Evil Dead Rise : la tour de la terreur

Le mal ne meurt jamais, tout comme le petit diablotin qui a donné l’impulsion à Sam Raimi et sa saga Evil Dead. Ce « Rise » est loin de sonner faux dans son approche du gore jouissif, là où l’écriture semble plus convenue.

À plus d’un titre, le livre des Morts de Sam Raimi a bâti la solide réputation d’Evil Dead, une saga qui innove dans son langage visuel, où les protagonistes affrontent leurs démons de l’intérieur et de l’extérieur. Un pseudo-remake cartoonesque et Bruce Campbell à la barre de nouvelles nuits de terreurs, Evil Dead II et Evil Dead III : l’Armée des morts désamorcent l’angoisse viscérale du premier volet, jusqu’à tomber dans la parodie. Et quand bien même les mimiques du comédien restent inoubliables pour les fans d’horreur, son retour sur le câble fin 2015 fait le plein d’humour et d’hémoglobine, afin de dégraisser la tronçonneuse et le fusil à canon scié dans la série Ash vs. Evil Dead. Cet élan nostalgique interrompu, il ne restait plus grand-chose à inventer.

Délivrer le mal

Ce nouveau-né vient alors s’immiscer dans la même tambouille que le remake de 2013, de Federico Álvarez, un hommage bien gore qui n’empiète pas pour autant sur le montage nerveux et burlesque de Raimi. Autant dire que Lee Cronin a du pain sur la planche pour exister dans une saga très identifiée. Son expérience sur The Only Child, dont une mère doit délivrer son fils du mal qui le consume, lui vaut tout de même ce privilège, celui de relancer les Deadites sur le spectateur, dans un huis clos un peu maladroit dans sa démarche, mais admirable pour sa générosité. En somme, ce film est possédé par le désir de plaire au public avant toute chose, quitte à marcher dans les mêmes pas que ses prédécesseurs.

Il ne faudra pas très longtemps pour comprendre que Cronin lorgne beaucoup du côté du remake d’Álvarez, préservant le premier degré du frisson et loin du slapstick de Bruce Campbell, tout en surfant sur les relations entre les personnages. Moins sentimental que le volet précédent, on mise tout sur un nouvel environnement. À l’image de Scream VI, on déménage la vieille cabane dans les bois dans un appartement tout aussi délabré, au cœur de Los Angeles. Si le décor s’y prête bien, il faudra un temps d’acclimatation considérable avant que les festivités ne commencent.

Outre cette ouverture dont on retiendra un scalp particulièrement cruel, on nous fait comprendre que l’héritage de Raimi ne sera plus qu’un outil au service d’un manège démoniaque. La caméra n’est plus ce personnage à part entière qui dévore ses victimes de l’intérieur, mais tient davantage du clin d’œil. Et comme pour toutes les autres citations, la comparaison ne tourne pas à l’avantage du cinéaste irlandais.

Quand la terreur revi-gore

L’âme du projet réside bien dans un enrobage sanguinolent. La soirée de retrouvailles d’une famille va tourner au vinaigre pour peu que l’on ait la curiosité et l’audace de réveiller les morts. Cronin nous fait ainsi l’exposition d’une multitude de « fusils de Tchekhov », entre tensions familiales et d’éventuelles armes de déchiquetage massif, de la cuisine au salon et en passant par les hobbies décomplexés d’une petite fille (Nell Fisher) qui décapite ses propres poupées. Ellie (Alyssa Sutherland) est par ailleurs débordée de tâches ménagères et a donc toujours quelque chose dans la main pour s’occuper. Ce qu’elle en fera dans le deuxième acte n’a donc rien de rassurant, sachant où l’on met les pieds.

À l’opposée, la vaillante Beth (Lily Sullivan) n’a pas à pâlir de la performance des précédents survivors badass et recueille tout un tas de réflexes bienvenus. Elle aussi combat une détresse invisible, mais bien palpable, sur une maternité dont elle apprendra les usages dans un mode d’emploi express. Les trois enfants de l’appartement lui serviront ainsi de guide, mais également de comburant pour ce qui suit, à savoir une lutte acharnée contre une malédiction qui ne peut être vaincue que par une violence démesurée, old school et so groovy. Ce genre de mets nous fait digérer la dernière décennie de torture porn, dont Saw s’imposait comme la colonne vertébrale. De ce fait, l’intrigue ne perd pas l’occasion de faire grimacer le spectateur à chaque utilisation d’un ustensile de cuisine ou autres objets du quotidien, de la manière la plus indésirable possible. Ni femmes ni enfants ne sont épargnés dans ce jeu de possession et de massacre.

Ce genre de « remake du remake » reste une incantation qui porte encore ses fruits dans une entreprise qui n’hésite pas à verser autant de litres de faux sang qu’il faudra (pensée évidente à Stephen King). Et malgré des faiblesses évidentes, qui ne contournent aucun cliché, il s’agit ici d’un simulacre du dernier volet, sans pour autant s’éloigner des codes qui font d’Evil Dead Rise une honnête série B, celle qui tâche l’écran d’un plaisir gore, et que les fans apprécieront peut-être autant que l’impérial The Sadness l’an passé. C’est pourquoi Cronin pense à laisser le Necronomicon ouvert pour de potentielles nouvelles sensations.

Bande-annonce : Evil Dead Rise

Fiche technique : Evil Dead Rise

Réalisation & Scénario : Lee Cronin
Photographie : Dave Garbett
Musique : Stephen McKeon
Décors : Nick Bassett
Costumes : Sarah Voon
Montage : Bryan Shaw
Production : Warner Bros., New Line Cinema, Ghost House Pictures
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h36
Genre : Épouvante-horreur
Date de sortie : 19 avril 2023

Synopsis : Alors que Beth n’a pas vu sa grande sœur Ellie depuis longtemps, elle vient lui rendre visite à Los Angeles où elle élève, seule, ses trois enfants. Mais leurs retrouvailles tournent au cauchemar, quand elles découvrent un mystérieux livre dans le sous-sol de l’immeuble, dont la lecture libère des démons qui prennent possession des vivants…

Evil Dead Rise : la tour de la terreur
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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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