineux que le paradis mais aussi vicieux que l’enfer de Dante Alighieri. Society of the Snow, de son titre international, recueille ainsi les faits et les pensées des survivants et des morts.

C’est à Juan Antonio Bayona que l’on confie la lourde tâche de porter ces vérités à l’écran, d’où les détails minutieusement réalistes et immersifs du crash aérien ou encore d’avalanches claustrophobiques. Ce fut un véritable défi sur le plateau de The Impossible avec un tsunami vu de l’intérieur. Et c’est de nouveau le cas ici avec un récit beaucoup plus statique, mais qui présente d’autres intérêts dans la cohésion d’individus, poussés à cohabiter dans des situations extrêmes, sans vivres ni moyen de contacter les secours. Si l’anthropophagie notoire de l’événement reste dans l’inconscient collectif, le cinéaste espagnol cherche à mettre les choses au clair concernant cette pratique qui, malgré son évocation, est respectueuse des défunts. Élément pivot de l’intrigue, Bayona retranscrit astucieusement la nécessité de cette dérive de manière psychologique. Le dilemme moral est capté en courte focale sur les visages meurtris des rescapés et avec la musique de Michael Giacchino en renfort.

La lecture chronologique des événements, qui ont poussé les survivants à se rassembler autour de chaleureux poèmes improvisés, maintient l’empathie que l’on n’a pas forcément eu le temps d’apprécier dans Le territoire des loups de Joe Carnahan. La moitié du fuselage de l’avion est manquante, mais tout le monde se mobilise pour isoler cette carcasse du froid glacial qui les attend la nuit tombée. Valises et tout bout de tissu sont les bienvenus. Et dans l’attente qu’on vienne les extirper de cet antre de la folie, il s’agit bien évidemment de garder la foi, jusqu’à ce chacun arrête de tourner leur tête vers le ciel. Il ne reste plus que ces personnes dont la micro-société marche dans la même direction. Mais pour que le bon vent les ramène chez eux, chacun doit être capable de dépasser sa condition spirituelle, notamment lorsque les ventres crient famine.

Que ce soit avec Survivre (1974) ou Les Survivants (1993), le cinéma a tout mis en œuvre pour rendre hommage à l’accident du vol Fuerza Aérea Uruguaya 571. Juan Antonia Bayona livre ici une impeccable reconstitution de l’odyssée des survivants. En épousant un point de vue différent de ses prédécesseurs, il détourne cette fausse idée que l’on se fait du miracle. Les individualités ne sont pas forcément à plaindre, malgré le maigre développement des personnages, car le collectif est ce qui rassasie ce récit épique uniquement en apparence. A défaut de lancer les hostilités de 2024 sur les grands écrans, le cinéaste tire parti de ce récit qui touchera bien plus de monde sur la plateforme du N rouge. De quoi nous tenir crispés sous nos plaids encore un moment.

En attendant impatiemment l’hommage historique A sangre y fuego du même réalisateur, qui revient sur l’implosion de l’Espagne dans la guerre civile de 1936 à 1939, on se réchauffe le cœur avec Le Cercle des neiges, une ode précieuse à la résilience, à la camaraderie et à la vie.

Bande-annonce : Le Cercle des neiges

https://www.youtube.com/watch?v=vIno0SRMv5Q

Fiche technique : Le Cercle des neiges

Titre originale : La sociedad de la nieve
Réalisation : Juan Antonio Bayona
Scénario : Juan Antonio Bayona, Bernat Vilaplana, Jaime Marques, Nicolás Casariego
Photographie : Pedro Luque
Montage : Jaume Martí, Andrés Gil
Décors : Alain Bainée
Costumes : Julio Suárez
Musique originale : Michael Giacchino
Effets visuels : Félix Bergés, Pau Costa, Laura Pedro
Producteurs : Belén Atienza, Sandra Hermida, Juan Antonio Bayona
Production : Misión de Audaces Films, El Arriero Films, Netflix
Pays de production : Espagne, Uruguay, Chili
Distribution France : Netflix
Durée : 2h24
Genre : Drame
Date de sortie : 4 janvier 2024

Le Cercle des neiges : les revenants
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3.5

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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