Cannes 2023 : Project Silence, la rage de vivre

Les blockbusters coréens défient leur concurrent Hollywoodien avec une facilité déconcertante depuis quelques années. Project Silence en fait partie, en assimilant tout le bon jus d’une série B et toute l’âme d’une œuvre destinée au grand public.

Synopsis : Le brouillard cause un gigantesque accident sur un pont. Alors que celui-ci menace de s’effondrer, des bêtes inconnues se retrouvent libérées au milieu des survivants.

Les séances de minuit ont toujours eu une place importante dans le cadre du festival de Cannes. Il s’agit du sas de décompression par excellence pour les festivaliers qui ne parviennent pas à tromper leur sommeil. Et en échange, cette séance promet le divertissement vénéneux que l’on espère. Que l’on rie, que l’on pleure ou que l’on encaisse des décharges d’adrénaline, on a envie d’y être plus que tout.

Kim Tae Gon capitalise sur ses éléments de tension dans un film catastrophe, en prenant d’assaut un pont, où plusieurs destins se croisent. Le charme de cette fiction ultra nerveuse tient dans son approche des personnages, tellement différents les uns des autres que la collision semble inévitable. Toute cette problématique constitue le point de départ. Les habitants d’une nation sont divisés par leur égocentrisme, que l’on effleure dans une exposition qui ne traine absolument pas en longueur. Et ce n’est qu’après un malheureux carambolage que leur union aura un sens.

Lâcher les chiens

Impossible d’arrêter la mèche; elle entraîne une série d’incidents qui vont convoquer les codes du genre, notamment autour d’un portrait de famille, que ce soit en entre un père (Sun-kyun Lee, qui nous a réveillé plus tôt dans la journée avec Sleep, à la Semaine de la Critique) et sa fille (Kim Su-an), entre deux sœurs, un couple âgé ou un dépanneur (Ji-hoon Ju) avec tout ce qui lui tombe dessus. Leur survie devient leur priorité. Et la galerie s’enrichit alors avec l’irruption de l’armée, d’un scientifique un peu trouillard et des cobayes qui n’auront plus rien à voir avec les meilleurs amis de l’homme.

Les chiens ne sont plus les mignons animaux domestiques, mais bien des machines de guerre d’un état militaire et où il semble vain de lutter contre une telle menace. Le projet secret de cette unité canine et féroce va croiser la route des automobilistes qui n’auront  le temps de décoller ni de débarquer. La liaison avec l’aéroport est rompue, de même que les communications avec les proches. Le récit nous invite ainsi à savourer chaque moment de bravoure, où le nationalisme triomphe toujours. Nous savons d’avance dans quelle direction nous allons, mais dans le fond, ce n’est pas le point de chute qui compte, mais bien l’atterrissage.

Secondé par Kim Yong-hwa (saga Along With the Gods et à la barre du très attendu The Moon) et du précieux Joo-Suk Park (Dernier Train pour Busan) à l’écriture, Kim Tae Gon n’hésite pas à sacrifier frontalement ses figures du troisième âge, comme pour nous rappeler que le gouvernement a bien du souci à se faire avec cette tranche démographique, de plus en plus vieillissante et, a fortiori, coûteuse. Il est également enclin à laisser sa jeunesse s’épanouir au-delà de ses frontières, ce qui justifie parfaitement le mépris pour les artistes ou les loyaux fonctionnaires. Tout le monde en prend pour son grade, mais c’est à la force du collectif et de quelques actes solidaires qu’on trouve une issue à ce drame national.

C’est bourré de clichés et de générosité, malgré un rythme qui préfère les à-coups à une bonne accélération en ligne droite. C’est pourquoi Project Silence est un film qui aboie plus qu’il ne mord, mais qui dépanne honnêtement en fin de soirée.

Project Silence de Tae-gon Kim est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2023.

Titre original Talchul : Project Silence
Avec Sun-kyun Lee, Ji-hoon Ju, Hee-won Kim..
Prochainement en salle / 1h 41min / Thriller, Epouvante-horreur, Fantastique
Distributeur : KMBO

Bande-annonce : Project Silence

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.