Coups de feu dans la Sierra : suivre le chemin doré

Parler de la mort du western est devenu un cliché, si bien que la démystification qui l’accompagne perd dès lors toute sa saveur. Mais dans l’hypothèse que l’on puisse mourir un nombre incalculable de fois, la première ne laisserait-elle pas une trace indélébile, comme une réminiscence de ce qui est justement mort ?

Synopsis : Un ancien shérif, Steve Judd, désormais convoyeur d’or pour une banque locale, retrouve son ancien adjoint devenu forain, Gil Westrum. Il lui propose de l’accompagner afin qu’il gagne sa vie honnêtement, en même temps que de renouer avec le bon vieux temps. Les deux hommes partent donc en direction des mines de la Sierra, accompagnés de Heck, le jeune associé de Westrum.

La fin d’une époque…

Avec Coups de feu dans la Sierra, nous assistons au chant du cygne d’acteurs de légende du western qui ont fait ses beaux jours mais qui, comme leurs personnages, vieillissent et ne sont plus en adéquation avec un monde nouveau : Joel McCrea et Randolph Scott, à l’image de Gary Copper dans Le train sifflera trois fois ou plus tard  Clint Eastwood dans Impitoyable.

Mais le contexte de Coups de feu dans la Sierra est particulier. Tout d’abord, là où Fred  Zinnemann et Eastwood ont déjà roulé leur bosse au moment de réaliser leur film, Peckinpah n’en est qu’à son second long-métrage. Ce qui est un hommage et un adieu trouve chez Peckinpah une autre résonance : celle d’un avant-goût. Peckinpah sera en effet un réalisateur à l’approche très crue et aux personnages sombres mais pourtant cruellement humains. Trop peut-être. Car que ce soit dans ses westerns ou plus largement dans son cinéma tout entier, les figures sinistres s’enchaînent et exposent la rudesse de la nature humaine.

Nous trouvons l’un des exemples les plus frappants dans Coups de feu dans la Sierra : les convoyeurs croisent sur leur chemin une grange tenue par un fermier très porté sur la religion et vivant avec sa fille Elsa. Ils finissent par repartir avec elle lorsqu’elle leur annonce projeter de se marier avec l’un des mineurs de la Sierra. Le drame ne se fait pas attendre lors du mariage, se tenant dans une maison-close et présidé par un juge ivre-mort. Une fois l’union scellée, qu’elle n’est pas la surprise d’Elsa lorsqu’elle découvre les intentions de son nouveau mari, bien décidé à la « partager » avec ses frères.

Si nos preux chevaliers interviennent pour la sauver, ils n’empêchent que Peckinpah amorce cette idée (sans pour autant être le premier) que l’Ouest n’est pas le paradis dessiné depuis les années 1910. Un préambule au constat de No Country for Old Men où la violence se voit banalisée par la nouvelle génération. Le personnage de Heck est en cela très intéressant, puisqu’il incite Westrum à trahir son ancien patron pour qu’ils puissent garder l’or pour eux. Si n’en est finalement rien, cet élément permet de présenter une nouvelle génération qui banalise la violence et privilégie l’action à la réflexion. Preuve en est une tentative de viol sur Elsa. Une nouvelle génération dont fait parallèlement partie Peckinpah, qui deviendra l’une des figures emblématiques du Nouvel Hollywood, bien décidé à lever le voile sur les horreurs du Far-West.

… et le début d’une nouvelle

Si les Italiens viendront s’en mêler par la suite, il ne s’agira que de l’affaire de quelques années avant de laisser le western mourir en paix. Peckinpah, ami de Leone, aurait d’ailleurs envisagé un projet commun après que ce dernier ne soit revenu au western presque malgré lui pour son Il était une fois dans l’Ouest. Si le western spaghetti ressemble à une renaissance temporaire, il ne faut cependant pas omettre son influence sur le plus long terme. Le genre survivra ainsi le temps de quelques fulgurances depuis, au travers du prisme héroïque des Italiens et de celui plus naturaliste des Américains.

Coups de feu dans la Sierra est aujourd’hui considéré comme un Peckinpah mineur, alors qu’il reflète pourtant déjà toutes les thématiques de son auteur (le rapport à l’âge, la gratuité de la violence, la trahison), le tout porté par une histoire simple mais pertinente et encadré par des décors sublimes. Sans prétention, l’œuvre arbore un caractère introductif très intéressant au cinéma de son auteur, voire plus largement à cette nouvelle génération américaine qui veut dire ce qui était alors tu : les tensions homosexuelles pour Hill avec Butch Cassidy et le Kid, le traitement des Indiens d’Amérique pour Penn avec Little Big Man, le refus d’iconographie pour Altman avec John McCabe

Avec Coups de feu dans la Sierra, Peckinpah annonce la mort de l’idéalisme au profit de la dure réalité. Et cela passe toujours par la violence. Nietzsche avait raison, il faut d’abord détruire pour pouvoir ensuite créer.

Bande-annonce : Coups de feu dans la Sierra

Fiche Technique : Coups de feu dans la Sierra

Titre original : Ride the High Country
Réalisation : Sam Peckinpah
Avec Randolph Scott, Joel McCrea, Mariette Hartley …
Scénario : N.B. Stone Jr.
Production : Richard E. Lyons
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Musique : George Bassman
Photographie : Lucien Ballard
Montage : Frank Santillo
Décors : Henry Grace et Otto Siegel
Genre : Western
Durée : 94 minutes
Date de sortie : 20 juin 1962 (New York)
10 octobre 1962 en salle / 1h 34min / Western, Action, Drame

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