L’art comme élément secondaire d’une œuvre : Quelques minutes après minuit, l’art thérapeutique

Juan Antonio Bayona a un don. A l’instar de son ami Guillermo Del Toro, il a la manière de mettre en scène de grandes histoires, des contes très beaux mais tragiques. Dans Quelques minutes après minuit, il ne déroge pas à la règle, puisque le film repose avant tout sur les rêves, les histoires et la mort. Poursuivons notre cycle du mois et explorons comment l’art sert ici d’élément secondaire à l’œuvre, étant le terreau fertile duquel le deuil pourra naître.

Le deuil a été représenté de bien des façons au fil des ans dans l’histoire du cinéma. A Ghost Story, Alabama Monroe, The Fountain… Tous ont leur particularité, leur empreinte, leur moteur pour illustrer le plus terrifiant des sentiments. Quelques minutes après minuit compte lui sur une approche plus innocente, plus délicate, au travers des yeux d’un enfant. Pour traverser la maladie qui hante sa mère, Conor plonge dans ses dessins, des dessins créateurs d’un imaginaire qui l’amènera à créer un ange gardien sous la forme d’un If, étrange voisin des Ents, venu à lui pour le guider dans la plus grande souffrance qu’un enfant puisse connaître.

D’une mère à son fils, l’amour de l’art s’est transmis. Cette parcelle de créativité est le lien ultime qui les unit et c’est ce qui va permettre au travers des lignes peintes, des coups de crayon et des rêves, de donner naissance à cet arbre géant, un monstre comme il y en a peu, un conteur d’histoires dont la voix n’aurait pas pu être mieux dirigée que par celle de Liam Neeson. Par ses histoires, des éléments clés apparaîtront, des morales précises et parfois difficiles en raison de sa réflexion sur le bien et le mal mais qui toutes, auront pour but d’aider le jeune Conor à accomplir la tâche qui lui est due, à savoir reconnaître son rapport au monde, sans l’être qui lui est le plus cher.

Non seulement cette ouverture d’esprit guidera le jeune homme aux travers d’histoires qui étaient autrefois celles de sa mère, mais qui plus est, déterminera leur relation à tout jamais, même au-delà de l’inconscient. Conor deviendra plus fort et plus enclin à s’ouvrir à ce qui se passe autour de lui, même quand il s’agira d’accepter que sa grand-mère devienne son nouveau foyer. Car si jusqu’à présent Conor détestait la grande Sigourney Weaver, ce n’est pas tant que celle-ci est monstrueuse, bien que c’est ce qu’il veut nous faire croire, mais plutôt l’idée que si elle est présente, c’est que sa mère ne le sera plus.

5a8dcc33856ad

Le long-métrage de Juan Antonio Bayona tient sa force dans ses récits, donnant vie à des peurs ignorées sous forme de fables en aquarelle qui interviennent brusquement et sans ménagement. L’œuvre s’en retrouve changeante et ambivalente où tout du long de l’aventure et au travers des différentes histoires de l’If, le jeune Conor potassera les vérités du monde telles que la justice ou l’égoïsme mais aussi des valeurs fondamentales pour un enfant comme la passion et l’acceptation qui à leur tour, l’aideront face à la colère, l’impuissance et aux sentiments refoulés.

Cette fresque poétique aux plaies universelles est d’une justesse incroyable. Un pèlerinage étrange au travers des fameuses étapes du deuil mais divinement mis en lumière sous sa forme la plus thérapeutique, avec comme voie de guérison : l’art.

Et puis, quoi de plus proche d’un film que l’art, que des peintures, des dessins. Après tout, comme se plaît à le dire David Lynch, les films ne sont que des peintures qui prennent vie. Quelques minutes après minuit se trouve être la parfaite corrélation entre les deux.

Bande annonce – Quelques minutes après minuit

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

Top Films 2025 : les meilleurs films selon la rédaction

En 2025, le cinéma a révélé une vitalité rare : entre gestes d’auteurs affirmés, récits intimes, propositions radicales et nouvelles voix, l’année compose un paysage foisonnant où mémoire, doute et réinvention se croisent sans cesse. À travers ce top, la rédaction du Mag du Ciné dresse un état des lieux du cinéma contemporain, entre œuvres marquantes, visions singulières et explorations formelles qui témoignent d’un art toujours en mouvement.

Ces scènes de l’imaginaire, du rêve, qui nous fascinent, nous subjuguent

Entre rêve et réalité, le cinéma nous offre des scènes suspendues qui fascinent et subjuguent. De Huit et demi à Edward aux mains d’argent, de Life of Chuck à Le Vent se lève, ce dossier explore l’imaginaire et l’onirisme des grands auteurs, où la magie des images nous émerveille et nous surprend.

Les références et clins d’œil dans Beetlejuice Beetlejuice de Tim Burton

Découvrez les nombreux clins d'œil et références cachées dans Beetlejuice Beetlejuice de Tim Burton, un hommage à ses films iconiques. Un décryptage détaillé des allusions et hommages qui ravira les fans de longue date et les nouveaux venus