Ils ont cloné Tyrone : du Netflix original, surprenant et réussi

On peut toujours se méfier lorsque Netflix allèche nos babines de cinéphiles avec un high concept ou un postulat intéressant, car la plupart du temps ils sont mal exploités ou complètement ratés. Ce n’est pas le cas ici. En effet, Ils ont cloné Tyrone est un excellent foutoir – dans le bon sens du terme – qui mélange les genres et les tonalités avec brio. C’est super original, à la fois drôle et captivant, et doté en plus d’une patine rétro du meilleur goût. Un film cool et pertinent lorsqu’il tente une analyse sociétale en filigrane.

Synopsis : Un trio improbable d’agents enquête sur une série d’événements étranges. À cette occasion, ils découvrent l’existence d’un complot infâme au sein de leur société…

Ahhh Netflix (ou ses concurrents Prime, Apple, etc.) avec ses pitchs qui font saliver mais qui échouent royalement à transformer l’essai, de l’ultra décevant Plateforme au très moyen Awake, on ne compte plus les œuvres prometteuses, sur le papier et en amont, que la firme au N rouge nous a pondues pour finalement aboutir à de bien piètres résultats. Ainsi ce film sorti il y a deux ans, Project Power avec déjà Jamie Foxx en tête d’affiche, qui se révélait être un beau pétard mouillé mal fignolé et ne sachant jamais comment exploiter son excellent point de départ. Foxx semble d’ailleurs se spécialiser dans les blockbusters estivaux de la plateforme puisqu’il était, l’an passé cette fois, la star du sympathique film de vampires à la cool Day Shift. On le retrouve ici avec ce Ils ont cloné Tyrone réussi avec son concept bien  exploité. Mais sans crier au chef-d’œuvre non plus.

Il faut noter que le scénario faisait partie de la fameuse liste des scripts les plus excitants qui tournait à Hollywood il y a quelques années, et que c’est le premier film de Juel Taylor. On  peut louer la maîtrise avec laquelle il a réalisé un projet pas forcément facile de prime abord, tant il mélange les genres et les tonalités. Cela aurait pu aboutir à quelque chose de bordélique, dans le mauvais sens du terme, de méchamment protéiforme voire même d’incohérent. Ou tout simplement à un énième pétard mouillé. Ce n’est pas le cas et on suit cette joyeuse dinguerie pleine d’idées avec grand plaisir.

Si le premier quart d’heure est un peu nonchalant, il permet de poser les bases d’une intrigue qui va tendre vers un mélange de suspense, de comédie et de science-fiction. Le cocktail s’agrémente en outre d’une patine rétro délicieuse, entre polar de blaxploitation et réminiscences des années 2000 rendant le cadre spatio-temporel parfois volontairement opaque. Décors, costumes, coiffures et maquillages, admirables, transpirent les époques visées, tandis que des références à X-Files ou aux téléphones à clapet font sourire. Le décorum de science-fiction, un peu désuet, est aussi bien choisi. Si la mise en scène ne brille pas forcément, la direction artistique est donc particulièrement soignée.

Le trio de personnages principaux, qui enquête dans une sorte d’intrigue à la Scooby-Doo mâtinée de complot gouvernemental, est dément : une pute, un dealer et un mac ! Et les vannes fusent, les trois acteurs principaux semblant se régaler à se renvoyer des répliques et à jouer les apprentis détectives. Ils se délectent des clichés qu’ils incarnent, justifiés par les développements de l’histoire. La progression de leur enquête captive et on va de surprise en surprise, amusé et impatient de connaître le fin mot de l’histoire. On doit cependant faire avec de multiples invraisemblances (un laboratoire secret non gardé, un quartier sous cloche où personne ne se doute de rien, etc.) qui ne perturbent pas trop notre plaisir, puisqu’elles s’inscrivent dans une sorte de fable sociale. Car oui, Ils ont cloné Tyrone, c’est aussi ça.

Inscrit dans la mouvance initiée par Get Out, flirtant un peu avec les films à la Truman Show comme le récent Don’t Worry Darling, mais sur une note bien plus fun, le film ne manque pas de nous interroger sur l’histoire de ces États désunis comme le dit Kiefer Sutherland, dans un rôle de méchant. La critique sociale est bien moins prégnante et fine que dans les œuvres sus-citées mais elle donne à ce film peu commun une vraie densité, à défaut d’y voir un pamphlet renversant sous couvert de pantalonnade. Ils ont cloné Tyrone est donc une bonne surprise sur Netflix et un film comme en voit peu. Rien que pour cela…

Bande-annonce : Ils ont cloné Tyrone

Fiche technique : Ils ont cloné Tyrone

Réalisation : Juel Taylor.
Avec : John Boyega, Jamie Foxx, Teyonah Parris, …
Production : Netflix.
Pays de production : USA.
Distribution France : Uniquement sur Netflix.
Durée : 2h04.
Genre : Comédie – Thriller – Science-fiction.
Date de sortie : 21 juillet 2023.

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.