Braveheart, l’épopée épique, arme fatale de Mel Gibson

Pour sa seconde réalisation, la star de L’Arme fatale et Mad Max exploite toutes les thématiques de l’épopée héroïque et sacrificielle qui caractériseront ses réalisations ultérieures. En assumant sa vision.

Acteur alors au sommet de sa notoriété, Mel Gibson se lance pour la deuxième fois dans la réalisation, donnant un film historique et épique qui suscita déjà la controverse, mais demeure une référence jusqu’à nos jours.

Une œuvre qui porte la marque de son réalisateur

Le film est essentiellement basé sur le poème épique The Actes and Deidis of the illustre and vallyeant Campioun Schir William Wallace d’Harry l’Aveugle, auteur du XVe siècle. Le poème relate l’action de William Wallace, chevalier écossais durant les guerres d’indépendance d’Écosse à la fin du XIIIe et début du XIVe siècle, évidemment avec un certain parti pris, ce qui influence évidemment l’orientation du scénario et certaines critiques qui lui sont faites. La production du film est compliquée au point de paraitre aussi épique que son sujet. Au départ sensé être uniquement acteur, Mel Gibson refuse d’abord le rôle-titre, s’estimant trop vieux, avant que Paramount Picture n’insiste pour faire le film uniquement sur le nom de Gibson ce qui fait plier ce dernier. Iron Productions, la société de production de Mel Gibson, peine en effet à trouver des investisseurs. Warner Bros accepte d’apporter des fonds à la condition que Gibson fasse un nouvel opus de l’Arme fatale ce que refuse l’acteur (ironiquement, il y aura bien un Arme fatale 4 sorti deux ans plus tard). Paramount Pictures est volontaire pour distribuer le film aux États-Unis et au Canada si la 20th Century Fox se porte comme partenaire pour les droits internationaux. Le projet traine tellement en longueur que Mel Gibson se voit remplacer dans le rôle principal du Cinquième élément de Luc Besson alors qu’il avait donné son accord de principe. L’acteur demande à Terry Gilliam de réaliser le film mais, après le refus de ce dernier, tenant personnellement au projet, il décide de le réaliser lui-même ce qui constitue son deuxième passage derrière la caméra après L’Homme sans visage. Le tournage se déroule en Écosse et en Irlande pour les scènes de bataille, notamment au studio Ardmore et au château du roi Jean à Limerick, des membres de l’armée de réserve irlandaise servant de figurants. Afin de réduire les coûts, Gibson réutilise les mêmes figurants (1600 en tout) pour figurer les combattants des différentes armées. La musique est dirigée et composée par James Horner qui accède peu après à la postérité avec la musique de Titanic de James Cameron. Il est à noter que l’acteur Angus McFayden, interprète du roi Robert Ier dans le film, reprend ce rôle en 2019 dans Robert The Bruce de Richard Gray.

Le film porte la patte de Mel Gibson réalisateur, que ce soit dans son souffle épique, son utilisation des paysages, son goût prononcé pour l’esthétisation de la violence et l’héroïsme exacerbé de ses héros. L’importance des combattants irlandais dans l’histoire et l’ambiance celtique sont dues aux origines irlandaises de Gibson. Il s’agit donc bien d’un film personnel.

Sorti en mai 1995 aux États-Unis et en octobre en France, le film obtient un certain succès commercial, remportant 210 millions de dollars pour 72 millions de budget, devenant le 12e plus grand succès du cinéma de l’année. Nominé pour dix Oscars, il en remporte cinq (dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur) ainsi qu’un Golden Globe et trois BAFTA Awards. Assez vite devenu une référence, le film relance aussi fortement l’intérêt pour l’histoire médiévale de l’Écosse et suscite une affluence touristique sur les lieux du tournage en Écosse et en Irlande, inspirant même une convention Braveheart à Stirling en 1997. C’est donc un succès indéniable pour Mel Gibson mais aussi un objet de fortes controverses, et peut-être le début d’une rupture entre l’acteur-réalisateur et l’industrie hollywoodienne.

Un réalisateur lié à la polémique

D’emblée, il est fortement reproché au film son extrême violence, que ce soit dans les scènes de bataille ou les tortures finales de Wallace. Un reproche qui sera également fait, de manière encore plus virulente, envers ses films suivants, La Passion du Christ et Apocalypto. Mais beaucoup de critiques sont aussi adressées au manque de véracité historique du film, chose assez commune pour un film historique mais avec cette fois un ton polémique assez rude. En particulier, la bataille de Stirling (1297) ressemble peu à la vraie bataille qui eut lieu sur un pont (absent du film et remplacé par une plaine) et s’apparente davantage à celle de Bannockburn (1314) ; Wallace n’a jamais rencontré la reine Isabelle (interprétée par Sophie Marceau dans son premier rôle américain), les Écossais ne portaient pas de kilts à cette époque (apparus au XVIe siècle) et le droit de cuissage n’a probablement jamais existé dans ce contexte, ni au Moyen-Age. De plus, d’une manière générale, le film est accusé d’être anglophobe de par son parti pris et sa présentation des Anglais. Ce faisant, il anticipe de peu une petite mode des années 2000 avec des films comme The Patriot de Roland Emmerich ou Le vent se lève de Ken Loach.

D’une manière générale, Mel Gibson assume ces reproches concernant les anachronismes, évoquant notamment les nécessités de dramatisation et d’héroïsation de son personnage principal. On sent nettement cette volonté de faire de William Wallace un héro tragique et même un martyr, la scène finale de torture et d’exécution ne laissant guère de doute à ce sujet. Il s’agit d’une thématique chère à son réalisateur et que l’on retrouvera dans ses films suivants avec bien sûr Jésus Christ dans La Passion du Christ, mais aussi, d’une manière différente et moins violente, Patte de Jaguar dans Apocalypto et Desmond Thomas Doss dans Tu ne tueras point. La destinée des héros gibsoniens est dramatique, douloureuse et, assez souvent, tragique. On peut également y voir un goût prononcé pour l’individualisme et la force de conviction personnelle. William Wallace est d’abord un homme seul avec quelques compagnons d’armes qui doit mobiliser un clan, puis une armée entière ainsi que des alliés. Il est également en lutte ouverte contre les institutions anglaises, de même que le Christ est persécuté par les institutions de Judée, et que Doss doit affronter les institutions militaires pour faire accepter son engagement personnel. On peut donc dire que le film résume bien les thématiques et personnages phares de l’acteur-réalisateur, et cela toujours dans une perspective de souffle épique et héroïque parfaitement assumé. Rien d’étonnant quand on sait que Gibson a déclaré avoir été inspiré par les combats individuels et héroïques du Spartacus de Stanley Kubrick ou les films de Georges Miller et Peter Weir, deux géants du cinéma australien qui l’ont dirigé à ses débuts et qui ont consacré, chacun à leur manière, la figure du héro solitaire tragique. C’est bien la principale caractéristique de sa filmographie en tant que réalisateur (ainsi qu’une bonne partie comme acteur) et on pourrait même parler de singularité alors que la notion d’héroïsme est de plus en plus battue en brèche, déjà lors de la sortie du film mais encore davantage aujourd’hui. A cela, il faut ajouter le spectaculaire et le sentiment haletant des scènes de batailles (que l’on retrouve également dans Tu ne tueras point) qui contribueront à l’accusation de violence complaisante mais qui servent parfaitement le propos du film. Mel Gibson n’a pas peur d’affronter les polémiques et les modes cinématographiques pour illustrer de véritables héros individualistes, guerriers ou non, qui conservent tout leur sérieux et toute leur dignité. Ce sérieux contraste d’ailleurs avec les quelques touches d’humour assez impromptues (et parfois potaches) qui parsèment le film dans sa première moitié. Un humour que Gibson a toujours cultivé, partageant sa filmographie d’acteur entre comédies et films d’actions ou d’aventures sérieux, et qui continuera de marquer ses réalisations, à l’exception notoire de La Passion du Christ. Quoique l’on pense de l’acteur et de l’homme, et en mettant de côté les scandales auxquels il a été mêlé, force est de reconnaitre qu’il est resté fidèle à une véritable conception du cinéma et du héro qu’il s’était forgé, et a su l’imprimer de manière poignante sur le grand écran.

Bande-annonce : Braveheart

Fiche Technique : Braveheart

Réalisation : Mel Gibson
Scénario : Randall Wallace
Avec Mel Gibson, Sophie Marceau, Catherine McCormack…
Musique : James Horner
Photographie : John Toll
Montage : Steven Rosenblum
Décors : Thomas E. Sanders
Costumes : Charles Knode
Maquillage : Peter Frampton (en)
Son : Andy Nelson
Générique : Kyle Cooper
Sociétés de production : Paramount Pictures, Icon Productions (Mel Gibson et Bruce Davey), The Ladd Company (Alan Ladd Jr.) et B.H. Finance C.V. (Stephen McEveety)
Sociétés de distribution : Paramount Pictures
4 octobre 1995 en salle / 2h 45min / Historique, Biopic, Drame

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Primetime – Tel est pris qui croyait prendre

Avec Primetime, Lance Oppenheim transforme les dérives d’une émission américaine controversée en thriller trouble et formellement radical, porté par un Robert Pattinson impressionnant.

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.