Sur la branche de Marie Garel-Weiss : à la folie

2.5

Sur la branche est le 3e long-métrage de Marie Garel Weiss et son 2e film au cinéma après La fête est finie en 2017. Déjà, les personnages étaient en marge de la société, en pleine reconstruction et ne devaient pas déformer leur vision du monde, éviter de « replonger ». Ici, les personnages tentent d’extirper la vérité à tout prix, mais ne savent plus vraiment où elle se situe réellement. Pure fantaisie, Sur la branche vaut surtout pour ses interprètes.

Synopsis : Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu’elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu’elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble ils vont tenter de défendre Christophe, un petit arnaqueur qui clame son innocence. Si Paul voit dans cette affaire un moyen de se refaire, Mimi y voit, elle, une mission, un chemin vers la justice et la vérité.

Jusqu’ici tout va bien

On pourrait croire que Mimi est fantaisiste, un peu perchée (le titre nous aide à penser ça), alors qu’elle ne cesse de répéter qu’elle a de « vrais problèmes psy ». On se laisse pourtant berner par un autre pensionnaire qui veut tuer sa mère et qui se sent « plus fou » que Mimi. Embarquement dans l’esprit de Mimi qui se rêve avocate lors d’un entretien d’embauche avec une Claire étourdie. Elle n’en veut pas au cabinet mais confie pourtant à Mimi la mission d’aller récupérer un dossier chez Paul, l’ex associé et mari qui fait pleurer les jeunes avocates.  La rencontre est improbable, là où Paul voit de la stratégie, Mimi dévoile sa fragilité. Tout aurait pu se terminer ainsi, si Mimi n’avait pas répondu à l’appel de Christophe, un voyou dont elle décèle le léger accent breton et qu’elle va embarquer sans sa soif de justice et de vérité. Ici la parole a son importance, chaque dialogue révélant un peu plus le décalage qui se crée avec une réalité classique, attendue, une enquête menée avec soin. L’instinct de Mimi aurait pu s’apparenter à celui d’Audrey Fleurot dans HPI, sauf que personne n’est là pour cadrer ses associations douteuses, bien que probables, et ses éclairs de génie.

Tout Sur la branche se joue de ce déséquilibre permanent. Plus Mimi s’aveugle en se persuadant qu’elle va bien, plus la lumière et les oiseaux entrent dans le cadre. C’est d’ailleurs en pleine nuit, conduisant tous phares éteints qu’elle déclare « c’est fou, je vois super bien, encore mieux qu’en plein jour ». Cela offre un contraste avec les scènes plus « huis clos » du début (chez Paul, dans le cabinet des avocats). On pense souvent au duo de En liberté ! dans cette comédie joliment barrée. Pourtant, le scénario tourne parfois un peu court et c’est alors la seule fuite en avant qui compte. Ce qui marche aussi, c’est l’alchimie entre les personnages, les partitions qu’offrent les acteurs : Daphné Patakia en tête accompagnée d’un irrésistible Benoit Poelvoorde. L’actrice, repérée dans Ovni(s) ainsi que dans Djam et Benedetta, déploie ses grands yeux et son phrasé dans cette comédie taillée à sa mesure : celle d’un petit oisillon qu’on voudrait mettre en cage, mais qui à tant à offrir en déployant ses ailes. « Je suis fascinée par leurs capacités compensatoires hors du commun, que je considère comme des dons. Imaginer que l’on puisse « faire famille », se trouver un compagnon de route me donne de l’espoir. Le groupe commence par deux personnes, d’où le duo : à deux, c’est mieux ! », explique la réalisatrice Marie Garel-Weiss au sujet de son personnage qui « a compris qu’elle n’y arriverait pas de la même façon que les autres » (dossier de presse du film). Raphaël Quenard complète cette partition de sa voix inimitable, il est embarqué lui aussi dans le délire de Mimi, leur corps s’affrontent, se rassemblent et nous entraînent avec eux.

Bande annonce : Sur la branche

Fiche technique : Sur la branche

Réalisatrice : Marie Garel-Weiss
Scénario : Marie Garel-Weiss , Ferdinand Berville, Salvatore Lista, Benoît Graffin
Interprètes : Daphne Patakia, Benoît Poelvoorde, Agnès Jaoui et Raphaël Quenard
Photographie : Jeanne Lapoirie
Montage : Flroa Volpelière
Production : Elzévir Films, Panache Productions
Distributeur : Pyramide Distribution
Date de sortie : 26 juillet 2023
Durée : 1h31
Genre : Comédie

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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