Festival de Deauville 2023 : Dogman, l’homme qui murmurait à l’oreille des chiens

Note des lecteurs0 Note
2.5

Avec les échecs commerciaux de Valérian et Anna, Luc Besson a épuisé son droit à l’erreur et était attendu au tournant. Dans Dogman, il marque son retour au cinéma en changeant de registre. La science-fiction et l’action laissent ainsi place à un drame singulier boitillant à quatre pattes, sur un fil ténu constamment prêt à lâcher. Présenté en avant-première au Festival de Deauville 2023, le film a été ovationné par le public.

Sur le tapis rouge samedi soir, on sentait l’homme tendu. Luc Besson prononce quelques paroles et rentre directement s’asseoir dans la salle avec son équipe, sans descendre sur scène pour introduire son film. Après une diffusion cet été à la Mostra de Venise, Dogman s’offre à Deauville une première présentation publique. Un moment clé pour prendre la température avant la sortie en salles prévue le 27 septembre. Luc Besson, enfin délivré de ses ennuis judiciaires et évincé de la direction d’EuropaCorp, jouait donc gros. Lorsque les dernières images de Dogman s’effacent sous une pluie d’applaudissements, le réalisateur, soulagé, verse quelques larmes.

Chienne de vie…

Douglas, alias Dogman, vit seul avec ses chiens, qu’il appelle communément « ses bébés ». Arrêté par la police, il raconte son histoire à une psychologue, Evelyn, qui l’écoute avec une certaine compassion. Douglas lui relate alors son enfance tragique. Délaissé par un père violent, un frère traître et une mère lâche, il a trouvé dans les chiens une famille de substitution. Une réalité qui fait sûrement écho à la propre jeunesse de Luc Besson, relativement ignoré par ses parents et grand amateur de chiens. A l’instar de Nikita ou d’Anna, le réalisateur choisit donc un protagoniste principal fragile, abîmé par la vie, qui essaie de s’en sortir et réalise de mauvais choix.

Cette introduction de Dogman patine un peu, mais à condition de rentrer dans le film, il est possible de se laisser prendre par son récit assez divertissant. Porté par un héros haut en couleurs, certes enfantin et au maquillage digne d’un personnage de comics, Dogman parvient juste à sauver la mise grâce au jeu stupéfiant de Caleb Landry Jones et quelques séquences canines savoureuses que l’on croque, ou non, à pleines dents. En outre, l’idée du chien comme remède ultime à la souffrance humaine, comme compagnon toujours fidèle et désinteressé, frappé du seul défaut de faire confiance à l’homme, ne peut que plaire à tous ceux qui chérissent nos amis les canidés.

Malheureusement, Dogman déçoit par sa mise en scène, aussi efficace qu’effacée, et même dans sa bande-originale, pourtant composée par le grand Eric Serra, réduite au mieux à une légère ambiance sonore. Le film n’échappe pas davantage à quelques lourdeurs, comme des scènes de maltraitance un peu excessives et des bandes de méchants caricaturées. De plus, à force de vouloir plaire à tout prix au public américain, vers lequel il recherche à tort ou à raison sa planche de salut, Luc Besson s’empêtre dans certains clichés.

A la sauce américaine

Sous l’infuence des mouvements féministes et de tolérance imprégnant le cinéma américain, Dogman met en scène un héros travesti. Certes, Douglas est présenté comme un passionné de théâtre, qui adore endosser de nouvelles identités, mais dans ce cas pourquoi adopte-t-il toujours le rôle d’une femme, sinon pour véhiculer une certaine image auprès du public ? Pour gagner sa vie, il interprète des chansons, notamment celles d’Edith Piaf, que les Etats-Unis gardent en mémoire comme le symbole français depuis la sortie de La môme en 2007. Au-delà de ces références « made for USA », le message même du film, axé sur le thème du dialogue avec Dieu et de la rédemption, s’adresse plus aux spectateurs outre-Atlantique qu’à ceux de l’hexagone.

Sans conteste, Dogman, contrairement à Lucy ou à Anna, possède une certaine âme. L’excellent documentaire 100 ans de Warner Bros., également présenté au Festival de Deauville 2023, affirme que Les aventutres du chien Rintintin, une série des années 1960, a sauvé la Warner de la faillite. Si la recette des chiens fonctionne toujours aussi bien soixantes ans plus tard, Dogman en fera-t-il autant pour Luc Besson ?

Dogman : bande-annonce

Dogman : fiche technique

Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson
Interprétation : Caleb Landry Jones (Douglas), Christopher Denham (Ackerman), Marisa Berenson, Clemens Schick (Mike), Michael Garza (Juan)…
Photographie : Colin Wandersman
Musique : Eric Serra
Producteurs : Luc Besson, Virginie Besson-Silla
Sociétés de production : LBPP, EuropaCorp
Durée : 1h53
Genre : drame
Date de sortie : 27 septembre 2023

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.